En forêt de Fontainebleau, l’hiver5 mn de lecture

Froid sec et beau soleil dans le ciel bleu : je t’emmène en forêt de Fontainebleau, sur les crêtes enneigées du Rocher St Germain.

On se souvient d’une après-midi d’automne, passée à circuler sur l’un des magnifiques sentiers de la non moins merveilleuse forêt de Fontainebleau.

Et bien de nouveau, un mercredi hivernal cette fois : chance! La neige est tombée une partie de la nuit. Mettons donc dans le sac un petit thermos de chocolat chaud, l’appareil photo, et hop, à nous les sentiers blancs.

Dès l’entrée, le ton est donné.

Il fait moins six et le froid vif a fixé la neige sur les branches. Je circule dans la forêt givrée.

J’emprunte le sentier bleu N°4. Si tu souhaites plus de détails sur cet itinéraire, je te renvoie au précieux site d’Olivier Blaise.

Les teintes gris-vert des blocs de grès et des pins sylvestres s’harmonisent entre elles, soulignées par la blancheur de la neige et le bleu du ciel. 

La couche blanche n’est pas très épaisse mais elle suffit à craquer sous mes pas, produisant ce son caractéristique, feutré et cotonneux, que fait la neige quand on y marche. Hormis ce léger bruit, le silence. Tout est figé. 

Pas un promeneur en vue – mais dès qu’il tombe quelques flocons sur l’Ile de France, c’est connu, la machine se grippe. Seuls à se hasarder sur les petites routes : les automobilistes qui ont fait le choix des pneus adaptés – comme moi, par habitude prise lorsque je vivais en Lozère et que je faisais tous les jours la route entre Mende et St Chély d’Apcher.

J’ai conservé cette manie des pneus neige – quitte à ce qu’ils ne servent que deux jours par an – parce que je ne supporte pas l’idée d’être empêché de me mettre en route si l’envie m’en prend. Fermons la parenthèse automobile.

Où en étions-nous? Ah oui, en forêt de Fontainebleau, l’hiver.

Quelle que soit la saison, parcourir ses paysages me chahute toujours un peu les pensées. J’aime y laisser mon cerveau en roue libre, balloté par les associations spontanées qui m’éparpillent entre présent et passé.

Je m’y revois âgé de 10 ou 11 ans, quand je jouais déjà à me croire perdu dans quelque forêt boréale.

Cette deuxième diapositive, extraite de la série de 1978 à laquelle appartient celle du dessus…

… me laisse à penser que les chutes de neige ne sont plus ce qu’elles étaient, ma pauvre dame. 

Et évidemment, aussitôt, me voilà parti du côté de chez François Villon, dont la Ballade des dames du temps jadis avait déjà pour refrain cette lancinante requête : mais…

Autre exemple de flipper mental : les couleurs de ce chemin…

… m’envoient directement à Quimper, devant ce tableau que j’adore et auquel je rends régulièrement visite quand je vais dans le Finistère.

Joos de Momper II (1564-1635), Paysage d’'hiver © Musée des beaux-arts de Quimper

Même l’observation de petits détails me fait cet effet : ces brindilles de bouleau, par exemple…

… m’expédient aussitôt chez leurs cousines des Alpes.

Les pins enneigés…

 … me font partir en rêve sur la Kungsleden suédoise – l’un de mes projets pour une balade hivernale à venir.

Ce va et vient des pensées, libres, traversantes, fait partie du plaisir que j’éprouve depuis toujours à parcourir inlassablement la forêt de Fontainebleau. Je ne sais jamais à l’avance ce qui va surgir sur mon petit écran mental.

Le décor enneigé peut, par exemple, convoquer les images du Dr Jivago – cette scène du palais glacé notamment, qui m’avait tant fasciné enfant quand j’avais vu le film de David Lean à la télé un soir de vacances scolaires.

Et de là…

… par un nouveau zigzag des connexions, je pense aux contes russes. 

Je me demande inévitablement si Babayaga ne se cache pas derrière un bloc de grès. Et d’ailleurs, cette ombre? Méfiance.

Et puis, tant qu’à replonger en enfance, voici qu’apparaît le souvenir de ce précieux album de Babar  – perdu depuis longtemps mais que je me souviens avoir beaucoup feuilleté.

Tu vois? Il n’y a pas le chocolat qui bouillonne dans le thermos. J’ai la cafetière en ébullition.

Cela étant, je parviens aussi parfois à débrancher les pensées. A être totalement présent à l’instant. Je suis capable par exemple de passer de longues minutes à observer le lent dégivrage des branches dans le jeu des rayons du soleil, sans songer pour une fois à rien d’autre que ce que je vois – ça me repose!

Après une pause chocolatée et fumante sur les hauteurs de l’hippodrome, le derrière glacé malgré le sac à dos en coussin…

Je poursuis mon chemin pour aller saluer l’un de mes vieux chênes préférés.

Puis, de là, plutôt que de poursuivre vers le parking de Belle-Croix, je redescends hors sentier vers la Vallée de la Solle.

On dirait qu’une équipe de pompiers fous a vidé des hectolitres de neige carbonique sur les pins.

Marrant, non?

Et je finis donc ma promenade en fredonnant Gainsbourg :

“Marylou s’endort sous la nei-geu – carboni-que de l’extincteur d’in-cendie…”

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