Voyage au bout de je ne sais quoi

Ça a débuté comme ça : bien reposé par une nuit sans rêve – autrement dit un coma – puis restauré par un très copieux petit déjeuner, je suis parti en sifflotant.

J’ai assez vite rejoint le GR3, délaissant provisoirement la piste stabilisée et roulante de la Loire à vélo.

Seul au monde de nouveau, avec, de loin en loin, l’escorte de clébards crétins qui se jettent sur les grilles dès que j’approche.

Le GR3 rejoint provisoirement la Loire à Vélo. Je fais provision d’indice 50 chez l’apothicaire puis je longe le fleuve.

Odeurs d’eau, de vase, de saules, vieilles gabares…

Puis je poursuis ma route et de nouveau la question se pose : GR3 ou piste cyclable?

J’opte pour le GR, bien sûr. Tout à ma candeur.

Au début tout va bien. Seul de nouveau, sans cyclard bariolé pour me donner de la clochette, je longe des vignes. Leur alignement me fait inexplicablement penser aux cimetières militaires.

Je me recueille donc un instant à la mémoire de tous les poivrots tombés aux champs d’honneur.

Avant de m’apercevoir que ma gourde est presque vide. Fâcheux. Le soleil darde. Grave, disent les jeunes.

IphiGéNie, mon application IGN, m’indique un hameau pas très loin. Il y aura sûrement une fontaine. Ou un cimetière : toujours de l’eau dans les cimetières. Pas d’inquiétude, donc.

Tiens, ledit hameau : Rilly sur Loire.

La brume apparente sur la photo n’en est pas : c’est la condensation sur l’objectif. Boire!

Mais pas un robinet, pas un troquet, rien! Même le cimetière est fermé.

Le pays de la soif…

Je ne peux pas poursuivre sans eau. Encore vingt bornes au moins. Je mets donc le cap sur un autre bled, Mosnes, en coupant par les sentiers noirs.

Vous aurez compris qu’on n’y place pas des calvaires par hasard.

J’atteins Mosnes dans un sabbat de grenouilles. Je vous passe le fichier son, vous le connaissez.

Un troquet sur la départementale! Gloire à Lu? Non.

Fermé.

Bon, ok, je dis quelques gros mots. Je le reconnais. Des salés, même. Comme ma sueur.

Prenons les sentiers noirs de nouveau, pour rattraper le GR.

Les ornières des engins qui ont defoncé le chemin me tordent les pieds dans tous les sens. Je sens cloquer les ampoules sur les coussinets. Je lorgne sur les flaques douteuses, dans les fossés.

Une inquiétude aussi, jambe gauche : vague gêne ce matin, une vilaine douleur monte maintenant à la fois sur le côté intérieur du genou et sur le coup de pied, à la jonction de la cheville…

Tête du pèlerin, l’oeil sur les lignes droites cent pour cent casse pattes.

Je passe une ferme déserte.

Bref répit en retrouvant le GR. N’etaient les moustiques, ce sous bois ombragé, jonché de jacinthes odoriférantes serait un havre parfait pour une halte.

Mais s’asseoir est impossible, de crainte de ne jamais repartir. Avancer, donc. Aller par les chemins pourris.

Dix kilomètres comme ça. La soif. Le genou et la cheville en feu. Avantage : mes talons ne font plus suer et les ampoules non plus. Le corps priorise.

Au moins, me dis-je en regardant la carte, j’aurais le plaisir d’une arrivée de toute beauté sur Amboise.

Raté. Ce que j’ai pris pour le symbole d’un point de vue est en fait le signal d’une traversée dangereuse : celle d’une route fréquentée qui dessert une zone industrielle.

Et j’entre dans Amboise par la déchèterie…

Les derniers kilomètres, deux environ, trois peut-être, sont longs. Très longs.

La ville est magnifique mais je ne la goûte pas : soif, mal, faim.

L’hotel enfin! Je passe mes chevilles à l’eau froide – la gauche est énorme, éléphantiasique. Je bois deux litres d’eau coup sur coup. Puis douche, lessive du jour, etc.

Restaurant pour finir, à deux cents mètres – mais long est le chemin quand on marche comme un vieillard.

Accueil d’une gentillesse rare, oeufs en meurette, énorme entrecôte, frites maison et Saint Nicolas de Bourgueil en hommage à un ami natif d’Amboise.

La Pause du temps, ça s’appelle. Très recommandable.

Demain, pas de marche. Du moins très peu. 75 bornes en deux jours, j’ai mon compte. J’irai à Villandry en train puis en bus.

C’est du moins le projet : mais les voies du petit beurre sont impénétrables.

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