De la physique, des mathématiques, du briefing et des coraux

12 août.

Belle nuit de navigation. Bercés par le roulis, mais réveillés régulièrement par l’étouffante chaleur humide consécutive à la climatisation défaillante dans la cabine, François et moi sortons toutes les deux heures pour faire un tour au vent, sur le pont principal : la mer ondule comme un lourd coupon de satin noir et brillant sous le ciel piqueté d’étoiles. Pas de photo, je n’ai pas pensé à immortaliser ce moment autrement qu’en le contemplant pleinement.

Réveil difficile à 5h30 : la tignasse façon Charlebois 70 (l’humidité me fait boucler et pas qu’un peu) je me fais une tasse de café à tâtons puis je descends vérifier ma bouteille – 210 bars, parfait. J’en profite pour photographier le toutim, avec Bruno en prime. On rigole comme deux couillons, déjà complices en ce début de voyage.

Petite leçon de physique, pour se réveiller et mieux comprendre cette histoire de bars et de bouteilles – d’ordinaire le champ lexical du saloon. Les non plongeurs pensent souvent que nous descendons avec des bonbonnes d’oxygène sur le dos. C’est inexact. Les blocs (appellation commune de la bouteille chez les initiés francophones ; les anglo-saxons, eux, disent tank -réservoir – ce qui est au fond plus juste), les blocs donc, contiennent de l’air, c’est à dire essentiellement de l’azote, de l’oxygène, un poil de CO2 et quelques pincées de gaz rares. Par commodité, nous parlons de 80% d’azote et 20% d’oxygène. Comme ces gaz ont la propriété d’avoir des molécules très éloignées les unes des autres, on peut les rapprocher artificiellement : c’est la compression, mesurée en bars. Nous respirons donc tout simplement de l’air comprimé. Parfois enrichi en oxygène mais c’est une autre histoire.

Une bouteille de 15 litres d’air comprimés à 200 bars contient par conséquent 3000 litres d’air (15 X 200). Et voilà. Simple, non? Sauf que, bien entendu, la pression complique tout. Et c’est ici qu’on a besoin des maths – élémentaires, rassurez-vous.

A la surface, soit à la pression de 1 bar, un être humain respire au plus 20 litres d’air à la minute. Avec le bloc évoqué plus avant, ce même être humain dispose donc d’une autonomie en surface de trois heures. Sauf que le gars veut plonger, il est venu pour ça et a même payé fort cher : du coup, plouf. Mais sachant que tous les dix mètres, la pression s’accroît d’un bar, l’autonomie à 10 mètres de notre cobaye n’est déjà plus la même : divisée par deux (1 bar de surface plus 1 bar de pression = 2 bars). Et plus on descend, plus l’autonomie en air se réduit. Logique. Mais si, tenez : sachant qu’un plongeur peu regardant sur sa consommation tête ses vingt litres à la minutes et qu’il part avec un 15 litres gonflé à 200 bars,  à 30 mètres, soient 4 bars de pression, il n’aura plus que 37 minutes d’autonomie pour remonter bouteille vide, offrir l’apéro et se faire copieusement enguirlander par le directeur de plongée parce qu’on ne revient JAMAIS sur le bateau sans sa réserve de 50 bars et que, qui plus est, on ne passe pas tout ce temps à 30 mètres sans rencontrer un autre problème lié, lui, à l’azote. Comment j’en arrive aux 37 minutes? Fastoche. 15 litres X 200 bars = 3000 litres, que divisent les 4 bars de pression = 750 litres, que divisent à leur tour les 20 litres minute du gourmand = 37 minutes 50 secondes. Et hop.

Allez. Touillons notre aspirine et revenons au briefing.

Les guides dessinent le relief du récif sur un tableau blanc, ou bien projettent une image lorsque nous nous réunissons au salon. Ils nous donnent alors toutes les informations dont nous avons besoin : le sens du courant, l’orientation, l’endroit où le bateau est amarré, si l’on part du pont inférieur ou bien si l’on est largué en zodiac, ce que l’on peut rencontrer sous l’eau, faune et flore, etc. Toutes ces informations, outre qu’elles sont bien utiles à la sécurité, nous permettent également de profiter pleinement de la balade.

Voici par exemple ce qu’on voit depuis le bateau : le turquoise, c’est le platier récifal.

En dessous, ça ressemble à ça :

Et quand on s’immerge, à ça :

Un autre schéma, manuel et plus précis :

Aujourd’hui, partis hier du secteur de Marsa Alam, nous sommes sur les récifs de la zone de Fury Shoal, ici noté Fury Shaal, au sud.

Nous y ferons trois plongées : Abu Galawa Soraya, Malahi – un sublime jardin parcouru de canyons coralliens, puis un autre récif, magnifique encore : Gotta sataya. La diversité et la variété des coraux durs et mous est tout simplement prodigieuse.

Les coraux durs semblent sortis tout droit du palais du facteur Cheval :

Beauté renversante…

Les coraux mous dessinent des bouquets de fleurs vivantes, qui respirent et pulsent au gré du faible courant. Ici, ces massifs me font penser à des buissons d’hortensias.

Les alcyonnaires offrent toutes les couleurs du spectre : du violet profond au jaune pâle, sublimes compositions florales.

Et puis, évidemment, on croise tous les poissons de corail habituels. Le clown, si photogénique dans son anémone…

Le petit mérou faucon posé, impavide, sur son corail en feu d’artifice…

Tant d’autres encore, que j’aurai l’occasion de vous montrer plus tard. Des dentelles arachnéennes aussi, parfois.

Ce tutu rose est une ponte de nudibranche, probablement celle de la danseuse espagnole que nous croiserons de nuit, prochainement.

Emerveillés par tant de beauté, et parce que le réservoir d’air n’est pas inépuisable et que l’azote commence à peser dans nos organismes, il est ensuite temps de remonter : au parachute…

Afin de signaler notre présence au zodiac qui va venir nous chercher en surface, dans l’or du soir.

Ça vaut le coup de se coltiner un peu de maths et de physique, non?

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