Des inconvénients de l’envie de pisser5 mn de lecture

Quiconque a fait, sous une tente, l’expérience nocturne d’une vessie pleine et brûlante sait à quel point cette situation est déplaisante. Voici donc une solution pour ne plus jamais avoir à troquer la chaleur douillette du duvet pour la nuit froide et pluvieuse. 

L’astuce que je vais te présenter n’est pas nouvelle. Les chauffeurs routiers l’utilisent depuis des lustres et l’un de mes amis se vantait même, dans les années 80, de faire plusieurs centaines de bornes d’une traite au volant de sa Spitfire grâce à ce procédé.

Eventons tout de suite ce pseudo mystère : oui, tu l’as déjà compris, il s’agit simplement de se soulager dans une bouteille.

Pas franchement glamour, je te l’accorde. Et puis simplement? A voir. Même pour les garçons.

Mais tu te demanderas sans doute d’où me vient soudain cet intérêt urologique? Et bien… de ma longue expérience de campeur, d’abord, mais aussi et surtout d’une mésaventure domestique très récente.

Je te raconte.

Accidentologie pissotière

La semaine passée, tiré du sommeil à la maison par l’envie pressante susmentionnée, je tâtonne en pleine nuit dans l’obscurité du palier, vers les toilettes dont la porte est dangereusement placée juste à côté de la descente d’escalier – c’est le gouffre noir, à droite. Padirac, pas moins.

Ensuqué, je me trompe inexplicablement d’ouverture et je pars en apesanteur dans le vide, avant, par réflexe, de me rattraper d’une main à la lourde rambarde pour m’y fracasser aussitôt le haut du corps, rabattu dans l’élan sur le métal comme une porte qui claque. On imagine le réveil explosif : adrénaline et douleur.

Quelques cris plus tard, après avoir remonté les marches à quatre pattes, me voilà donc convulsant dans les pommes sous les yeux effarés de ma femme, à son tour très brutalement tirée du lit. 

Elle est au téléphone avec le médecin du SAMU quand je reprends connaissance, en sueur sur le palier où je me suis moi-même installé en PLS – autre réflexe, sans doute, mais dont je n’ai aucun souvenir : la perte de conscience a gommé ma mémoire immédiate.

Je la rassure comme je peux – c’est juste un malaise vagal ma chérie, tout va bien, j’ai un peu mal aux côtes, c’est tout, etc. mais rien n’y fait, elle est encore en état de choc et les pompiers débarquent. 

A part une vilaine douleur très prononcée sur le flanc droit, une prudente introspection corporelle m’informe que je n’ai rien de cassé. Ma respiration par exemple détend mes côtes mais la douleur reste très supportable. Tous les tests confirment d’ailleurs que je suis clair – pupilles normales, je me souviens de ma date de naissance et je peux encore réciter le début du Bateau Ivre, etc. – les pompiers me disent même que ma bonne condition physique m’a sans doute évité la malemort, mais tout le monde insiste cependant, ma femme la première : allez hop, aux urgences. On ne sait jamais. Je n’ai pas d’antécédent épileptique, ma tête n’a pas cogné, mais bon. Principe de précaution. Et puis, mon autodiagnostic est sujet à caution. Preuve : je n’ai même pas senti l’écorchure d’impact sur la rotule gauche, que les pompiers, eux, en professionnels exercés, ont illico repérée. Avec la bosse assortie. Ah oui, tiens.

Je me relève, m’habille, descends prudemment l’escalier perfide et je pars faire le tour du pâté de maison en ambulance.

Une heure plus tard, me voici dans un box, ventousé de partout, relié à un moniteur où s’affiche la traduction graphique des battements de mon coeur à 55 pulsations minute. En prime, j’ai au creux du coude un chouette cathéter posé par une stagiaire, laquelle s’en est très bien sortie et que j’ai félicitée pour ce beau geste technique, soulagé qu’elle ne m’ait pas éclaté la veine, et surtout, je n’ai toujours pas réglé mon problème initial, cause de tous ces maux : le besoin impérieux de vider ma vessie.

Relié à tous ces bips-bips, forcément, impossible d’aller aux toilettes. L’infirmière à qui je confie mon souci m’apporte donc l’incontournable pistolet, bien connu des chambres d’hôpital.

Pistolet, qu’on appelle aussi urinal, un outil vieux de plusieurs siècles comme nous l’apprend cet article de Wikipédia, parce qu’il ne faut jamais perdre une occasion de s’instruire, même en pissant.

Par John Hill — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Abrégeons cette histoire : les radios ne révèlent aucune fracture sous les hématomes, les analyses de sang sont au petit poil, l’électrocardiogramme itou, on m’épargne le scanner, la nouvelle équipe de jour m’enlève le cathéter et me libère et je rentre à pied – j’habite à 5 minutes de marche de l’hôpital.

Un pistolet de rando?

Quelques jours plus tard, en préparant deux nouvelles fantaisies buissonnières à venir, je réfléchis comme à l’accoutumée au matériel que je vais emporter avec moi, notamment dans le Queyras déserté, en octobre prochain : thermomètre sous zéro la nuit, et verveine le soir pour se réchauffer = sortie nocturne obligatoire. Flûte. Du moins, flûte… Un violon, éventuellement, serait plus approprié. Ou tout autre instrument.

Je repense au pistolet de l’hosto puis, de là, à la bouteille de Guillaume dans sa Triumph. 

Et si…

J’ai plusieurs gourdes souples, qui se roulent et ne pèsent rien. Je pourrais éventuellement en sacrifier une à cet usage, pourquoi pas? 

Sauf que. Sans vouloir verser dans le délire matamore et m’attribuer des mensurations aussi ridicules que gigantesques, je reste tout de même un peu perplexe face au faible diamètre du col de ma Platypus.

En pleine nuit, à genou sous la tente, c’est clairement un coup à en foutre partout dans le sac de couchage. Trop risqué.

Pour autant, l’idée de la gourde me plaît assez, et j’aimerais bien en outre – sans mauvais jeu de mot – conserver ces 24 grammes de plastique souple qu’on peut rouler dans une poche pour un gain de place optimal.

J’effectue donc une recherche rapide et je découvre ce modèle : 

Bouchon de 42 mm de diamètre, résistante, souple et pliable pour moins de 40 grammes.

Pas mal. Mais reste toutefois le problème de la contenance. 250 ml? 500 ml?

Quel volume d’urine élimine t’on en moyenne lors d’une nuit de 8 heures? Aucune idée.

Là encore, l’incontournable Google me renseigne : « La diurèse normale est d’environ 1,5 litre d’urine par 24 heures, ce qui correspond à 5-7 mictions par jour d’un volume de 200-250 millilitres. » 

1,5 litre par 24 heures = 0,5 litre pour 8 heures. 500 ml devraient donc suffire, sauf si j’ai bu beaucoup d’eau, que j’ai peu transpiré à cause du froid et que je me suis enfilé en plus une tisane au coucher du soleil ; mieux vaut donc choisir le modèle de 750 ml, pour avoir de la marge au cas où.

Je viderai le contenu dans l’herbe au petit matin et je rincerai le bidon-urinal dans un torrent quand j’en trouverai un – sachant de toute façon que les reins délavés par d’abondantes rasades d’eau claire ne produisent pas beaucoup de déchets – avant de le rouler dans une poche du sac. 

Voilà. Je ne sortirai PLUS JAMAIS sous la pluie ou dans le froid en pleine nuit. Victoire.

Certes, m’objecteront les lectrices, c’est bien beau tout ça, mais c’est encore un truc de mec. On fait comment, nous? On continue de subir les joies des contorsions cul-nul dans les chardons?

Et bien non, les filles : il existe pour vous des systèmes très malins, tel ce pisse-debout fabriqué en France – que j’avoue ne pas avoir testé pour de bêtes raisons morphologiques – et qui existe dans plusieurs couleurs irrésistibles, telle la très girly « paillettes mauve ».

Voyez : on en fait des découvertes, tout de même, quand on s’intéresse aux fonctions du corps. Non?

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Halleux Dominique
Halleux Dominique
8 mois il y a

Tu es un narrateur exceptionnel et vraiment très drôle malgré les circonstances dramatiques !
Merci Patrick …
Belle journée ensoleillée.
Dominique 🐳🐳🐳

Derain Anne-Pascale
Derain Anne-Pascale
8 mois il y a

Ah Sacré Patrick ou plutôt Patrick Sacré « LE Narrateur comique ».
Comme d’habitude, sujet drôle et plume brillante 🤩

dominique POPINEAU
dominique POPINEAU
8 mois il y a

On attend avec impatience la suite des aventures de notre blogueur préféré !

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