Une rude journée7 mn de lecture

Je me doutais bien, hier, que j’allais avoir aujourd’hui une étape plutôt sportive. Mais outre que je m’étais imaginé un décor très différent de celui que j’ai rencontré, j’ai surtout souffert d’un violent vent de face qui ne m’a pas épargné, comme je te propose de le découvrir aussitôt.

Jusqu’à présent, tu as pu constater que j’ai surtout roulé sur du plat. En suivant les canaux, ça aide. Hormis la moitié de l’itinéraire Gannay – Paray le Monial, où j’ai pu découvrir à quel point les parties vallonnées peuvent être harassantes, rien de bien sportif. Ah si, les quinze derniers kilomètres avant d’arriver à Roanne, hier, du fait des rafales de vent contraires.

Et bien aujourd’hui, j’ai vécu une sorte de synthèse sublime de ces deux paramètres!

Commençons par la présentation du dénivelé, histoire de poser le cadre.

Emprunté au calculateur d’itinéraire de France Vélo Tourisme.

Explicite, non? 

Je ne sais pas pourquoi, sinon par ignorance crasse, je m’étais imaginé les gorges de la Loire comme des sortes de canyons calcaires, façon Tarn. Idiot. Je me voyais rouler sur des routes en encorbellement, bordées de murets au-dessus du vide.

Assez rapidement, en quittant Roanne, je me suis rendu compte que ça allait être très différent. Sur la route de Villerest, déjà.

En suivant ma trace GPS, inexplicablement, je perds celle de la Véloire – le nom que la route à vélo porte ici.

De sorte qu’en ahanant déjà bien fort après vingt minutes de route…

… je crois malin de couper par un chemin bucolique que j’ai repéré sur la carte très agrandie. 150 mètres d’un coup, qui vont m’épargner trois lacets sans fin.

La bonne idée bien pourrie du matin.

A mi pente de cette draille de transhumance, poussant des râles de phoque en fin de vie, je capitule et mets pied à terre pour pousser piteusement le vélo. La honte.

Mais même à pied, une suée! Et la découverte, également, de l’importance du poids des sacoches à l’arrière quand ça grimpe. C’est simple : deux enclumes.

Bref, je parviens à me hisser jusqu’en haut. Je profite de la jolie vue sur Roanne, au loin, pour tenter de reprendre sinon un peu de dignité, du moins un rythme cardiaque à peu près normal. Une dame me croise, en promenant son chien. Sourire compatissant à la vue de ma trogne cyanosée.

Je récupère la Véloire en traversant Villerest.

Le thermomètre n’affiche que douze degrés, mais je suis en eau. Sachant de plus que je vais devoir regrimper sous peu, je profite du jardin d’une chapelle…

… pour virer mon gros sweat, remplacer ma deuxième couche chaude par une plus légère et remplacer le pantalon par un short.

Ainsi paré, je continue à pédaler dur dans les côtes sans fin.

Parvenu sur une sorte de plateau, je commence à vraiment bien sentir le vent. Il n’y a qu’à observer le sens des feuilles et des herbes sur la photo.

Ça souffle, avec des rafales. Pleine bille, évidemment. 

De ce plateau, je descends – plutôt vite – et je me tape une nouvelle pente éprouvante. 

Et je comprends qu’en fait de gorges encaissées et vertigineuses, je vais enchaîner les montées et les descentes dans un paysage de vallons et de bocage.

Pas de déception, cela étant. Juste le besoin d’un recalage mental.

Et donc, des montées…

Suivies d’inévitables descentes.

Alors que les descentes sont assez grisantes, je m’aperçois au bout d’un moment que je les redoute. Parce qu’elles m’annoncent une inexorable côte à venir.

Du coup, tout à la perspective d’en rebaver bientôt, et baver au sens propre – enfin propre… bref – je ne profite pas. Ballot.

Du coup, je m’efforce de focaliser sur l’instant. Chaque chose en son temps. Prendre plaisir à la descente. Et maudire le vent et la gravité à la montée. En faisant des pauses pour profiter de la campagne…

… ou des villages traversés. Qui donnent dans le rustique chrétien. Avec troquets fermés. évidemment. 

La route un temps se fait forestière. Un vrai bonheur, car les arbres me coupent du vent. En montée, sans le vent contraire, je peux gentiment tâter du 15 kilomètres heure. Si la pente reste raisonnable. Sinon, avec le vent et un degré prononcé, c’est du 8. Pas mieux.

Au sommet, sur le plateau, retrouvailles avec le zef. Lot de consolation, au loin, une bande de ciel bleu me fait penser à la mer.

Il y a un truc étrange, à propos du vent à vélo. Il provoque une idée irrationnelle et pernicieuse, qui s’empare de toi peu à peu : celle que c’est à toi, et à toi seul, que le vent en veut. Qu’il est contre toi. Qu’il n’existe que pour t’agacer, te nuire, t’affliger, te punaiser dans ses tourbillons et ses gifles.

Alors, tant qu’à le personnifier, tu lui dis bien fort ce que tu en penses. Avec force très gros mots. Le vent s’en fout, évidemment, mais toi, ça te soulage!

Et sur ce, tu passes le village de Bully et son église de combat.

Pour plonger ensuite dans une longue descente – tout schuss, flirtant avec le 60 à l’heure – qui finit au Pont de Presle.

Comme l’indique le panneau, j’y retrouve la Loire, dont les eaux sont ridées par les rafales traitresses.

Sans surprise, je me tape une nouvelle montée. Avec vent de face. Que j’injurie, donc. Je sais, c’est moche. 

Parvenu en bout de côte, je m’arrête pour contempler le pont que j’ai franchi tout à l’heure.

Je roule un temps sur du plat, puis j’avise la route qui se redresse et que je trouve belle, avec ses bas-côtés de gazon jauni.

En hauteur, jolie vue sur le Château de la Roche.

Nouvelle côte.

Je longe la Loire, en hauteur.

En faisant attention de ne pas percuter quelque animal local, dument signalé.

Je passe le très animé bourg de Pinay…

Après lequel, la Loire encaissée forme des rapides 

J’aperçois le pont de l’A89 au loin, avant Balbigny.

Je passe dessous après avoir longé une carrière dont les camions, en sortant, m’envoient leurs nuages de poussière qui tourbillonnent dans le vent – lequel n’a pas faibli, même si je n’en parle plus.

Je vis de grands moments de bonheur, toute dignité envolée…

Avant Balbigny, je quitte la Véloire qui s’en va serpenter en montée dans la cambrousse. J’ai vu un chemin plus court sur Iphigénie.

Mais rien à voir avec ce matin. Là, c’est même une très bonne idée.

Le chemin est plat et suit la rive de la Loire, et il m’offre même la première table de pique-nique que je croise de toute la journée.

J’entre ensuite dans la trépidante Balbigny…

… pour aller chercher le pont sur la Loire qui va m’emmener de l’autre côté, à Nervieux.

Je passe le pont à pieds, en poussant le vélo, pour profiter de la vue sur le fleuve.

J’arrive à Nervieux par une piste qui longe la départementale.

A Nervieux, accueil habituel. Bon, peut-être, mais surtout fermé.

Tu me diras : mais qu’est-ce que tu fous à Nervieux?

Et bien, c’est à cause de la difficulté à trouver des hébergements sympas – ou des hébergements tout court – hors saison. 

Il faut s’excentrer. Même à Feurs, gros bourg voisin, je n’ai rien déniché.

Alors qu’à cinq ou six kilomètres de Nervieux, après Mizérieux et Cléppé, au lieu-dit Naconne, j’ai réservé un truc qui a l’air très accueillant. Seul problème, ils ne font pas à dîner.

Mais ce n’est pas grave. Une supérette ouverte se tient de l’autre côté. Où j’achète donc une tranche de pâté et un demi-pain.

Là-dessus, derniers kilomètres en ligne droite, montées, descentes, on connaît, et j’arrive.

Ça s’appelle O’Lodge et c’est vraiment très chouette. J’ai même une petite terrasse privative.

Et une chambre sympa comme tout, avec une belle salle d’eau qui me tend les bras.

La carte du bar a même un chouette Côte du Rhône 2016 en demi-bouteille pour aller avec le pâté et le fromage. La fête.

En résumé

Parti de Roanne à 9h00 ce matin, je suis arrivé à Naconne à 16h00.

Mon compteur m’annonce 63,34 kilomètres parcourus pour un temps total de pédalage de 4 heures et 36 minutes.

Mais surtout : j’ai franchi la barre des 500 bornes!

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