Descendre du Beaujolais3 mn de lecture

Sixième et dernière étape de la Route Buissonnière, de Lamure-sur-Azergue à Lozanne.

Vendredi 18 juillet

Après l’une des nuits les plus fraîches de mon périple, où j’ai dû transformer pour partie mon quilt en sac de couchage, je replie mon campement à l’aube en me faisant chauffer un café au réchaud.

L’aventure, quoi, jusque dans ses clichés les plus éculés.

En parlant d’aventure… Hier soir, probablement quand je glissais mon matelas, mon sac à viande et mon duvet dans la tente, moustiquaire ouverte, un insecte inconnu est entré. Subrepticement. J’ignore lequel. Araignée? Aouta? Scolopendre? Cet importun m’a mitraillé le flanc droit d’impacts violacés, depuis l’omoplate gauche jusqu’aux côtes. Ça ne démange pas, c’est déjà ça. Mais c’est spectaculaire à souhait – j’ai tenté une photo, toute en contorsion, mais je renonce à l’exposer ici : beurk. D’éventuels lecteurs collectionneurs de dermatites peuvent toutefois la demander, via le formulaire de contact.

En buvant mon café, je regarde la carte.

Je n’ai pas un trajet très compliqué ce matin : je vais descendre la D385, dite aussi « Route de Lyon ». Les différentes altitudes, toutes à la baisse au fil du trajet, m’indiquent que je ne devrais pas trop souffrir en montée, voire même que je devrais filer bon train, cheveux au vent, moucherons plein les dents. En route.

Je retrouve la piste cyclable d’hier.

Et effectivement, ça descend bien. J’en oublie de déclencher IphiGéNie pour la trace du jour et je m’en rends compte après 5 kilomètres, que je note de rajouter au total.

Quoiqu’il en soit, je ne suis plus très loin de la fin. 

Je traverse le vignoble du Haut Beaujolais à toute vitesse, en profitant tout de même du paysage…

… et des exploitations viticoles.

Je passe au pied de Chamelet, magnifique village tout en hauteur.

Je poursuis ma route, au fil de scieries odoriférantes.

Peu à peu, la circulation s’intensifie. Sur la partie réservée à la piste cyclable, je remarque tout un tas de rejets de la bande asphaltée fréquentée par les voitures : gravillons, éclats de verre, boulons, cochonneries variées… Je slalome entre les plus gros bouts, pour éviter de flinguer mes pneus, et je songe à tout ce que j’ai vu sur les routes fréquentées, victime du trafic automobile, cet écureuil, par exemple, extra-plat, dont la totalité du contenu corporel semblait s’être réfugié dans la queue anormalement gonflée. Et des hérissons repassés, des chats étripés, j’en passe.

Je remarque aussi que les odeurs sont différentes depuis quelques temps : le bitume déjà chaud, les gaz d’échappements, les relents métalliques que dégagent les véhicules qui me doublent… Tout ça est très moyennement bucolique.

Pourtant, j’aime rouler en voiture. Dès que j’ai pu m’en acheter une, en 86, j’ai avalé des kilomètres et des kilomètres de liberté. A vélo, je mesure toutefois à quel point ce mode de transport pèse sur l’environnement.

A un moment, je retrouve le petit lapin de Loupot : il orne les flancs de toute une flotte d’autobus.

A Bois d’Oingt, je m’arrête dans l’ancienne gare transformée en troquet. Café, croissant, cependant que de l’autre côté de la route, j’avise une boulangerie qui va me fournir mon pique-nique du midi.

Tandis que je trempe mon croissant dans l’expresso allongé, je pense à toutes les gares que j’ai croisées sur mon parcours, vendues et transformées en habitations, en restaurants, bars, mini-musées… Sans parler des maisons de garde-barrière. Je me dis qu’en démaillant le territoire de ses petites lignes pour mieux concentrer le vulgaire sur les grands axes, très rémunérateurs, et en soldant ainsi son patrimoine, la SNCF a contribué elle aussi, à l’instar des grandes surfaces, des délocalisations industrielles et des grandes agglomérations vampiriques, à vider la France dite périphérique de sa substance, et à la reléguer au rang d’un pays pittoresque mais sinistré.

Pour chasser ces pensées moroses, je consulte Iphigénie : je viens de descendre 21 kilomètres de Beaujolais – belle performance bachique – et je ne suis plus très loin de mon terminus.

C’est à Lozanne en effet que je compte bifurquer pour remonter vers Villefranche sur Saône. 

Passée cette commune, la D385 se dédouble en deux fois deux voies puis plonge dans la périphérie lyonnaise : à vélo, aucun intérêt.

Je m’arrête donc à la sortie de la ville pour pique-niquer et compter mon kilométrage total depuis le départ.

J’ai parcouru 409, 87 kilomètres en cinq jours et demi et j’ai grimpé 2804 mètres de dénivelé positif – pour 2665 mètres de descente.

Et à présent : ici s’achève la Route Buissonnière.

Mais démarre aussitôt une nouvelle aventure : la Route Buissonnière, le retour : tatatiiin 🎶 !

Retour que j’ai intitulé En Bourgogne à vélo pour de basses questions de référencement.

0 0 votes
Évaluation de l'article
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
N'hésite pas à laisser un commentaire en fin d'article!x