Une situation de blogage

Je me rends compte aujourd’hui d’une difficulté que je n’avais pas prévue en démarrant mes Fantaisies Buissonnières.

Depuis le dernier article – en partie à cause de mon activité professionnelle mais pas seulement – je ne suis pas parvenu à terminer Marine Parks – le récit de l’intégrale des parcs sous-marins de la Mer Rouge égyptienne.

Pourtant, pour achever de raconter ce périple, j’ai encore tout plein de photos formidables dans l’ordinateur, tenez, au hasard : François, hilare de retour des fonds, et qui attend avec moi que le zodiac nous récupère au crépuscule devant le mythique phare de Daedalus…

A quoi s’ajoute tout le détail des journées noté dans mon carnet de plongées…

Plus, bien sûr, tout ce que j’ai en mémoire, pour ce voyage comme pour tant d’autres.

Mais je ne parviens pas à m’y remettre. Rien à faire. La panne. Le blogage.

Nous voilà frais!

A dire vrai, cette interruption m’interroge depuis quelque temps. J’aime pourtant bien les rédiger ces articles, dans leur amusant entrelacs de textes et d’images. Mais là, rien à faire. Plus envie. Fâcheux.

A l’occasion d’une longue conversation ce week-end avec Jean, auteur de Pour pas un rond, qui souhaitait m’interviewer au sujet des Fantaisies Buissonnières (et qui m’offre au passage une jolie promotion à découvrir ici), je me suis rendu compte qu’il était grand temps de mettre en mots cette crise de démotivation.

Difficulté à finir un article?  La belle affaire! Je ne serai pas le premier blogueur à lâcher l’entreprise en cours de route. Oui. Mais, outre que je n’ai pas l’abandon facile, pour quelle(s) raison(s) étrange(s) est-ce que j’arrêterais ce petit journal numérique que apprécie beaucoup par ailleurs? Et que, de surcroît, suivent avec constance une poignée d’irréductibles fidèles.

Réfléchissons…

Et bien… Premièrement, peut-être, parce que pour Marine Parks, faute de réseau en pleine mer, je n’ai pas pu publier les articles en feuilleton quotidien. Je les ai écrit à mon retour, réchauffés en somme. Et ça change tout. Pour le lecteur, c’est aussi différent que de regarder un match en direct et d’y assister en différé, en connaissant de plus le résultat. Le manque d’attrait est évident. Tout le ressort dramatique a foutu le camp.

En feuilleton, c’est autre chose. Ça vous tient en haleine – mentholée si possible. Que va t’il se passer ensuite? Vite, la suite! Certains ne s’y sont pas trompés…

https://www.akg-images.fr

Tenez, si j’avais pu publier Marine Parks jour après jour, imaginez-vous avoir découvert un soir les lignes suivantes : “demain, nous allons à la rencontre des grands prédateurs océaniques. Et je vous avoue qu’en contemplant les eaux sombres, ce soir, du pont arrière d’où nous plongerons demain, je me dis qu’il est quand même étonnant d’aller volontairement se foutre à l’eau dans des passes infestées de requins.”

Hein? Vivement demain, forcément. Ne serait-ce que pour savoir si l’auteur est bien remonté à bord avec toutes ses jambes…

Alors que tout ça repris après coup, une fois rentré à la maison en entier : bof.

On peut faire semblant, certes. J’ai essayé au début : de retour, j’ai tenu à rédiger un article par jour pour faire comme si… Mais ça n’a pas fonctionné. Le temps entre deux rédactions s’est espacé, puis arrêté, faute de je ne sais quel carburant – hormis celui que je tente ici de définir. Vanité. Tout est vanité, etc.

Au-delà du découpage en épisodes, je me rends compte également que les articles écrits le jour-même possèdent un caractère d’immédiateté qui les rend beaucoup plus séduisants : le lecteur éprouve les événements au fur et à mesure qu’ils se produisent, comme s’il les vivait lui (ou elle) aussi. Bien entendu, c’est un leurre. La journée est déjà passée quand elle s’écrit, a fortiori quand elle se lit. Mais le fait précisément de la découvrir le soir-même renforce cette illusion et la rend attrayante.

Et puis, de mon côté, écrire en fin de journée ce que j’ai traversé depuis l’aube me permet de le revivre, à chaud, et, ce faisant, de vous le faire ressentir à votre tour comme si nous avions été ensemble. Magie de l’écrit.

Mais là encore, quinze jours après : le manque d’intérêt est évident. Ça tombe à plat. Dans le cadre du blog des Fantaisies Buissonnières, en tout cas.

Je songe au fond – normal pour un plongeur de songer au fond, je sais – que cette difficulté est peut-être intimement liée à la catégorie “en scaphandre”. Chaque fois que j’irai passer une ou deux semaines sur un bateau, au loin, je rencontrerai en effet le même problème. Pas de réseau, pas de feuilleton. Et nous serons tous coulés comme le Thistlegorm.

Mais quoi? Supprimer “en scaphandre”? Non. J’y tiens. La plongée prend autant sa source dans mon enfance que la marche, les descentes de rivières en kayak gonflable ou les échappées à vélo.

Par ricochet associatif, je me rends compte à cet instant qu’en plongée, contrairement aux trois autres catégories – marcher, rouler, pagayer – il n’y a pas de réelle trajectoire à l’oeuvre. Même si le parcours existe – on appelle ça “naviguer” et vous l’avons fait en août depuis le presque Soudan jusqu’au Sinaï, ce qui n’est quand même pas rien – l’itinéraire s’estompe toujours devant les immersions, seules véritables sujets.

Vous me direz : il y a les photos, les atmosphères, les lumières extraordinaires, l’émerveillement sans cesse renouvelé. C’est vrai. Mais côté dramatique, admettons-le : la mer est d’huile. On baille.

Tandis que marcher, rouler ou descendre une rivière, c’est autre chose. L’itinéraire en lui-même contient une tension qui redouble celle de la livraison en épisode et suscite inévitablement l’intérêt. C’est le principe même des road-movies. Ou des romans picaresques. Vous ne savez pas quoi faire de vos personnages? Lancez-les sur la route, il en sortira toujours quelque chose. Revoyez Thelma et Louise. Ou relisez le Quichote.

Metro-Goldwyn-Mayer/Getty Images

Bien.

J’ai été fort bavard. Ai-je résolu mon problème? Pas vraiment, quoique : j’ai compris qu’il me faudra désormais trouver une autre approche pour alimenter la rubrique plongée. On testera tout ça ensemble en février 2020, je repars faire trempette sous des latitudes exotiques. Destination secrète, pour l’instant, suspense! Hé, hé.

Je vais finir Marine Parks à présent. Créer une page dédiée, y rassembler les articles déjà écrit et achever le récit en comprimant le temps.

Allez! C’est reparti. On a frôlé la catastrophe…

4 réponses sur “Une situation de blogage”

    1. Merci Jean!
      Il y aura des bulles et des surprises. Certes, dit comme ça, on dirait un goûter d’anniversaire… Il y aura donc aussi des palmes et de la couleur turquoise!

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