Aurent – Annot3 mn de lecture

Huitième et dernière étape du trek Génépi Lavande, juillet 2024

Par Argenton et le col de Peloussis. 13 kilomètres, 330 mètres de dénivelé positif, 800 de dénivelé négatif, 4 heures et demie.

Dernière petite étape aujourd’hui. Je me réveille avec le jour, comme à l’accoutumée. Il est cinq heures et demie. Ai-je bien dormi? « Bien », non. Mais j’ai dormi, assurément. Suffisamment pour me sentir reposé en tout cas.

Je descends dans la grande salle : personne. Je suis toujours seul dans ce grand refuge. Je me prépare mon petit-déjeuner au réchaud, avec un café, et je vais prendre les deux sur la terrasse. Il fait doux.

Puis, affaires remballées, je repars en passant devant la petite église. Il est sept heures moins le quart. Pas de mouche. 

Je quitte Aurent en longeant des vergers et en descendant vers le torrent, que je franchis grâce à une passerelle métallique.

Puis je m’engage sur un sentier confortable mais très escarpé qui court à flanc de pente, en balcon au-dessus de magnifiques gorges encaissées.

Le chemin finit par sortir des gorges et descend ensuite vers Argenton, semé de calvaires et d’oratoires, ponctué de sous-bous peu fréquentés.

Je suis à présent plus bas en altitude, sur une voie bordée de murets que j’imagine parcourue depuis des siècles.

Tiens, encore un spa.

J’arrive à Argenton. Un nouvel hameau hors du monde. Désert?

Non. Sortant de sa maison en écartant les lamelles de son rideau anti-mouches, une femme apparaît, la soixantaine souriante. Je l’aperçois en même temps que son gros chien, blanc patou, qui se lève et vient me renifler en remuant la queue.

– Il n’est pas méchant, me rassure mon interlocutrice.

– Je vois ça, réponds-je en caressant prudemment la tête du molosse qui remue la queue.

On papote. Elle me demande d’où je viens. Je résume mon périple et lui raconte ma rencontre d’hier, avec la horde sauvage. Elle me confirme qu’ils ne sont pas commodes là-haut, à la Cabane de Grosse Pierre. Ah non alors. Une amie à elle, qui pratique le trail, s’y est trouvée encerclée il y a quelques temps. Elle n’en menait pas large. 

Je lui confie que c’est pour éviter les patous des lacs de Lignins que je suis passé par là. 

La femme lève les sourcils : « Ah bon? Mais ils ne sont pas méchants les chiens aux lacs », me dit-elle. « Le berger est parfois direct avec les touristes, c’est vrai, mais enfin, il travaille, il n’a pas que ça à faire que leur servir de bureau de renseignements. Il y a souvent des spéléos qui vont là-bas, les chiens sont habitués. Par contre, ceux que vous avez croisés hier, houlà, ça c’est autre autre chose ».

Je souris. Comme quoi : nos peurs nous entraînent parfois dans des situations plus inconfortables encore que celles qu’on pensait éviter. Jolie leçon. D’autant plus amusante que c’est précisément la peur et son éloge, titre d’un essai que j’ai cité dans cet article, qui m’ont mis en contact avec l’inventeur de Génépi Lavande.

– Passez par la bergerie, me dit la femme en m’ouvrant un portillon qui donne sur une espèce de terrain tondu par les troupeaux. Ensuite, tout droit, vous trouverez la voie romaine jusqu’à Annot.

– Il n’y a pas de chien?

Ma question la fait rire.

– Non, non, ne vous en faites pas.

Je la remercie et prend congé.

Pas de chien, en effet. Par contre, un de ces binz là-dedans!

A la sortie du village, je rejoins le sentier balisé.

Le décor me fait plus que jamais penser à la forêt de Fontainebleau.

Sauf bien entendu quand la crête s’ouvre sur un belvédère, comme ici avec cette roche en surplomb sur la vallée.

Ce qui renforce encore la similitude avec Fontainebleau, en plus de l’odeur résineuse des pins, c’est le passage progressif du calcaire au grès. 

Avec des formations typiques de cette roche.

Le sentier, très agréable, sinue entre chênes, châtaigniers et pins sylvestres.

Au col de Peloussis, je bifurque perpendiculairement aux panneaux, vers Annot, mon terminus.

Je longe une petite école d’escalade en dalle.

Laquelle fait écho à des falaises autrement plus spectaculaires, sur ma droite. 

Je franchis un robuste pont de pierre…

… puis je passe sous des arches végétales tressées, qui forment de jolis portiques. 

Après avoir dépassé le dernier d’une centaine de mètres, il me vient une idée.

Je rebrousse chemin, installe mon téléphone sur son petit trépied et, puisque d’évidence, j’arrive au bout de Génépi-Lavande, je tourne un petit clip digne de mon arrivée.

Voilà. Ça, c’est fait, comme on dit.

Il ne me reste plus qu’à traverser la petite ville pour aller trouver l’office du tourisme, afin d’y consulter tous les indicateurs à même de me ramener à Ceillac par le train, le bus, l’auto-stop…

Remerciements

A Gérard Guerrier, tout d’abord, pour avoir conçu ce formidable trek et m’en avoir donné plusieurs clefs, fort utiles sur les passages hors-piste.

A Sandrine ensuite, copine kinésithérapeute qui pratique la méthode Mézières, m’a trouvé « bien en vrac » cet hiver et a patiemment, et avec talent, réaligné tout ce foutoir.

A Carole enfin, qui a de longue date compris que mes échappées libres m’étaient aussi vitales que l’air que je respire et qui me laisse donc aller en toute confiance – pourvu que je tienne ma promesse de revenir entier.

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