Dans la forêt du Massacre

Une pluie fine et glacée s’abat sur la piste. Tout est gris.

Pour ne rien arranger, j’ai été rattrapé ce matin par des soucis franciliens, qui décidément me poursuivent où que j’aille et quoique je fasse. Je monte donc le cœur lourd vers la bien nommée forêt du Massacre. Comme mon humeur.

A l’atteinte de l’isotherme, la pluie se change en neige. Je continue de grimper en ruminant mes pensées de goudron et j’atteins le chalet de la Frasse vers onze heures et demies.

Trop tôt pour déjeuner – pas grave, je n’ai pas faim. Une bière suffira. Dehors, la neige s’intensifie.

En sortant du chalet, je parcours environ un kilomètre en suivant cette piste :

… un peu surpris cependant de ne plus voir les perches jaunes. Sur quoi, je trouve un panneau qui m’en explique la raison.

La trace orange, c’est la GTJ. Je suis parti à l’opposé! Cretudjud’tain d’rogntudju.

Je sens monter une immense onde de colère – laquelle excède évidemment bien largement cette bête erreur d’orientation – et je pousse le plus formidable cri de rage que je n’ai poussé depuis longtemps. Le son résonne longuement entre les sapins. Lesquels s’en foutent.

Je coupe par la forêt à la boussole, dans la poudreuse, en grognant à chaque pas que j’enfonce rageusement dans la neige molle.  Plof, plof.

Cette espèce de bagarre ridicule avec les éléments m’apaise peu à peu. M’essoufle, aussi. Mais quand je retrouve la piste, j’ai le sentiment de m‘être en partie dépollué. Et j’entre dans la forêt du Massacre.

Je grimpe à travers les sapins, visière de la casquette baissée pour protéger les lunettes. La neige fraîche fait un bruit velouté sous les raquettes, dont le swoosh-swoosh contraste agréablement avec le presque cri de corbeau qu’elles font d’habitude sur la neige dure : craaa-craaa.

Ici, ce panneau donne une idée de la hauteur de la couche.

J’enfonce à mi-tibia, malgré les raquettes.

A la sortie des bois, j’aborde une longue succession de bosses. La météo en rajoute et je sens que ma veste commence à ne plus être imperméable. Quant à mes chaussures, il y a un moment qu’elles ne le sont plus.

Et il me reste du chemin! Un nouveau poteau indicateur hérissé de panneaux me le dit : 8 kilomètres.

Bon. Continuons.

Je découvre à l’occasion d’une descente raide que la neige s’est accumulée sous les crampons. Un phénomène que les alpinistes connaissent bien, quand ça « botte ». Les crampons ne mordent plus et zou! Grosse gamelle dans la poudreuse. Bah! Au point où j’en suis…

Je rejoins à un moment une route qu’IphiGeNie reconnaît : elle va me mener à Lajoux. Ciao GTJ : faire la trace dans la poudreuse m’a vidé : on ne traverse pas impunément la forêt du Massacre.

La tempête de neige redouble à l’arrivée : je ne distingue plus grand chose et commence à grelotter dans mes vêtements mouillés.

J’ai bien du mal à trouver l’hôtel ensuite, qui se trouve le long de la route principale. J’y parviens enfin et n’y suis pas très bien accueilli : les deux tôliers me dévisagent bizarrement, en répétant : « ah, vous êtes seul ? »

Oui. Et donc?

Je prends mes quartiers. Le radiateur est tiède, ça va être compliqué pour le séchage.

La piaule est moche et cafardeuse à souhait. Une vraie caricature. Croûte encadrée au mur et halogène neo-rustique.

A table, le soir, l’impression désagréable se confirme. Le patron passe entre les tables, discute avec les convives et quand je lève les yeux vers lui, vite! Il détourne le regard et passe sans un mot. Drôle.

Une clope au dehors. Au bord de la rue moche.

Non, décidément, la rencontre avec Lajoux n’aura pas lieu. Il y a des jours, comme ça.

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