Explorer les Farasan Banks de la Mer Rouge saoudienne, c’est l’assurance de la tranquillité absolue, loin des foules.
Voyons cela de plus près.
Sommaire
L'Arabie Saoudite
est en effet notre nouvelle destination de la rubrique en Scaphandre.
Pourquoi l’Arabie? C’est simple : pour fuir le tourisme de masse.
Nous allons descendre au large d’Al Qunfudhah, en face du Soudan et de l’Erythrée, deux pays vivement déconseillés par le Quai d’Orsay et conséquemment peu courus par les hordes en tongs : à nous donc les tombants coralliens désertés et, si nous sommes chanceux, les grands bancs de requins marteaux.
Mais pour cela, il faut d’abord atterrir à Djedda après 6 heures de vol sur la Saudia Airlines, dans un avion aux trois quarts plein de musulmans en route pour la Mecque qui se succèdent à l’arrière du zinc, dans une microsalle de prière installée entre les caissons de service des PNC.
Dans le hall d’arrivée de l’aéroport, tandis que les pèlerins sont cornaqués par des tour operator aussi spécialisés qu’omniprésents, je contemple un impressionnant aquarium cylindrique immense qui renferme une grande partie de la population ichtyologique de la Mer Rouge, laquelle tourne autour d’un pinacle géant.
Depuis Djedda, où nous reviendrons le dernier soir, nous gagnons ensuite Al Lith par la route du Yémen en trois heures de minibus.
Le trajet, de nuit, ne nous laisse pas deviner grand chose de la ville, sinon son étendue.
Nous ne voyons bientôt plus que des abords sablonneux et des déchets. Ecouteurs dans les oreilles, je m’abandonne aux boucles hypnotiques d’Harold Budd en fermant les yeux et fatalement : je m’endors.
Sur quoi, nous arrivons à la marina d’Al Lith à deux heures et demie du matin.
Sur le pont inférieur, dédié à l’équipement, nous sortons notre matériel de plongée des sacs puis nous gagnons nos cabines pour trois courtes heures de sommeil.
Quitter Al Lith
A 6h30 locales – 4h30 physiologiques pour nous – mal réveillés, nous attendons la visite des garde-côtes qui tardent à venir. Je regarde le soleil se lever sur la ville portuaire, que je devine sans charme particulier.
Mais nous avons quitté Paris dans le gris et le froid et la douceur de l’air est donc très appréciable. Et puis, même ensuqué, j’adore me trouver sur un bateau, au seuil de plusieurs jours de navigation.
Nous découvrons les autres passagers : outre nous cinq, c’est-à-dire Alain, Dominique, Jean-Claude, François et moi, mutuellement habitués à nous rejoindre aux quatre coins du globe, on trouve à bord, symétrie amusante, cinq hommes italiens, des génois sympathiques dont le grand-père de l’un, coïncidence formidable, habitait jadis les bords du Loing à quelques encablures de la ville de Nemours. A nos deux groupes s’ajoutent un grand néerlandais chauve et souriant, un couple franco-monégasque agréable, deux autres français venus individuellement – un homme très étrange et mutique ainsi qu’une sexagénaire sphérique, à la conversation erratique. Pour finir, une suissesse forte en gueule complète ce tableau hétéroclite.
Quand le garde-côte en treillis militaire et gilet de sauvetage a fini son inspection, nous levons l’ancre et je retourne m’allonger.
Tiens, au passage, je te présente la salle de bain, ça peut servir.
Hors le monde
Après environ deux heures de navigation, au réveil, je découvre que nous avons perdu tout réseau, ce que me confirme Andrea, un italien, l’un des deux guides de plongée du bord : l’extérieur a tout bonnement disparu dans un trou noir!
D’ordinaire, comme lors de mes randonnées alpines, cela ne me dérange pas du tout. Au contraire, même. J’aime être totalement déconnecté. Ma femme et mes filles savent que si je ne donne pas signe de vie, c’est que je n’ai aucun moyen technique de les contacter ; je les ai donc habituées à ne pas s’en faire et ce d’autant que je m’efforce toujours de revenir entier de mes excursions. Parfois avec des écorchures et des bleus, mais bon : aventures.
Sauf que cette fois, pour des raisons bassement professionnelles, je me devais d’être connecté les deux jours à venir. A minima joignable. Flûte. Cela génère un stress très désagréable dont je me passerais bien.
Impuissant cependant à changer cet implacable état de fait, je convoque quelques maximes stoïciennes et me concentre sur l’instant, attentif aux zodiacmen qui amarrent le yacht au corail, à l’égyptienne.
Compatissant devant ma tête contrariée, Andrea me dit que je peux exceptionnellement utiliser le téléphone satellite du bateau, à 5 euros la minutes : je préviendrai donc ma collaboratrice quand elle sera arrivée au bureau. Fin du problème, en principe, mais qui m’encombre tout de même l’esprit malgré moi. N’est pas Sénèque qui veut.
Premières sorties
En suivant le briefing d’Ahmed, le deuxième encadrant du bord avec lequel nous plongerons pendant les dix jours, je songe aux dessins d’autrefois que les moniteurs faisaient avant chaque plongée, au feutre Velleda sur tableau blanc, et que les écrans ont remplacé. Mais c’est juste un constat amusé, dénué de toute nostalgie.
Nous nous équipons sur le pont inférieur, qui sert à ça…
… puis nous sautons de la plateforme-arrière…
… pour nous promener à travers un joli jardin de corail hérissé d’éliselles rouges…
… mais déserté par les poissons, vraiment très peu nombreux.
Revenus à bord, on s’en étonne : surpêche? Admettons. Mais qu’est-il arrivé à toute la petite faune vibrionnante du récif? Mystère.
De là, cap au sud pour une deuxième plongée, au cours de laquelle j’essaie d’apprivoiser les nouveaux accessoires photographiques dont je vais bientôt reparler – deux phares et un grand angle sec greffé à mon caisson.
Une belle raie pastenague sans dard passe tout près de moi, sa robe scintillante de paillettes dorées. Sa forme me fait penser aux soucoupes volantes des années 50.
La voici de plus près, taquinée par Jean Claude.
En fin de journée, je passe mon coup de fil satellisé, puis nous naviguons ensuite toute la soirée et toute la nuit, sur une mer qui bouge pas mal.
J’ai la chance de ne pas souffrir du mal de mer et j’adore la sensation du tangage et du roulis. Pour le coup, je suis servi : je bascule alternativement d’un bord à l’autre de ma couchette et une virée aux toilettes en pleine nuit se transforme même en séance acrobatique, façon Spiderman.
Au matin, au café, Andrea nous explique qu’il n’y a pas de vent et qu’on ne peut donc pas s’amarrer à un récif – le vent sert à pousser la coque en sens contraire des cordages tendus, ce qui écarte le navire du corail, comme on le voit ici.
En l’absence de zef, pour ne pas faire naufrage, le capitaine doit donc laisser tourner les moteurs en naviguant sur la houle.
Jean-Claude peste dans son café : sa nuit a été plus agitée que reposante. Je lui vante les mérites anciens des hamacs du temps de la marine à voile. Mouais, ça ne l’aide pas.
Du grand angle
Comme je le raconte dans cet article du bazar, au paragraphe intitulé « Nouveaux investissements « , j’ai échangé avant de partir mon grand angle amovible, peu satisfaisant, pour un ensemble bâti sur mesure. Or, outre la mésaventure commerciale consécutive à l’achat que je résume dans l’article en question, cette nouvelle lentille grand-angulaire condamne désormais mon caisson à ne plus recevoir d’autres objectifs. C’est embêtant.
Certes, le grand-angle, c’est très commode pour rendre le caractère vertigineux des tombants.
Et le piqué de cette nouvelle optique est précis, sans aucun vignetage.
Tout le jeu consiste à faire taper la lumière des phares sur le premier plan pour jouer des contrastes de couleurs chaudes et froides. Avec si possible un plongeur en figurine, pour l’échelle. Parfois ça marche…
… parfois, c’est un peu moins convaincant.
Mais, évidemment, et parce que ce n’est pas fait pour ça, le grand-angle, ça complique totalement les prises de vue rapprochées.
C’est comme à terre en somme : ce n’est pas par hasard qu’on photographie les paysages en focale courte et qu’on tire les portraits au téléobjectif. Logique.
Cela étant, parfois les clichés de plus près sont assez réussis, pourvu que je les laisse dans une ambiance globale comme l’anémone de l’image précédente. Ou bien que le sujet soit énorme, comme cette drôle d’éponge rose bonbon – j’aurais pu y glisser la tête.
Pour les poissons, c’est plus compliqué. Si l’animal est très avancé, la photo peut être presque réussie, à l’image de ce requin soyeux – dont j’eus cependant préféré que la nageoire caudale restât bien de profil, mais ces satanés squales n’en ont rien à foutre de l’imparfait du subjonctif, c’est connu.
C’est indéniablement avec les paysages que ça rend le mieux, comme avec cette magnifique gorgone.
Je m’applique en tout cas, comme on peut le voir sur cette photo prise par Jean-Claude, auteur de tous les clichés légendés JCR qu’il me prête bien volontiers, ce dont je lui suis gré, notamment les macros ou les plans rapprochés qu’on verra plus loin et que je n’ai pas pu prendre du fait de ma lentille fixe.
Dans le bleu
Durant les deux premières plongées du matin, que ce soit au sud en début de croisière, ou bien plus tard, en remontant, au nord…
… nous passons le plus souvent du temps à 40 mètres, voire à 45, dans le bleu, c’est à dire en pleine mer à l’écart du récif, et nous y apercevons beaucoup de vie. Au Nitrox, ce n’est pas idéal, mais ce dernier n’est heureusement pas trop chargé et plafonne le plus souvent à 30%. Avec l’ordi réglé sur une PpO² à 1,6 ça passe.
NB : Pour mieux comprendre le charabia qui précède, je te conseille la lecture de cet article.
A Mubarak, nous tombons au milieu d’un énorme banc de barracudas dans lequel je m’engloutis volontairement, mais dont mes médiocres photos ne rendent pas hélas toute la magie.
Des bancs de requins soyeux viennent nous rendre visite….
… puis s’en vont au loin.
… et nous suivons en fin de plongée des dauphins turciops que je n’ai pu filmer qu’en surface, tandis qu’ils accompagnaient notre yacht depuis ce matin.
On rencontre aussi des thons et des bonites à dos rayé…
… ainsi que des carangues.
Les deux plongées du matin sont en général consacrées à ces visites au large du récif, à la pointe du dernier plateau. Parfois, nous ne voyons rien ou pas grand chose. Quelques gris de récifs. Un ou deux marteaux profonds. Faute de sujet, on s’amuse alors à se photographier les uns les autres.
Et puis un jour, au nord, au large du récif de Malathu : un banc de requins-marteaux monte à notre rencontre depuis les profondeurs. On dénombre facilement une bonne cinquantaine d’individus. Un festival!
Du fait de mon grand angle, je m’aperçois vite que mes photos ne valent rien.
Je profite donc du spectacle avec les yeux, laissant Jean-Claude oeuvrer pour la cause.
Incroyable, non?
Il y avait longtemps que je n’avais pas vu un tel banc, et même au Soudan, en 2014, je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu autant. On se partage tous des signes surexcités et enthousiastes, Ahmed en tête qui n’en revient pas lui-même.
Coralligène en mutation
L’une des choses qui nous a frappés en descendant au sud, c’est la transformation visible des récifs. En dehors des porites, la plupart des variétés de corail dur laisse progressivement la place aux alcyonaires, aux anémones, aux gorgones et aux éponges qui colonisent les tombants.
Il y a très peu de petits poissons de corail du coup. Cette mutation, possiblement due au réchauffement planétaire, reste cependant dérisoire à l’échelle géologique. Il y a 6 millions d’années, la Mer Rouge avait même totalement disparu, c’est dire. Le remplacement des coraux durs par d’autres espèces n’est donc qu’une adaptation de plus du vivant à l’évolution de son environnement. Mais évidemment, comme pour les modifications les plus notables du climat, c’est spectaculaire de le constater à l’échelle d’une courte vie humaine.
Quoiqu’il en soit, le corail globuleux, c’est pittoresque…
… et le mol vésiculeux tout aussi fascinant.
En parlant d’âges géologiques, on peut voir les cassures du relief qui indiquent des niveaux d’eau différents selon les époques.
Non seulement c’est joli parce que ça anime le tombant, mais ça permet aussi de serpenter entre les roches, en explorant les surplombs…
… ou même en se glissant dans les anfractuosités de la falaise.
Pas de réelle cause à effet, mais on voit aussi beaucoup d’acanthaster, ces grosses étoiles de mer mangeuses de corail.
Seuls invariants, indéboulonnables : les clowns. Aucun rapport avec la géopolitique mondiale, évidemment. Encore qu’en y réfléchissant… On y reviendra en fin de parcours.
On rencontre également toutes sortes d’alcyionniidés tels ceux-ci dont les polypes me rappellent les fleurs alpines…
… et dont des extraits de ma bibliothèque…
… m’apprennent qu’il s’agit d’une variété de sarcophyton – je n’avais jamais relié ces pieds de corail nus à ces bouquets d’étoiles.
On trouve également plein d’éponges, notamment celles-ci, qui me font penser à des bois de cervidés.
A quoi s’ajoutent, bien entendu, une variété presque infinie d’autres créatures aux formes prodigieuses, telles que celles qui vont suivre.
Choppy reef
Accrochées aux parois du tombant de ce récif, nous découvrons ces éponges aussi délirantes que photogéniques, et que je n’avais jamais vues nulle part ailleurs.
Elles recouvrent les grosses branches des buissons de corail noir et font penser à une peinture épaisse, résineuse et collante qu’on y aurait renversée.
Ces sortes de coulures coagulées sont tour à tour jaune vif, blanches ou rouge sang.
Celle-ci me fait même songer à quelque projection artérielle et sanguine, sortie tout droit d’un vieux film de Brian De Palma.
Je ne sais pas du tout de quelle espèce il s’agit. A priori, si j’en crois mes atlas, il semblerait qu’on ait affaire à une espèce appartenant à la variété des éponges de feu de type Negombata, mais rien n’est moins sûr.
A terre
Sur le dessin ci-dessous, on peut voir, au-delà de la partie émergée, à quoi ressemble la totalité du récif.
En plongée, on explore autant les parois du tombant, qui descendent sur plusieurs centaines de mètres, que les plateaux. On y trouve des routes qui ne mènent nulle part…
… ainsi que des jardins de corail – ceux que l’on explore en remontant au nord sont davantage colonisés de coraux durs qu’au sud et on y retrouve donc tous les résidents habituels, tel ce ballon étoilé qui pose pour Jean-Claude.
Mais la partie sableuse, exposée à l’air, n’est pas moins intéressante.
On s’y rend en zodiac, ou à la palme, et on y trouve quantité de traces. Celles des fous bruns, par exemple…
… ou bien celles des grandes tortues vertes qui viennent pondre et repartent ensuite à l’eau.
Sur l’un de ces îlots, on tombe même sur l’impressionnant squelette de l’une d’entre elles.
Ainsi que sur une mystérieuse sépulture anonyme.
La pollution humaine est hélas omniprésente sous forme de déchets variés, principalement plastiques.
Ce dont un aigle pêcheur, en bâtissant son gigantesque nid, s’est cependant habilement servi, utilisant des bouts de mousse et des semelles de sandales pour rendre le cratère de l’abri plus douillet.
Le retour à la nage de l’une de ces îles nous vaudra, à Jean-Claude, Dominique et moi-même, d’être encerclés par des requins soyeux. Et autant en plongée-bouteille, couverts de Néoprène, on ne court pas de grands risques, autant en surface, à poil ou presque, avec juste un masque et des palmes, ce n’est plus la même chanson.
On regagne donc le bateau en surveillant nos arrières et en se redressant régulièrement, debout dans l’eau pour intimider ces beaux mais dangereux animaux. L’un des marins se jette même à l’eau pour faire diversion et Dominique se fait rappeler à l’ordre par Andréa parce qu’une fois que nous sommes remontés à bord, il replonge avec sa go-pro pour filmer les bestioles!
De ces explorations amusantes, je tirerai au retour une parodie de roman d’aventure que tu peux lire au lien suivant :
C'est beau un récif, la nuit
J’adore les plongées nocturnes. J’aime l’ambiance qui règne sur les reliefs du tombant plongé dans l’obscurité, la lueur de la lune qui danse au-delà de la surface, les faisceaux de nos phares qui dévoilent les ballets arachnéens des comatules et des gorgonocéphales, et les compositions coralliennes dignes du plus beau des cabinets de curiosité.
Dominique, Jean-Claude et moi-même serons les seuls à plonger de nuit, systématiquement, à partir du quatrième jour. Une première fois escortés par le zodiac – avec un retour magique sous les milliards d’étoiles – puis directement depuis la plage arrière du bateau, ensuite. Autonomes. Peinards, en somme.
Jean-Claude s’adonne à la macro et à la chasse naturaliste.
… cependant que de mon côté, grand-angle oblige, je traque les paraboles des gorgonocéphales déployés ou les crinolines des comatules.
Tout en ayant parfois la chance d’approcher suffisamment près pour figer, par exemple, cette rascasse volante aux zébrures inhabituellement noires.
Retour au nord et fin de partie
Au fur et à mesure que nous remontons vers Al Lith, nous retrouvons des jardins de corail plus classiques, où se mêlent les coraux durs – tables et buissons d’acropora, dômes de porites, cerveaux de Neptune, coraux de feu… – aux alcyonaires rencontrés plus avant.
J’aime particulièrement nager entre les patates de corail : les passages me rappellent mon ancien jardin aquatique, à Saint Martin, où je passais mes après-midis désoeuvrés en apnée.
La différence, c’est qu’ici, le paysage se casse souvent au rebord du tombant.
Nous effectuons encore une douzaine de plongées sur ces récifs magnifiques, et puis, le séjour parvenant à sa fin, nous décrochons des Farasan Banks pour mettre le cap sur notre port de départ.
Le matériel sèche au vent sur le pont supérieur…
… et nous retrouvons Al Lith et sa marina minimaliste.
Trois heures de route plus tard, après avoir longé une steppe sableuse semée d’ordures et tapissée, à l’approche de Djedda, d’une impressionnante centrale solaire…
… nous prenons nos quartiers à l’hôtel Clarion puis nous partons à pied à la recherche d’un resto dont Jean-Claude, de passage récemment, a gardé une vague mémoire.
Autant le dire tout de suite, la ville n’est pas conçue pour le piéton. On y arpente des boulevards rectilignes à perte de vue.
On passe de gauche à droite au-dessus de quartiers sans charme…
… pas vraiment touristiques.
Impossible de retrouver la gargote dont Jean-Claude avait gardé le souvenir – à défaut de l’adresse. Tant pis. En se renseignant dans une poissonnerie-cantine qui ne nous inspire pas trop, les gars font rouvrir pour nous l’échoppe de leurs voisins, lesquels nous servent illico tout un tas de plats parfumés aux noms incompréhensibles, pour une addition insignifiante.
Sur quoi, scénario classique des fins de voyage : retour à pied par le bucolique itinéraire de l’aller, douche agréable pour enlever la poussière omniprésente, nuit courte dans une chambre très confortable, navette le lendemain avant le lever du jour, retrouvailles avec les pèlerins…
… et décollage. Bislema Djedda.
Et bonjour Paris.
Epilogue
Nous sommes le 28 février 2026. Il est 12h56. L’avion s’est arrêté en bout de taxi. Je rallume mon téléphone et m’apprête à envoyer un mot de bon atterrissage quand je reçois plusieurs messages qui tous, en substance, me demandent si je suis sous les bombes.
Les bombes de quoi? Je ne comprends pas. De quoi parlent-ils?
J’ouvre mon application du journal Le Monde, auquel je suis abonné, et là : stupeur effarée : Tromp bombarde l’Iran et enflamme le Golfe!
Je contemple mon écran, incrédule. A Djedda, cette actualité nous a complètement échappé.
Je songe à cette lecture d’un essai de Christian Salmon, que je m’étais réservée pour mon retour, et je me dis aussi que je vais relire Ubu roi, la pièce d’Alfred Jarry.
Mais si Jarry me fait rire, jaune, il y a déjà bien longtemps que l’autre psychopathe de la Maison Blanche ne m’amuse plus, si tant est qu’il l’ait fait un jour.
Fureur épique. Je suis sidéré.



Fabuleux compte rendu comme d’habitude. J’ai voyagé et partagé vos émotions.
Écriture toujours aussi belle, précise.
Tu as raté ta vocation !
Merci de tes compliments Dalila! Je te les retourne au sujet de tes sublimes photos et je mets le lien vers ton site dans cette réponse, afin que l’adresse apparaisse ici :http://dalilabensammarphotography.fr/