L’art de la rallonge2 mn de lecture

Aujourd’hui, l’étape annoncée par le guide fait 13 kms. Peanuts. A priori.

Réveillé tôt par le petit jour – et le feu éteint – je boucle mon sac et rejoins la ferme.

Là, je contemple hypnotisé le plafond d’une salle où donne le soleil. Et non, je ne bave pas.

Je profite du petit dejeuner au coin du poêle et je pars. Sans raquette – la neige dure les rend superflues.

Aucun humain. Je suis absolument seul au monde.

Au lieu-dit les Granges Raguin, un jeune type qui contrôle les « pass balade » me confie le même plan que celui que le vent m’a arraché des mains, hier. En le lisant, je comprends mieux mes errements de la veille. Aujourd’hui, ça ne risque pas de m’arriver. La preuve : les balises sont limpides.

Je chausse les raquettes et suis la trace qui monte dans la forêt, territoire du Grand Tétras, lequel se cache.

Des oiseaux. Le soleil entre les arbres. Toujours personne. Le sentier grimpe pas mal. Je tombe la doudoune sous la veste en regardant les tas de bois qui me font penser au film d’Enrico, les Grandes Gueules.

Au bout d’une heure et demie de montée, je débouche sur une route. Plus aucune balise GTJ. Qu’est-ce à dire? On dirait la départementale que j’ai coupée tout à l’heure…

Je consulte le plan. Puis iPhiGéNie. Un coup de boussole là-dessus et le verdict tombe : je viens de faire 4 ou 5 kilomètres dans le vide, en suivant une boucle qui me ramène sur mes pas!

Je redescends la route en pestant et me voici rendu aux panneaux de tout à l’heure. Mouthe est toujours à 8 kilomètres. J’ai raté la bifurcation à droite. Le couillon.

Cette fois, pas de doute : je suis bien sur la GTJ. Des piquets jaunes ponctuent la piste. Je fais quelques kilomètres en forêt puis je débouche sur des pâturages blancs de neige.

J’entre de nouveau en sous-bois. Par endroits, la neige est insuffisante et je suis obligé de porter les raquettes à la main.

Au bout d’un moment, lassé, j’attache les raquettes sur le sac. Raté : 500 mètres plus loin, je les rechausse.

Puis les déchausse de nouveau.

Ça me rappelle les écluses de cet été avec le kayak. D’ailleurs, le panneau m’annonce la Source du Doubs : un signe. À descendre à l’occasion, le Doubs. Mais ne nous égarons pas. Et poursuivons dans les champs de neige…

Ou les sous-bois…

J’arrive en vue de la source du Doubs et j’aperçois Mouthe.

Mon itinéraire ne passe pas par cette ville mais je décide de faire un détour pour acheter des cigarettes et des gâteaux secs.

Pas de tabac. Encore moins d’epicerie. Pas grand chose, sinon une belle église rustique – quelqu’un y joue de l’orgue.

Je finis par trouver un troquet ouvert. J’y bois une bière en bordure de route…

… et tombe sur un élève du collège et sa famille. Pauvre môme : en vacances à Mouthe et pan, faut qu’il croise le Principal. Il y a des destins, comme ça.

Sur ce, je reprends la route : mon détour m’aura rallongé de 5 kilomètres. Ajoutés à ceux de la boucle de ce matin, j’en aurai fait donc dix de plus que prévus. Ça explique que les jambes tirent sur cette montée qui n’en finit plus.

Une heure plus tard, enfin, me voici rendu chez Liadet, au refuge.

Et bien. Il était temps. Fourbu.

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