Vive le Mistral!7 mn de lecture

Lequel Mistral, comme chacun sait, est un vent glacial et sec qui souffle  en descendant du Nord, s’engouffre dans le sillon rhodanien et se disperse ensuite en Méditerranée.

Synonyme de Provence et de chapeaux envolés, outre qu’il chasse le mauvais temps et rend le ciel très bleu, il est de plus très favorable à celui qui avance vers le sud. Particulièrement à vélo.

Ainsi, donc, pour cette dernière journée et pour la première fois depuis mon départ, je vais avoir le vent dans le dos. Deux points, ouvrez les smileys : 😃

Mais revenons d’abord à Montélimar. Inspection rituelle du ciel au balcon.

Belle tempête de ciel bleu. Parfait. Quittons l’hôtel et retrouvons la Via Rhôna.

Je ne remarque pas le vent tout de suite, en longeant cette rivière, car la butte herbeuse, à droite, m’en abrite.

Ce n’est que quand je me retrouve plein sud que je le perçois. Un regard au compteur me confirme ce que je ressens : j’avance sans véritable effort à 28 kilomètres heure. Je n’avance pas : je fuse. Hilare.

Ce n’est pas un vent très violent, cela étant. Un mistralet plutôt qu’un rauba capèu. Mais je me trouve fort heureux de l’avoir comme allié, ne serait-ce qu’à voir la tête des quelques cyclistes que je croise en sens inverse et qui, eux, ne le trouvent pas forcément de leur goût. Chacun sa croix, les gars. Moi, j’ai donné dans les Monts du Lyonnais.

Je poursuis, sans peine, en passant d’une rive à l’autre par les ponts suspendus.

Avec, au loin, l’activité industrielle des cimenteries qui creusent les collines ardéchoises.

La piste serpente entre bois, champs et forêt rase.

A Chateauneuf, je passe sur un nouveau barrage hydroélectrique de l’omniprésente Compagnie Nationale du Rhône – premier producteur français d’énergie renouvelable.

Toutes les centrales que j’ai croisées sur le Rhône appartiennent à la CNR, qui gère aussi des aménagements du réseau et de la biodiversité – telle cette échelle à anguilles que je rencontrerai plus tard, vers Caderousse.

En passant au ras des transformateurs…

J’entends l’électricité à haute tension qui grésille. 

Peu après Chateauneuf, sur la rive opposée, j’aperçois de loin une vieille ville fortifiée surmontée d’un impressionnant édifice religieux.

C’est la cathédrale Saint-Vincent, de Viviers, qui date du IVème siècle.

Le pont que j’aperçois va m’y mener tout droit.

Je me détourne pour passer au pied de la citadelle. J’y monterais bien si les rues n’étaient pas toutes en sens unique, sauf une, où passent les voitures. Et puis ça grimpe raide. J’hésite. Il me reste encore au moins soixante kilomètres à parcourir. Je renonce, finalement, et reprends la piste.

Hélas, ce faisant, outre la cathédrale, je passe à côté d’un monument stupéfiant dont j’ignore encore tout. Adieu Viviers.

Sur l’un des escarpements calcaires d’en face – rêve de grimpeur, mais c’est un autre sujet – je distingue une très imposante statue.

Même en zoomant, je ne vois pas très bien ce qu’elle représente. 

Saint-Georges terrassant quelque diabolique dragon, peut-être.

Intrigué, je fais une rapide recherche avec les mots suivants : « statue », « viviers », « ardèche ».

Et là, coup de théâtre : c’est d’un tout autre genre de sculpture qu’il s’agit, et dont les liens s’affichent par dizaines!

© Radio France - Victor Vasseur

L’immarcescible Johnny! Délirant. En contournant Viviers, j’ai loupé cette fantastique kitscherie. J’en conçois de vifs regrets, tu penses bien.

Pour me rattraper, je lis l’article que France Bleu a consacré au sujet – accessible en cliquant sur l’image – tout en grignotant quelques beurrés nantais.

Puis je repars le long du Rhône.

Je contourne un nouveau barrage de la CNR.

Je me détourne un instant pour aller voir à quoi ressemble la…

Là, je rêvasse un instant en songeant à la vie pleine de noirceur fatale de ses habitants, que j’imagine – sans doute à tort, mais mon tempérament romanesque s’échauffe pour un rien – sous la menace permanente d’un engloutissement prodigieux. 

Plus loin, comme confirmer ma rêverie, je croise une ruine rendue aux orties.

Quel rapport? me diras-tu. Fais comme moi, lis la plaque.

Et voilà.

Poursuivons à travers champs…

… franchissons des rivières – la Lône de la Grange Ecrasée, dit ma carte…

… renouons un temps avec la route de briques jaunes…

… observons quelques jardins ouvriers baignés d’une odeur de fumée de bois…

… pour parvenir finalement à Bourg-st-Andéol, que je longe par le bas, en suivant la D86.

A la recherche d’un troquet ouvert.

Que je trouve – miracle – juste avant le pont sur le Rhône.

Je m’attable à l’abri du vent, plein sud, et me laisse chauffer par le soleil comme un lézard assoiffé.

Sur quoi, je repasse une nouvelle fois sur le fleuve.

La rive gauche me promène à travers champs, dans la vaste plaine alluviale.

Vers 13h30, pris d’une légère fringale, je termine mon saucisson sec assis sur un pont.

Dans la plaine, tous les dépôts séculaires du Rhône sont bons à prendre. Belle et grasse terre agricole…

… ou sable abondant des gravières.

A Lapalud, je retrouve un bref instant la Nationale 7. Et en regardant cette très vieille borne, je me demande si le chemin que j’ai devant moi n’en constitue pas l’ancêtre lointain. La nationale, elle, passe en contrehaut, par le rond-point.

Je m’en éloigne de nouveau, dans la bonne direction, toutefois.

Loin des voitures et des poids-lourds, dans la quiétude des champs cramés par le glyphosate.

Je retrouve un temps le tracé du GR 4.

Je passe sous la voie du TGV…

… puis sur le canal de Donzère-Mondragon…

… après lequel, je longe l’autoroute du Sud, en apercevant la crête de Mornas et sa forteresse.

Lorsque je vivais à Nîmes, que je rentrais d’un séjour en Ile de France par l’autoroute et que je distinguais la silhouette reconnaissable entre toutes de Mornas, je savais que je n’avais plus très loin à rouler pour être à la maison.

Et bien, même à vélo, l’effet demeure le même. Il doit me rester une vingtaine de kilomètres, mais, inconsciemment, j’accélère. Je tente la course – perdue d’avance, mais ça m’amuse – avec les camions.

Après Mornas, mon trajet s’éloigne de l’autoroute – tant mieux, le bruit n’y était pas très plaisant.

Je retrouve vignes et champs.

Etranges mini-bourgs retapés mais déserts.

Ici, la Via Rhôna paraît toute neuve. L’asphalte est impeccable.

Je retrouve le Rhône et ses abords industriels, sur l’autre berge, puis je passe au large de Caderousse.

Enfin, par un nouveau pont qui me vaut de quitter le Vaucluse…

Je fais mes adieux à l’aval du Rhône, qui s’en va jusqu’en Arles…

… et j’entre dans le département du Gard pour, finalement, arriver à Roquemaure, fin du voyage – avec selfie obligé de l’auteur en ravi de la crèche.

Et pour fêter ça, évidemment : retrouvailles avec Olivier et champagne rosé de circonstance!

En résumé

Parti de Montélimar à 10h00, mon compteur m’annonce aujourd’hui un total de 86,35 kilomètres pour un temps total de pédalage de 4 heures et 36 minutes.

MAIS SURTOUT :

Parti de Fontainebleau samedi 23 octobre à 9h30, je suis arrivé à Roquemaure ce jeudi 4 novembre à 16 heures.

Mon compteur m’annonce un total de 852 kilomètres parcourus, pour un temps total de pédalage de 52 heures et 44 minutes.

Quand même, hein? Furieuse promenade.

2 réponses sur “Vive le Mistral!7 mn de lecture

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