L’Odet, l’hiver13 mn de lecture

Profitons de la belle lumière hivernale et du froid solitaire de ces journées de Noël pour aérer le kayak sur ce beau fleuve breton.

L’Odet, version tranquille

26 décembre 2018.

Il m’est arrivé plusieurs fois de parcourir les rives de ce fleuve à pieds depuis les hauteurs des “vire-courts”, ces rivages escarpés qui encadrent le cours d’eau le long de ses méandres en aval de Quimper.

Vues d’en haut, ces gorges sont irrésistibles. Et depuis l’eau? Tentant. Tentons donc, mais de préférence un lendemain de Noël, par un beau temps sec et froid sinon ce n’est pas drôle!

On me dépose à l’aube frisquette à la cale de Rossulien – point de départ choisi pour éviter de parcourir la baie de Kerogan de nuit, en raison des horaires de marée descendante.

Et quelques minutes de rapide gonflage plus tard…

… je file sur l’eau. Avec un sourire de ravi de la crèche. 

La brume sur le fleuve, les rivages des gorges, la lune dans le ciel glacé… Un enchantement, tout simplement.

A l’occasion d’une petite pause en marche arrière, je découvre le château de Kerambleiz qui domine les gorges.

Je songe à cet article récemment paru dans Ouest France : une altercation de poivrots, il y a deux jours, en bordure du fleuve à la sortie de Quimper, a mal tourné. Echauffourée alcoolisée : le ton monte, des baffes, bousculades, une femme tombe dans le fleuve. L’un des protagonistes se jette à l’eau pour la sauver mais il coule illico. La femme, elle, surnage. Son sauveur disparaît au fil de l’Odet.

Je me dis donc que je pourrais bien tomber sur son cadavre, gonflé par la putréfaction, et je lorgne avec une certaine appréhension les morceaux de bois qui flottent entre deux eaux, dont un qui me semble empêtré de quelque chose qui ressemble à des vêtements. Que faire? Et si c’était le gars? Je m’approche, sourcils froncés : mais non. Rien qu’un bout de souche et de vieux chiffons. Ouf.

Post scriptum : Ouest France annoncera dans quelques jours la découverte du macchabée. Ici même, par un autre kayakiste. J’imagine la tête de mon homologue pagayeur à la vue, forcément cauchemardesque, d’un noyé ayant séjourné plusieurs jours dans la flotte. Beurk.

A la sortie des “vire-courts”, le fleuve s’élargit. Porté par la marée, sans effort de pagaie, je me dirige vers une flottille de bateaux ancrés dans le courant.

Un autre château borde l’Odet, Kerouzien.

Puis je me glisse au fil des voiliers.

Alors que je suis – déjà! – en vue du pont de Cornouailles, qui signale au loin mon terminus, je remonte un bras à contre-courant qui va vers Combrit.

Au fond, sur une colline, encore un château : d’après IphiGéNie, il semble qu’il s’agisse de celui de Keroulin.

Je redescends ce bras en regardant voler les cormorans, au ras de l’eau, puis je me dirige vers le pont : à gauche, Benodet, à droite, Sainte-Marine.

Je passe sous le pont en croisant les grosses vedettes de l’Odet, navires de plaisance pour l’heure endormis aux corps-morts, puis je distingue la mer à la sortie Benodet.

Cale de Sainte-Marine, je me hisse sur la pente malgré un léger courant retors qui me chasse de travers. Et hop : arrivé. Même pas mouillé. Sauf les pieds.

Fin de la promenade matinale. Sympa, non?

L’Odet, version marrante

28 décembre. En amont de Quimper, sur le secteur de la commune d’Ergué-Gabéric, l’Odet traverse le Stangala.

Le panneau d’information nous apprend que le Stangala est “une portion tumultueuse du cours de l’Odet” et que là, “le fleuve force le passage vers le sud, la vallée devient encaissée, la pente forme des rapides”.

Hé hé hé… 

Du parking, on accède à la rivière en suivant un joli chemin qui descend entre les arbres et les rochers moussus. Remercions au passage Rémy, qui m’a conduit jusqu’au parking et m’aide à porter le fourbi.

En bas, on retrouve l’Odet, en amont des susnommés rapides. Parfait pour la mise à l’eau. Casque et gilet de sauvetage aujourd’hui. On ne sait jamais.

Derniers réglages…

Et en route vers le bouillon!

Au début, le débit est certes rapide mais rien de bien impressionnant. Je peux encore faire quelques photos, accroché aux branches pour ne pas filer dans le courant.

Mais plus loin, la pente s’amplifie et les choses sérieuses peuvent commencer…

Le kayak file impeccablement. Sa structure gonflable ondule sur le courant et si j’embarque pas mal d’eau, elle s’évacue instantanément – merci le constructeur malin. Et puis les 5 mm de Néoprène de ma combinaison de plongée me tiennent au chaud.

Sur quoi, ça glougloute encore un peu plus : grosse rigolade!

Petit stop pour souffler un peu…

Je photographie l’Odet depuis la passerelle, jolie vue qui m’annonce un autre tronçon de rapides à perte de vue. Allez, à l’eau!

Impossible de faire une photo pendant vingt minutes de gros jus. Je trouve beaucoup plus opportun de rester concentré et de contourner les rochers qui affleurent en pagayant dur.

A un moment, cependant, impossible d’éviter un gros bloc rond. L’espace d’une seconde, je crains le dessalage brutal mais non : le kayak absorbe mollement l’obstacle, l’aileron frotte dans un bruit sourd, la structure gonflable avale la pierre et la digère, puis continue sa course. J’en ricane de soulagement.

Puis la rivière s’apaise un peu et je profite d’une petite zone herbeuse pour faire une pause bienvenue avant un déversoir. Je regrette de ne pas avoir pris une gourde. J’ai soif, paradoxalement, malgré les paquets d’eau pris dans la figure.

Je jette un coup d’oeil à l’horloge : j’ai mis une heure pour descendre la vallée. Parfait. J’envoie donc un texto de récupération. 16 heures à la sortie de Quimper. Et zou! Retour à l’eau.

Je passe une succession de petits méandres où le courant est encore vif, emplis d’arbres à éviter – ce qui n’est pas toujours possible. Je suis donc content d’avoir gardé mon casque, ça m’évite de me faire peigner à vif!

Puis j’approche de l’agglomération. Je distingue quelques habitations, des ponts routiers sous lesquels je passe en filant…

Sur quoi, je rencontre deux petits ennuis que je n’avais pas prévus et qui me rappellent mes mésaventures sur le Loing. D’abord une passerelle très basse et encombrée de cochonneries. La passe de gauche est libre, je m’y engouffre en position allongée.

Pas compliqué finalement. Mais quelques centaines de mètres plus loin : la galère.

La rivière est barrée par des arbres couchés dont les branches entremêlées forment un labyrinthe complexe. Je me hisse aux tiges de bois griffues, luttant contre le courant qui drosse le kayak sur les troncs. J’embarque des feuilles, des brindilles – mais pas d’insecte, hiver oblige – puis je finis par passer en disant plein de gros mots.

La rivière retrouve ensuite un visage normal, quoique tristement urbain et ce d’autant que le soleil s’est caché. Je longe la gare. Des promeneurs amusés me font coucou, je leur réponds de la main.

Et je continue de descendre vers Quimper.

Je passe sous la succession des nombreuses passerelles qui ponctuent le centre-ville.

J’aperçois la cathédrale…

Puis le courant, de nouveau, s’intensifie. Je range le téléphone-appareil photo et me concentre pour ne pas finir bêtement punaisé contre une pile de pont.

A la sortie du centre, je serre à gauche pour éviter la confluence avec le Steir et je longe les parkings en direction de la cale du Stivel, mon terminus et point de ramassage, à l’endroit d’où jadis partaient les navires pour Benodet.

Et voilà le travail. Il ne reste plus qu’à se déshabiller dans le vent glacial, à se sécher, à enfiler des vêtements secs et attendre qu’on vienne me récupérer en voiture, avec la satisfaction amusée d’avoir visité Quimper de façon inhabituelle et ludique.

Pour en savoir plus sur l’Odet…

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