Une soirée dans l’île

15 août, toujours.

On se souvient de mon goût pour les îles perdues – telle celle qui ponctuait la fin d’une folle journée, le soir de la finale de la coupe du monde de foot l’an passé. Roots.

Et bien celle que nous abordons en fin d’après-midi est différente, ô combien, mais partage avec l’autre le parfum des espaces vierges.

Notre bateau s’est ancré sur le petit récif qui la borde…

Et sur lequel j’accompagne Damien – un ado, l’un des fils de papa et maman Panzer – faire un tour de palmes-masque-tuba. Aquarium habituel : rascasses, poissons-clowns, anthias…

Une fois sur l’île, le petit frère de Damien, Florian, huit ans, tient à me montrer sur le sable des dizaines de milliers de Bernard l’Ermite qui laissent sur le sable des traces étonnantes, semblables à celles de pneus de vélo tout-terrain. Courte vidéo démonstrative :

La course du Bernard l’Ermite

Florian et Damien, qui ont déjà fait cette croisière l’an passé – heureux enfants! – m’expliquent qu’on va manger sur l’île et que, la nuit tombée, on verra les étoiles et la Voie Lactée. J’ai hâte. En attendant, on ramasse ensemble des coquillages en évitant de marcher sur les Bernard…

Puis, côté équipage, les choses s’organisent. Implantation du barbecue…

Débarquement des passagers, tandis qu’à contre-courant, je retourne à la nage au bateau m’équiper pour le soir. D’un short et d’un tee-shirt : no smoking.

Retrouvailles ensuite avec François, qui sort de la sieste à temps pour le coucher de soleil et qui trouve qu’on n’est pas mal, ici. Tu m’étonnes.

Le crépuscule tombe sur un bout de terre dont les seuls habitants sont des crabes et des Bernard l’Ermite – lesquels se livrent une guerre farouche à grands coups de mandibules – ainsi que des sternes et des aigles pêcheurs, planqués dans les broussailles. J’adore.

Puis la nuit s’en vient et les boulettes de viande fument sur les braises. Mon téléphone refuse d’immortaliser la scène alors je le range et profite : ciel nocturne étoilé de milliards d’étoiles, sensation du sable doux sous les orteils, bières et remerciements sincères à Bruno de nous proposer ce dîner d’exception sur un bout de corail perdu en Mer Rouge, lequel vaut largement  tous les palaces du monde. Mieux : les surpasse haut la main.

Retour à Claudio

17 août.

Toujours au Sud.

Travelling avant sur les ventilateurs dont les pâles – tchaf tchaf tchaf – tranchent péniblement la moiteur – forcément torride – dans laquelle baignent en sueur des types rongés d’alcool, d’ennui et de dysenterie, vaguement diplomates, lesquels traficotent auprès d’arabes nécessairement torves – des armes de préférence, plutôt que des slips en macramé. Là-dessus, des mata-hari sublimes, chignonnées à mort, posent trois-quarts profil dans les nuages de mouches. Inaccessibles. Les Mata-Hari, pas les mouches. Ambiance Mer Rouge, quoi.

Et bien non. Foin des clichés!

Nous, on a la clim’ – au vrai, elle ne marche pas si bien… On boit peu – à peine une bière, un cocktail les soirs de fêtes, de l’eau surtout, 4 litres par jour… Et pour le trafic, à part l’échange d’images sous-marines et de calembours douteux dont je confesse une grosse part de responsabilité, on est sages comme des plongeurs saturés. Quant à la dysenterie, même pas : juste quelques cas isolés de turista classique sous ces latitudes. Décidément : l’aventure n’est plus ce qu’elle était.

Autant revenir aux plongées.

Réveil à 5h30, vérification hirsute de la PPO2, café sur le pont, briefing et hop : sous l’eau une heure plus tard. Shab Maksour sud. Tombant corallien, en trinôme avec François et Lilian l’ardéchois, qui s’entend bien avec nous deux sous l’eau – et réciproquement.

Un beau requin gris passe au loin, vers soixante-dix mètres. Je tente une vidéo calamiteuse, qui confirme que j’ai bien raison de me contenter des images fixes…

Cela étant, en photo, on ne voit guère mieux. La preuve, même avec une grosse flèche verte. Autant délaisser l’appareil, et se contenter de profiter avec les yeux. Bien sûr, pour le lecteur, c’est moins bien, m’enfin…

Ambiances de rêve dans l’aquarium : bancs de fusiliers…

Nuages d’anthias…

Jeux de reflets sur le platier…

Après cette plongée, petit déjeuner et navigation pour remonter vers Sataya : une sorte de lagon en pleine mer, un immense croissant corallien à l’abri duquel viennent jouer des dauphins.

On embarque sur les zodiacs où Félix et Bruno font les zouaves, rendus flous par une gouttelette sur l’objectif.

Et puis on se glisse à l’eau, sans le fourbi habituel : juste palmes, masque, tuba. Une flottille de zodiacs et de bateaux s’est concentrée dans la zone : en surface, on voit les ailerons des dauphins, poursuivis par des bandes de nageurs qui leur grenouillent après en soufflant comme des phoques.

Pour une image, c’est la curée. A la perche à Selfie, l’outil des néo-aventuriers narcissiques. Brave new world.

J’ai un peu honte, du coup, de participer à toute cette fantasia. Je reviens paisiblement vers le zodiac, en suivant le mouvement des ailerons dont j’anticipe la trajectoire et qui viennent à moi sans que je n’ai rien d’autre à faire que les photographier à mon tour – je ne vaux pas mieux que les autres – puis de les regarder copuler joyeusement – c’est du propre.

Après quoi, nouvelle navigation vers un récif sur lequel j’ai plongé il y a neuf ans et dont j’ai gardé un souvenir émerveillé : Shab Claudio. Un jardin de corail absolument fantastique, percé de grottes incroyables où joue la lumière solaire, le tout par quinze mètres de fond maximum.

En trinôme cette fois avec François et Randy l’américain – qui a sorti les phares!

Soixante-quinze minutes à circuler dans les grottes – où d’ailleurs je perdrais François et Randy, à l’entrée d’une galerie, sur une méprise. Je les retrouverais quelques temps plus tard, agacé par notre malentendu mais ravi, finalement, d’avoir profité pendant dix minutes de ces salles en solitaire!

La solitude en plongée : luxe!