Puisque la rubrique En scaphandre est abondamment illustrée, j’ai pensé que tu trouverais peut-être intéressant de savoir quel matériel j’utilise, et comment, progressivement autant qu’inévitablement, je l’ai fait évoluer.
Sommaire
Avant le numérique
Les photographies sous-marines restaient évidemment rares. Elles étaient prises en argentique, avec, déjà, des appareils enfermés dans des caissons.
Et puis, de la même manière que le Leica avait révolutionné la prise de vue « légère », ouvrant la voie au photo-journalisme moderne, le Nikonos a accompagné le développement de la plongée-loisir à partir des années 70. Pour les curieux, on peut lire ici une histoire de cet appareil mythique.
A la toute fin des années 80, on trouvait également des petits appareils jetables, évidemment toujours pourvus d’une pellicule argentique, étanches à dix ou quinze mètres.
Ils produisaient des clichés amusants mais d’une qualité globalement médiocre. Exemple ci-dessous avec ton serviteur, en apnée dans les grottes de corail antillais de St Martin.
De nos jours
La plongée sous-marine s’est considérablement démocratisée, et le numérique a révolutionné le confort de prise de vue – jusque dans une certaine mesure, et selon le niveau d’amateurisme auquel on se situe, car même richissime, ne rêvons pas, on n’achètera jamais le talent de Laurent Ballesta, sublimé par les expéditions d’exception qu’il réalise.
Cela étant, de même que n’importe quel individu un minimum à l’aise sous l’eau peut facilement s’offrir son premier niveau, tout le monde peut désormais emporter sous l’eau un petit compact pour immortaliser ses immersions. Au fond, comme sur terre, tout dépend du rendu que l’on attend de ses clichés : de simples souvenirs ou des vues plus ambitieuses. Et tout dépend aussi du fourbi plus ou moins volumineux dont on accepte de se charger.
De mon côté, je n’aime pas m’encombrer. J’aime d’abord et avant tout plonger et profiter. L’appareil est là, au cas où. Très exactement comme quand je me promène en ville ou dans la nature. Pour autant, comme j’aime la photographie, sans viser la qualité professionnelle, j’ai tout de même à coeur de produire des clichés dignes de ce nom. Du coup, aujourd’hui, je m’embarrasse un peu plus qu’au début, quand même.
En parlant des débuts…
Mon matériel et son évolution
J’ai d’abord utilisé le Canon G9, mon premier appareil numérique, que j’ai glissé sans son caisson dédié à l’occasion d’un séjour au Mexique, l’hiver 2008, parce que j’avais prévu de me remettre très sérieusement à la plongée là-bas, après une parenthèse d’une quinzaine d’années.
Voici l’une des toutes premières images faites avec ce système, en apnée, sur l’île de Cozumel, avant d’aller dériver en scaphandre le long de la deuxième plus grande barrière de corail du monde. Prise au ras du sable au fil du courant, et dont l’apparition dans le viseur m’avait fait pousser des glouglous enthousiastes.
Pendant six ans, j’ai emporté le G9 et son caisson aux quatre coins, et j’ai progressivement appris à m’en servir sous l’eau. En Mer Rouge…
… comme en Mer d’Iroise. Quoiqu’on soit ici en surface!
Jusqu’à 30 mètres, voire 40, j’étais très content des clichés du G9. Pour l’adjonction de lumière, le diffuseur du flash placé sur le nez du caisson suffisait à isoler le sujet de près, telle cette étoile de mer dite « biscuit », rencontrée en Croatie – preuve par ailleurs de l’influence de la biscuiterie LU sur les écosystèmes marins, mais ceci est une autre histoire : ne nous égarons pas.
En revanche, sur certaines épaves profondes, comme le Togo dans la baie de Cavalaire dont la proue repose sur le sable à 60, l’autofocus était systématiquement défaillant. Pas top.
Puis le G9 a rendu l’âme en tombant au sol, sur un bête parking, une après midi de juillet 2014.
Comme j’aimais beaucoup cet appareil, je n’ai pas cherché bien loin : j’ai acquis son grand-frère de l’époque, le G16. Pas déçu.
En revanche, indépendamment de cet appareil que je continue de trouver génial, j’ai commis une…
Succession d'erreurs coûteuses
Par souci d’économie relative, et parce que le caisson de base du G9 – incompatible avec le G16, les marchands sont malins – m’avait globalement convenu, j’ai d’abord racheté un caisson d’usine, basique.
Grosse déception dès les premières immersions. Pas satisfaisant du tout : outre que je rencontrais les mêmes problèmes d’autofocus qu’avant, dès 40 mètres, le flash était désormais inefficace et le caisson ne me laissait toujours pas accéder au mode manuel. Sous les tropiques, au Soudan par exemple : pas de souci : plongées globalement peu profondes, grande clarté et lumière. Cette photo donne une idée du propos.
Mais comme je souhaitais avoir accès à toutes les fonctions de mon appareil, et ne plus être ennuyé sur les plongées profondes, j’ai investi dans un caisson un peu plus performant.
Caisson Ikelite et accessoires
Lequel caisson n’avait plus de souci d’autofocus, même poussé à 65 mètres, et me donnait enfin accès au couple vitesse/diaphragme. Parfait? Voire.
Car le constat, au bout d’une centaine de plongée, restait mitigé : fragilité de la dragonne intégrée cassée par deux fois, dont une au risque de perdre l’appareil, rattrapé in extremis en remontant sur le bateau, blocage systématique de certains bouton-poussoirs, celui de la macro surtout, malgré les rinçages soigneux, et impossibilité d’adjoindre des lentilles (macro ou grand angle) performantes. Malgré tout de même un prix élevé : plus de 600 euros.
Compte-tenu de l’investissement, j’ai donc gardé ce caisson six ans, et je lui ai même adjoint un hublot qui me permettait de récupérer la focale légèrement grand angle de l’appareil.
Cher, lui aussi, globalement décevant et mal pratique : j’ai par exemple considérablement ramé aux Maldives avec cette lentille. Il arrivait en effet assez souvent que des micro-bulles se mettent dessus et fixent l’autofocus de l’appareil. Le résultat de l’image était immanquablement raté. J’ai fini par ne plus la prendre.
Et puis là-dessus, tant qu’à m’enfoncer dans mon piège abscons – c’est à dire conserver l’existant imparfait compte-tenu de l’investissement initial plutôt que d’envisager un changement radical – j’ai acheté un phare sur les conseils d’un ami niçois : le modèle Sea Dragon 2500 de chez Sealife. 2500 pour le nombre de lumens qu’il produit, soit l’équivalent d’une ampoule de 250 watts.
Au début, j’en étais vraiment très content. Cette jolie flabelline mauve prise à 30 mètres en Méditerranée, par exemple, m’a enthousiasmé.
Ou bien cette murène, dans la baie de Villefranche.
Les couleurs étaient magnifiques. Mais hélas, très vite, plusieurs inconvénients sont apparus, le principal étant celui de la diffusion très large de la lumière, de sorte que lorsqu’on photographie de près, dans des eaux peu chargées en particules, c’est parfait. Mais lors des plongées de nuit, par exemple – à l’ambiance si particulière – rien à faire : le phare éclaire toutes les particules parasites, l’autofocus – encore lui – ne comprend plus rien, et les clichés sont immanquablement ratés.
Par ailleurs, le système de platine qui permet d’accrocher le phare sur le caisson n’est compatible qu’avec les appareils Sea Life, dont la qualité est nettement en-dessous de ce que mon G16 me procure. Bref, encore un achat coûteux qui s’avère, in fine, pas optimal.
De là, après notamment plusieurs croisières et bien des échanges avec d’autres plongeurs photographes, j’ai décidé de sortir de cette spirale infernale, tout en conservant le G16 parce que je ne veux pas passer au Reflex – sous l’eau en tout cas.
J’ai opté pour un caisson de marque Isotta – fabricant italien haut de gamme, dont la monture du hublot accepte toute sorte de lentilles – et que m’avait vanté Félix, en Egypte.
Sur quoi, l’autre caisson revendu par petites annonces, de même que le phare – ce qui m’a valu au passage une tentative d’escroquerie que je raconte ici – j’ai opté pour un flash Inon léger et performant, dont les qualités m’ont été décrites, elles, par Markus aux Maldives.
Avec une accessoirisation complémentaire dont je vais te parler au paragraphe suivant, notamment les lentilles, tel le grand angle AOI monté ici sur le caisson Isotta.
Toutes les photos du reportage dans les cenotes mexicains ont été prises avec cet ensemble. Non sans mal, comme tu pourras le lire en cliquant sur « galères photographiques », dans le sommaire.
Bilan intermédiaire mitigé
Côté éclairage : avec uniquement le flash, dans l’obscurité complète des cenotes, impossible de faire la mise au point. Je bidouillais donc avec ma lampe d’appoint mais c’était mal pratique au possible.
Le flash en revanche isolait bien les plans rapprochés, comme ici, sur cette vision très dia de los muertos.
Au retour, j’ai donc acheté une lampe pilote (qui se coupe quand le flash se déclenche) d’une puissance suffisante (2500 lumens) pour être utilisée seule, comme ici sur cette belle murène de la baie de Villefranche.
C’est le modèle smart focus 2500 de la marque chinoise Weefine.
Cette lampe est pas mal mais comme tout le matériel chinois, sa fiabilité dans la durée est douteuse : par exemple, au bout d’une centaine de plongées et malgré mes soins et son allumage en veille sur le bateau, je peine parfois à la déclencher après la mise à l’eau, ce qui est très agaçant.
Ma lentille grand angle s’est elle aussi révélée d’une qualité globalement médiocre malgré son prix élevé (plus de 650 euros). Son vignetage est important et sa perte de netteté sur les bords tout assez fâcheuse.
La lentille macro
J’ai acheté une lentille macro du chinois Nauticam (modèle CMC-1) sur une double bague avec un gond : de sorte que je peux soit l’utiliser quand le sujet s’y prête, soit m’en passer et utiliser alors la focale normale de l’appareil, le tout sans avoir à faire des manips hasardeuses sous l’eau. Ça ressemble à ça – et c’est presque aussi cher que la lentille elle-même!
J’ai utilisé cette lentille macro à Lanzarote au printemps 2022.
Disons-le tout de suite, elle n’est pas super simple d’usage. La mise au point se fait presque au millimètre et sous l’eau, c’est coton. Par ailleurs, à cause de la bague, il faut soit recadrer l’image en post prod, soit zoomer sur le sujet, pour éliminer le cadre parasite comme ici sur cette coryphelle.
Mais une fois le cliché retravaillé, c’est pas mal.
On peut découvrir des détails très agrandis, comme ces polypes de corail orange de toute beauté.
Ou bien saisir les détails de ce minuscule hippocampe pygmée – photographié en Papouasie occidentale.
Cette lentille est donc plutôt satisfaisante mais l’idéal, c’est de la visser directement sur la monture M67 du caisson, ce qui implique, du coup, qu’on ne peut faire que de la macro lors de la plongée débutée de cette manière.
S'il ne fallait retenir qu'un conseil...
… tiré de mes erreurs consuméristes, ce serait celui-ci : débute avec du matériel simple, apprend à cadrer, à composer sous l’eau puis, quand tu souhaites évoluer, ne va pas au faussement moins cher ; engraisse ta tirelire un peu plus et ose t’offrir directement du haut de gamme, de préférence européeen (Isotta, Dyron, Inon, Bersub, etc.) en discutant, par exemple, avec Hubert Lacour de Plongimage.
Tes achats seront plus éthiques, et surtout, tu économiseras de l’argent, parce que, comme le dit Hubert lui-même : « acheter deux fois, c’est acheter trop cher ». Et il a cent fois raison.
J’ai revendu le grand angle et la lampe pilote sur le bon coin pour investir dans une lentille sèche Dyron sur mesure et deux phares Bersub.
Le résultat sera visible au retour de l’Arabie Saoudite, en fevrier 2026 prochain.
A propos du noir et blanc
Je passe de plus en plus certaines de mes vues sous-marines en noir et blanc. Par nostalgie de l’âge d’or de la plongée peut-être…
… mais aussi parce que je trouve que cela renouvelle le point de vue et permet de raconter des histoires autrement, comme ici, dans ce déjà vieux cliché pris en remontant des fonds du cap Ferrat, où le plongeur et les poissons semblent séparés par la diagonale d’une ligne de démarcation infranchissable, celle de leur nature.
Ou bien sur celle-ci, humoristique et graphique, prise sous l’Equateur, au sud des Maldives.
Appendice : mon petit appareil de secours
Offert par ma femme compatissante parce que mon G16 était tombé en panne trois jours avant un départ pour l’Egypte, en 2019, et que je ne cessais de pester à la plage. Tu peux retrouver les déboires de cette panne dans cet article du blog : une contrariété à J moins 3.
Ce petit appareil chinois – oui, je sais… – est de Marque Sealife ; avant de partir, je l’ai testé dans cet autre article : le test de l’appareil – pas de l’oursin.
Pour débuter, et apprendre à cadrer sous l’eau, pourquoi pas?
Toutes les prises de vue sous-marines du récit intitulé Intégrale Egyptienne sont effectuées avec ce boitier, et certaines sont assez réussies, à l’instar de celle-ci dont j’aime beaucoup l’ambiance, prise dans les cales de la très célèbre épave du Thistlegorm.
Tu viens de découvrir mon parcours de photographe sous-marin amateur et autodidacte.
Il n’a évidemment pas valeur de modèle : celui de Corinne Bourbeillon, autrice du très beau site Petites bulles d’ailleurs, est par exemple à la fois similaire et différent. Je t’en conseille vivement la lecture.

