Peu de temps après le premier confinement lié au COVID, excédé par l’espèce de frénésie sécuritaire qui s’était emparée de mes contemporains, je m’étais interrogé, dans un billet d’humeur, sur la couardise moderne qui me semblait être devenue le cap ultime de nos boussoles sociétales.
Depuis, j’ai eu l’occasion de poursuivre ma réflexion au fil de mes lectures – telle Le goût du risque, griffée de signatures autrement plus prestigieuses que ma pauvre patte de mouche.
Mais aucune de mes lectures récentes ne m’avait fait l’effet de l’essai publié par Catherine Van Offelen.
Outre le plaisir de son érudition, j’ai eu le sentiment enthousiasmant qu’elle décomposait de façon presque fractale l’ensemble des émotion-intuitions que je nourris au sujet de l’imposture intellectuelle et morale du risque zéro, et de l’enfermement liberticide qui en découle.
L’auteure ressuscite une voie ancienne, oubliée, la sagesse aristotélicienne nommée Phronèsis, que les modernes ont traduite par le mot « prudence », mais dont les connotations de frilosité pusillanime ont dilué le sens initial.
Car la prudence de la Phronèsis n’est en rien le constat d’une impuissance ou d’un renoncement. La phronèsis fait fi de l’abstention comme conséquence du doute. Sa prudence est agissante et réaliste, mesurée ; soucieuse d’elle-même et de ses propres limites, elle sait faire le pari du risque et se lance.
Je pourrais citer bien des paragraphes de l’ouvrage de Catherine Van Offelen, mais, outre que cela reviendrait à le paraphraser de façon aussi stupide que scolaire, le mieux reste évidemment de t’en recommander la lecture urgente.
Je retiens juste le passage suivant, page 23, qui exprime à la perfection l’éthique que je tente, année après années, en dépit des inévitables obstacles, de faire mienne : « la Phronèsis nous offre une conduite : affirmation de soi, courage, grandeur. Elle ne sous-estime ni sur surestime l’homme ; elle cultive sa vertu la plus féconde : son humanité. Elle nous ramène à la meilleure part – la plus noble – de nous-mêmes. »
Un ouvrage brillant, réjouissant, nécessaire. Je m’en vais l’offrir à tous ceux que j’aime.
NB : sur le même thème, très complémentaire, je te conseille aussi la lecture de la Planète des hommes.



