En kayak aux Etocs6 mn de lecture

Pour changer des rivières, je te propose une petite sortie maritime au large de Penmarch’, dans le Finistère. 

On se souvient que cet hiver, en Finistère, faute des conditions de mer idéale, j’avais renoncé à rallier les Etocs avec le kayak.

Partie-remise, m’étais-je dit en me rabattant sur les fleuves, mais avec tout de même en tête l’envie persistante de visiter ces roches qui, entre Penmarch et Le Guilvinec, à environ deux kilomètres et demi de la côte, forment un ensemble de brise-lames naturels habités par une colonie de phoques .

Cet été, troquant pour une fois les plongées méditerranéennes pour les eaux à douze degrés des Glénans…

… et profitant d’une promenade littorale entre deux averses, j’ai découvert cet excellent livre dans la petite boutique-librairie au pied du phare d’Eckmühl.

L’auteur, Roland Chatain, connaît les Etocs – on prononce les « étaux » –  comme sa poche. Son livre est une mine de renseignements et d’informations, historiques, géographiques, naturelles. Indispensable! 

Je l’ai donc potassé entre deux visites d’épaves dans l’eau glacée, puis, quand enfin la météo a viré au chouette, j’ai couru sur la plage un matin gonfler le kayak. 

Et de là, souque matelot : cap au large!

En regardant les horaires de marée, la veille, j’avais choisi de pagayer à la fin de l’étale, à marée tout juste descendante, à contre-courant, pour pouvoir profiter au maximum d’un niveau d’eau suffisant à l’arrivée.

J’ai d’abord navigué en direction de la roche de Locarec, surmontée d’un sémaphore…

… après quoi, suivant de loin les files d’optimistes de l’école de voile…

… à mesure que s’éloignait au loin la silhouette du phare d’Eckmühl…

… je me suis abandonné au plaisir silencieux de la glissade sur les eaux peu profondes.

Avec l’horizon rocheux en vue, qui grandissait à mon approche.

Un temps, je me suis amusé des méduses qui flottaient entre deux eaux, transparentes, fascinantes, et dont la corolle m’a fait songer à ces colonies d’hydrozoaires qu’on trouve parfois en Méditerranée, échouées par contingents entiers. A tel point que je me suis demandé si, en fait de méduses, ce que je voyais n’appartenait pas plutôt à quelque branche familiale des vélleles. Peut-être un lecteur naturaliste saura t’il m’éclairer?

Sur quoi, après une petite demi-heure de pagaie, j’ai mis pied à terre.

Seul dans la lumière matinale.

Cook abordant la Tasmanie – pas moins.

J’ai fait le tour du petit massif sculpté par les vagues, fasciné par la transparence de l’eau.

Au-delà du barrage naturel que forment les Etocs, protégeant la côte, je me suis attardé à observer le large avant d’aller explorer cet étonnant jardin semé de gros champignons de granit.

J’ai passé là un moment assez extraordinaire, romanesque, à jouer les Robinsons, évidemment inspiré par le souvenir de lectures enfantines – les romans de Jules Verne en tête.

Je suis ensuite revenu au kayak et j’ai rembarqué, scrutant la surface miroitante des eaux pour apercevoir les phoques.

Tandis que je me laissais bercer par la légère houle, au soleil, pagaie posée en travers, j’ai été rejoint par un autre kayakiste. Il circulait dans un long kayak de mer rigide et venait, m’a t-il appris, du Guilvinec. Il avait été de loin intrigué par mon gonflable.

Lequel gonflable est hors la loi en ces eaux marines, pourtant calmes comme celles d’un lac. Mais bon. 

Nous avons papoté un temps, puis une petite tête ronde et curieuse a crevé la surface de l’eau, nous observant.

Les photos au téléphone ne sont pas terribles, surtout quand on tente de zoomer. Prévoyant cet inconvénient, j’avais donc emporté mon appareil photo dans son caisson étanche.

C’était mieux…

… mais si ce cliché là n’est pas trop mal, c’est hélas le seul à peu près correct que je suis parvenu à prendre.

J’avais en effet à coeur de ne pas trop m’approcher pour ne pas déranger ou effrayer ce phoque, lequel de plus ne s’est pas révélé un modèle très patient en matière de pose…

Déçu par la médiocre qualité de mes prises de vue, j’ai délaissé l’appareil et j’ai poursuivi ma promenade entre les récifs, en continuant d’observer les animaux de loin.

J’ai sinué un moment dans le labyrinthe de roches, à mesure que le niveau de l’eau descendait, puis j’ai abordé de nouveau un groupe de blocs. 

Depuis cette espèce d’île, je me suis aperçu qu’il y avait de plus en plus de monde à venir sur les Etocs : kayaks, petits voiliers, zodiacs, bateaux rigides à moteur. Au loin, une vedette touristique en provenance du Guilvinec croisait à l’extérieur de l’archipel rocheux.

En voyant arriver un groupe important de canoës colorés, j’ai songé qu’il était temps de repartir. Avec la foule et les éclats de voix, le lieu avait un peu perdu de son charme matinal.

En revenant sur mes pas, j’ai de nouveau croisé les phoques. Le niveau de l’eau plus bas qu’à mon arrivée leur permettait à présent de se hisser sur des reposoirs.

Je me suis aperçu à cette occasion que mon appareil faisait de nouveau des siennes, comme au printemps. Pour une raison que j’ignore, même en mode manuel, même en sous-exposant volontairement de deux diaphragmes, il me brûle les hautes lumières. Super agaçant.

Et même au zoom, même en mode automatique. Décidément, pas mon jour pour les photos : moi qui avais rêvé de clichés dignes du National Géographic, je pouvais repasser.

Ce que je me suis promis de faire, d’ailleurs, à l’occasion. Sur quoi, j’ai remballé l’appareil, salué les phoques et repris la direction de la côte.

J’ai d’abord naturellement mis le cap sur un grosse balise photographiée au téléphone – avec une bien meilleure qualité que l’appareil, un comble…

… puis je suis allé ensuite tirer un autre bord vers le sémaphore aperçu à l’aller.

La marée basse laissait apparaître par endroits de grandes plaques d’algues sur lesquelles je glissais, et qui me rappelaient celles des rivières.

A l’approche de la côte, j’ai contourné un banc de sable et de roches affleurantes, suivi mon chemin sinueux sur les quelques lignes d’eau qui restaient, jusqu’à ne plus pouvoir pagayer.

J’ai ensuite hâlé le kayak jusqu’à la plage, contemplant les Etocs, au loin.

J’étais ravi de cette belle matinée. Cependant, pour être totalement honnête, j’étais aussi chouia contrarié par ce nouveau souci d’appareil photo qui me rappelait des déboires que je pensais définitivement réglés…

M’enfin. 

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