Ceillac – Maljasset4 mn de lecture

Première étape du trek Génépi Lavande, juillet 2024

Par le col de Clausis. 13 kilomètres, 1100 mètres de dénivelé positif, 7 heures. 

NB : le temps affiché tient toujours compte de mes pauses.

Après avoir confié une petite valise à l’hôtel de la Cascade où j’ai dormi cette nuit, heureux de ne pas être déjà sous la tente tandis que sévissait dehors un violent orage, j’abandonne au matin ma voiture au pied des pistes du Mélezet. Je la retrouverai dans une grosse semaine.

Un taxi réservé la veille me monte ensuite jusqu’au parking des Claux, mon point de départ. Il est 9 heures.

Je serpente à travers le mélézin. 

La montée est habituelle à cette altitude, raide sans l’être encore trop, suivant un sentier agréable et élastique qui monte vers le lac de Clausis puis le col du même nom.

A la sortie du sous-bois, je retrouve la steppe à marmottes de la prairie alpine. Je les entends siffler d’ailleurs, et j’en aperçois plusieurs sans toutefois parvenir à les photographier au téléphone – l’objectif de 28 mm les « éloigne » beaucoup trop pour que l’image soit publiable.

Le soleil tape fort – en vallée, ce week-end, le mercure dépassait encore les trente-cinq degrés – mais l’élévation, donc l’altitude, et le courant d’air frais qui l’accompagne, rendent la marche tout à fait agréable.

J’atteins le lac de Clausis.

Et je m’y installe quelques minutes pour une pause. 

Quelques randonneurs, cinq ou six, sont déjà là ou arrivent pendant que je grignote. On est loin de la surfréquentation de certains sites voisins, comme le Lac Sainte Anne, mais malgré tout, je trouve que c’est encore un peu trop peuplé à mon goût.

Je reprends mon chemin en direction du col, dans un vallon tapissé de magnifiques pelouses.

A l’approche du col, l’herbe laisse peu à peu la place au minéral. A cet étage intermédiaire, je retrouve les bouquets de gentiane, cette belle fleur d’un bleu intense qui ne pousse que sur les sols calcaires des Alpes.

Et voici le col de Clausis, à presque 2800 mètres.

Seul, enfin! 

Je m’installe en contrebas du col, à l’abri du vent, et je pique-nique en regardant le vallon qui s’ouvre devant moi. La prairie est toute piquetée de fleurs roses – principalement de la ciboulette sauvage et différentes variétés d’oeillets. Magnifique.

Après mon déjeuner – un panier roboratif fourni par l’hôtel de la Cascade – je descends en suivant sur ma carte les traces d’un itinéraire de ski de rando. Le chemin, inexistant, est cependant balisé de temps à autres par des cairns.

Je me reporte régulièrement à IphiGéNie – que j’utilise en mode « avion » sur des fonds de carte téléchargés où je suis géolocalisé, ce qui est extrêmement pratique pour suivre plus ou moins ma voie en comparant ce que je vois dans le paysage à ce que l’application m’indique.

Au bout de quelques temps, j’aperçois l’un de mes repères : la cabane de Tiéoure. Je mets le cap dessus.

La végétation est dense et haute : on ne doit pas être très nombreux à passer par ici…

A la cabane, je prends de nouveaux repères. 

Je dois en effet descendre vers les ribes de Parouart, pour rejoindre ensuite le GRP en bord de l’Ubaye qui m’amènera à Maljasset.

NB : un GRP est un sentier de «Grande Randonnée de Pays», balisé en rouge et jaune et qui propose des boucles locales quand le GR traditionnel, lui, balisé en blanc et rouge, s’attache à des itinéraires au plus long cours traversant plusieurs régions.

En observant attentivement le relief devant moi, je distingue un sentier qui semble correspondre à ma trace. 

Sur le moment, je regrette de ne pas avoir pris mes jumelles. Je les ai laissées à la maison à cause de leur poids – 344 grammes – mais elles m’auraient été utiles, ici, pour confirmer ce que j’entrevois.

Tant pis. Descendons dans la caillasse.

Des cairns balisent régulièrement le sentier que j’ai réperé. Fort pratiques, ils m’évitent une fastidieuse recherche d’itinéraire et de passage dans les éboulis.

Reconnaissant, je ne manque donc pas à mon tour de contribuer à les entretenir.

Au-dessus de la cabane de Parouart, sur la droite, j’observe un petit troupeau de moutons livré à lui-même, sans chien, ce qui est plutôt inhabituel. Mais tant mieux. Je crains terriblement les patous – ces gros chiens de protection dressés pour éloigner tout ce qui s’approche des bêtes : loup, lynx, randonneurs…

J’atteins la vallée au fond de laquelle caracolent les belles eaux couleur aigue-marine de l’Ubaye puis je rejoins le GRP et prends la direction de Maljasset. 

Je vais voir la chapelle – fermée – et me promène entre les tombes du cimetière de Maurin.

Puis j’entre dans Maljasset. Il est à peine seize heures.

Je trouve le refuge où je dois dîner – et me doucher – mais pas dormir. Aux ronflements des dortoirs surchauffés, je préfère en effet la solitude ventilée de mon bivouac.

Le refuge est provisoirement privé d’électricité, à cause des orages d’hier soir.

Je m’installe sur une banquette pour boire une bière fraîche…

… puis je vais prendre une douche à l’intérieur escarpé, en m’éclairant avec ma frontale. Le courant revient pendant que je me sèche.

Au dîner, je suis attablé avec un jeune flamand qui traverse les Alpes en prenant son temps, ainsi qu’un autre randonneur en solo qui me fait un peu penser au personnage incarné par Bruno Moynot, dans les Bronzés. Je ne comprends pas très bien quel est son trajet, mais il semble plus ou moins similaire au mien pour la journée de demain. Il y a également trois hommes à ma droite, la petite soixantaine, qui font comme le jeune flamand la traversée par le GR5. Ils sont partis le 19 juin du lac Léman. A quoi s’ajoutent à ma gauche deux mères de famille qui ont laissé maris et marmaille en vallée pour s’échapper trois jours. Elles discutent avec une femme seule, en face d’elles, flamande elle aussi, de Bruges.

Conversations de randonneurs : description des parcours, comparaisons de matériel, échanges d’astuces variées pour limiter les douleurs et soigner les bobos, lesquelles astuces alternent, selon les convives, entre technologies dernier cri et cataplasmes bio tout droit sortis des âges farouches.

Passé le repas, je récupère mon panier pique-nique du lendemain, règle mon passage, remplis mes gourdes et salue la compagnie : je pars en quête d’un lieu où planter le camp pour la nuit.

Je le trouve à l’écart de la rivière, à l’aplomb de la chapelle de Maurin. Le sol m’a l’air suffisamment plat, je déballe mes affaires.

Tandis que la lumière décroît – il est déjà 21 heures – je rencontre avec la tente une difficulté imprévue : l’un des mini fourreaux en cordura qui accueillent deux tiges courbées au sommet de la tente pour optimiser l’espace intérieur…

… et bien l’un de ces mini fourreaux s’est troué. La tige par conséquent passe à travers, dépasse et menace de percer la toile de la tente. Mince alors! Au prix où elle est vendue et sachant que je n’ai dormi dedans qu’une vingtaine de nuits, je l’ai un peu mauvaise. 

Pour l’heure, sans solution de couture adaptée, je bricole une réparation de fortune avec une petite épingle à nourrice et du gros ruban adhésif gris à tout faire, dont j’ai scotché quelques morceaux sur mes bâtons. Et ça a l’air de tenir. Là-dessus, bonne nuit!

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