De la pluie, du nucléaire et du Pouilly fumé7 mn de lecture

Chouette programme, non? Initialement, j’avais prévu d’intituler cet article « une belle vraie journée d’automne » mais on ne peut pas barrer les mots sur les titres. Ballot.

Après deux jours de météo parfaite, tu te souviens sans doute qu’hier soir, mon application m’annonçait de la pluie.

Et bien au réveil, l’appli avait changé d’avis. Nuageux mais sans gouttes. J’ai jeté un oeil au dehors pour vérifier ça.

Nickel. Sauf qu’en remontant du petit déjeuner, un tapotement caractéristique s’est mis à crépiter gentiment sur les Velux. La pluie, indubitablement.

Bon, pas grave, me suis-je dit, ça me permettra de tester le matériel, et là-dessus, j’ai fait mes adieux à l’hôtesse, adorable, et en route!

Enfin presque.

Je mets en effet trente-cinq minutes à partir parce que je ne parviens pas à remettre la main sur mon compteur, lequel a glissé sous l’un des oreillers – je l’avais avec moi hier, au lit, quand j’ai fini de rédiger l’article du jour, puis je l’ai oublié entre les draps. Je m’en rends compte après avoir vidé les sacoches et fouillé la piaule de fond en comble. 

Bon, fin prêt. Une petite pluie de rien du tout. J’ai opté pour ma casquette et mon coupe-vent, simplement.

Je retrouve un canal – j’ignore lequel, ici, il y en a partout – et la pluie s’intensifie.

Je fais quelques centaines de mètres en direction du Pont Canal…

… pour m’y abriter.

Je troque mon coupe-vent contre ma veste de montagne, enfile mon surpantalon et mes chaussettes imperméables. Ainsi paré, je ne crains plus rien.

La pluie n’est pas bien méchante, au vrai. On est loin de grosses averses. Mais enfin, ça mouille quand même. Je prends toutefois le temps d’immortaliser cette belle vraie matinée d’automne avec le trépieds, en prenant la pose, en mouvement, prêt à tout. Narcisse!

Puis je poursuis mon chemin : pas de goudron pour l’instant, sable et graviers. Je roule un peu moins vite du coup.

J’ai quitté la Scandibérique sans m’en rendre compte, sans doute hier à Briare. Je roule sur la « Loire à vélo », désormais, portion locale de l’Eurovéloroute 6, dite « de l’Atlantique à la Mer noire ».

Ambiance forestière.

A Châtillon, haut-lieu du tourisme vintage, je me dis qu’il est dommage que la météo ne soit pas levée. Sinon, je serais allé me baigner. Ouaf ouaf.

Le pont de Châtillon est en travaux. J’attends gentiment au feu alterné. Puis je traverse, tandis que la pluie gagne encore en intensité.

Après quoi, à l’autre bout, je récupère le chemin de halage, entouré d’eau, en canaux, en étangs. L’air sent la végétation et les eaux de rivière, j’aime bien.

Sur le canal de la Loire, je dépasse de vieilles écluses.

Je suis le canal latéral à la Loire, me demandant quand l’asphalte va faire sa réapparition. Quand je roule sur un chemin, j’avance à environ 15 ou 16 kilomètres heure de moyenne contre 20 sur le goudron. Et puis, les trépidations me font mal à la base des paumes. Sans parler du reste.

Au bout d’un moment : de l’asphalte! La fête. 

Au loin, je distingue les cheminées imposantes de la centrale nucléaire de Belleville sur Loire. On les verra de très près tout à l’heure.

Au-dessus d’une nouvelle écluse, je m’aperçois que le trajet va me faire passer à Sancerre. Soif! Mais 39 kilomètres pour boire un coup, tout de même.

Je profite de cette petite pause pour tenter une photo du pont métallique, que je trouve très beau…

Puis j’inspecte l’état de mon vélo. Et ben. 

Je vais attendre que ça sèche, puis je brosserai – j’ai une brosse. Exprès. Avec les outils. Et oui. Qui veut voyager loin, etc.

Et je poursuis ma route, car telle est la destinée du cycliste, rouler, toujours rouler…

Changer de département, passer d’une berge à l’autre…

Rouler sur du gazon, pour le fun.

A Beaulieu, la piste cyclable m’enjoint de traverser le canal. Un panneau m’annonce que je vais faire un peu de route en compagnie des voitures. Pas longtemps.

Juste le temps de me diriger vers la centrale.

Et d’arriver à ses pieds imposants.

Il est de bon ton de dénigrer le nucléaire. Et de préférence, pour ce qui concerne le don de leçon, depuis sa voiture électrique bourrée de métaux rares récoltés dans des conditions douteuses.

Or je ne connais pas d’autre source de production électrique qui soit aussi performante et aussi pauvre en rejet de Co2. Point.

Je salue donc le choix, déjà ancien, que mon pays a fait d’une technologie qui reste sûre et qui alimente autant les blocs opératoires que les smartphones des trolls. Cela étant, je reconnais que le paysage n’est plus aussi bucolique, d’un coup. Et reste aussi le problème des déchets, c’est vrai, même si cette problématique englobe et dépasse largement les seuls scories radioactives.

La campagne retrouve son visage champêtre…

Je profite d’une aire de pique-nique abritée pour faire une pause saucisson-madeleine.

Sur quoi, le ciel à l’horizon se dégage.

Je fais encore quelques kilomètres avec mes vêtements de pluie, puis je les enlève : trop chaud et plus besoin.

Allez! Cap sur Sancerre. 

Je me vois déjà dans un troquet, un verre de blanc en main, appuyant d’un moulinet de main désinvolte des sentences définitives sur la traversée de la France à vélo devant un auditoire aussi rougeaud qu’ébaubi.

Vanité. 

Pour l’heure, j’écluse surtout les écluses.

A Bannay, je croise un cousin.

Evidemment fermé, comme tout troquet qui se respecte dans la dimension de l’escargot.

Je continue donc en suivant le canal.

A l’approche de Saint-Satur, je m’aperçois que la ville de Sancerre est excentrée par rapport à ma route et qu’elle se trouve de surcroît au sommet d’une très raide colline.

J’évite donc le crochet en me disant que je trouverais bien un bistrot ouvert pour honorer le Sauvignon. Comme celui-ci.

Raté. La porte est verrouillée, les lumières sont éteintes et le patron circule à l’intérieur, m’ignorant.

Boire un verre de Sancerre à Sancerre, ça ne va pas le faire. Tant pis. Roulons encore, sur la route – pas sous la table – et laissons la colline et son château derrière nous. En buvant de l’eau, comme un vrai sportif, dépité de cette imposture forcée.

Le soleil donne. J’ôte encore une couche.

Je circule à présent sur une belle piste cyclable absolument déserte, qui évolue entre des prés où paissent des chevaux, parfois des vaches, puis s’enfonce dans une forêt qui me fait penser à la Sologne.

Bifurcation le long des champs de maïs jaunis.

Et entrée rectiligne sur la piste cyclable surélevée qui traverse la réserve naturelle du Val de Loire.

Seul au monde. J’en profite pour pédaler sans les mains, ça me repose les cervicales – toujours en hyperextension – et les paumes.

Je retrouve la Loire…

… avant de quitter la piste cyclable pour entrer dans la Charité sur Loire, où j’ai réservé en route mon étape du soir. 

Laquelle étape – l’hôtel Mille et une feuilles – se trouve tout en haut de cette ville en pente!

Raaaaah. J’arrive en sueur. 

Accueil très agréable dans une ambiance littéraire qui n’est pas pour me déplaire. J’ai la chambre « Comtesse de Ségur ».

Mais ce qui m’enchante, partout, c’est l’omniprésence de l’ingénieux hidalgo de la Manche, Don Quichotte. 

Quichotte, que la lecture de romans de chevalerie a rendu fou et lancé dans le vaste monde. Evidemment très différent de mon cas, que la lecture de récits d’aventure n’a jamais influencé. Jamais. Et d’ailleurs, mon vélo n’est pas un cheval. CQFD.

Là-dessus : douche, lessive, tri des photos et resto en ville, conseillé par la dame de l’hôtel.

Je songe, encore frustré, à ma halte ratée à Sancerre. Mais le serveur m’oriente plutôt sur un Pouilly fumé. Au pichet.

-25, 50? 

-50, c’est beaucoup. 25, c’est bien.

Au ouiche. Sauf qu’il est tellement bon son Pouilly que 25, clairement, ça ne suffit pas pour aller avec cette originale blanquette de dinde. Et hop, re.

Une heure plus tard, repu et légèrement gris, je flâne en ville, amusé par les traces peintes d’autrefois, au fronton des maisons, délavées par le temps. 

Du coup, je rentre tard à l’hôtel pour finir l’article avant d’aller au lit.

C’est malin.

En résumé :

Parti de Briare à 9h40 ce matin, je suis arrivé à La Charité sur Loire à 16 heures 30.

Mon compteur m’annonce 73,38 kilomètres parcourus, pour un temps total de pédalage de 4 heures et 26 minutes.

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