GR m’a tuer

Mauvaise nuit malgré la qualité de la literie. Les ampoules à vif pulsent sous la double-peau et le genou gauche joue de la fraise sur le nerf sciatique. Je sue, considérablement.

Cure détox. Il y a des gens qui paient pour ça…

Au matin, je mets une demi-heure pour emmailloter mes pauvres pieds, puis je vais déjeuner en marchant comme Bourvil, dans la Grande Vadrouille.

Retrouvailles émues, ensuite.

Je marche au ralenti mais ça reste supportable.

Oiseaux, grenouilles, un héron que je dérange et qui s’envole en battant lourdement de ses ailes de ptérodactyle…

Puis le chemin se ressert un peu. Les ampoules miaulent de plus belle dans les chaussettes.

Toujours personne.

Quelques traces de vie autochtone pourtant, telles ces peintures rupestres à vocation chamanique…

Ou bien cette jolie hutte de chasseur cueilleur…

Mûrs-Erigné. Je longe le Louet.

Le GR serpente dans de petites rues bordées de belles maisons endormies derrière les glycines en fleur.

J’aime le surnom de celle-ci.

Elle me fait penser à Charcot. Pas Jean-Baptiste, celui des pôles, mais l’autre, Jean-Martin, celui de la Salpêtrière.

Mon aventure l’aurait sans doute intéressé. Sur le plan strictement psychiatrique, j’entends.

Le Louet, toujours. Le GR retrouve son naturel farceur.

Reconnaissant, je lui dit très fort des mots très orduriers.

Il m’offre alors une chouette pédicure avec massage de la voûte plantaire.

Puis me tend trois kilomètres de piste en ligne droite sous le cagna.

Pas d’échappatoire en forme de sentiers noirs : le GR les a mangés.

J’ai tout de même droit à un peu d’ombre pour souffler, dans le zonzon des moustiques…

Et puis après deux kilomètres de gazon, à une aire de repos que je m’autorise dans les herbes hautes.

Pause déjeuner – fruits secs, un peu d’eau chaude, insectes, on connaît le régime. Micro-sieste pour digérer tout ça…

Et hop : c’est reparti.

Que du bonheur. Déjà seize bornes. Restent combien?

Quoi? Huit et demi?

Ah non! Pas possible. Mes pieds : deux steack hachés, voyez. Non, vraiment, sans façon. Merci.

C’est quoi l’autre direction, iPhiGéNie ?

– Denée, Monseigneur. Un hameau. Une départementale.

Parfait. Ciao GR! Brisons là.

Route de Denée.

Denée.

Accueil habituel.

A noter, cependant, l’effort d’illusion d’ouverture en trompe l’oeil.

Pas de point d’eau, évidemment.

Quittons Denée.

Descendre la route principale, trouver le bon emplacement, tendre le pouce. 5 minutes d’attente.

J’ai oublié de leur demander leurs prénoms.  Randonneurs eux aussi. Compatissants. Chevaliers de Saint Lu.

Rochefort sur Loire. Labellisée ville étape.

Montée dans le village. Sortie d’ecole. Les gens me regardent boiter sur mon bâton. J’en vois un qui se signe, c’est malin.

GR3 à contresens, exprès, jusqu’à l’étape : le moulin géant.

Accueil adorable. Terrasse dans les arbres en fleurs. Angers au loin.

Enlever les chaussures, vite.

Ahhhhhh…

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