Troisième étape de la Route Buissonnière, depuis Clamecy jusqu’à Moulins-Engilbert.
Mardi 15 juillet
Après une nuit correcte et reposante, je note une diminution de la douleur localisée dans le psoas, à droite. Tant mieux, hier soir, ça m’inquiétait.
Camp replié, je prends le petit déjeuner commandé la veille en étudiant la route à venir.
Je vais pouvoir suivre le canal du Nivernais au moins jusqu’à Corbigny : bonne nouvelle. Hormis les buttes liées aux écluses, les chemins de halage sont plats, cela m’épargnera par conséquent un bout de ce relief vallonné, tout en montées et descentes, que je rencontre depuis le début.
9h00, je quitte le camping par le vieux pont Picot et j’emprunte la piste qui part au sud.
Sans être extraordinaire, le revêtement est asphalté et correct ; je roule donc bien, à travers un paysage très paisible, qui sent l’eau et la vase, l’herbe humide et les saules – une odeur particulière, propre à tous les canaux d’eau douce.
Le décor est ponctué d’écluses, certaines surmontées de ponts mobiles.
Je croise des petites haltes portuaires…
… de vieux lavoirs.
Pas un seul cyclotouriste en vue.
Hormis un coureur, à un moment, et une pénichette que je double et dont les occupants me font coucou de la main, je suis seul, comme j’aime, avec la compagnie des vaches, au loin.
De temps à autres, un bout de branche fait un obstacle mineur.
Des bornes renseignent le batelier – ou le cycliste – de son éloignement de la Loire.
Après l’écluse de Châtillon, au lieu-dit « Les chaumes du bois Camusat », le chemin de halage s’arrête, barré par un panneau. Un couple de cyclistes s’est immobilisé, perplexe.
On discute un peu. Ils viennent de la Mayenne et trouvent le parcours ici très joli, mais extrêmement dépeuplé, avec des villes en très mauvais état. Je leur confirme que dans mes trajets, à pied, à vélo ou avec la kayak, j’ai en effet déjà constaté cet effondrement quasi civilisationnel.
Pour finir, ils me demandent si le chemin herbeux, devant nous, est praticable. Je regarde leurs pneus : il ne devrait pas y avoir de problème. D’ailleurs, je les salue et m’y engage.
Ce bout de chemin de traverse n’est pas très long, au plus 500 mètres. J’en sors en arrivant à Dirol, en longeant une scierie dont les troncs au soleil sont arrosés par des jets d’eau.
Plus loin, des palettes sont entassées dans une agréable odeur de résine et de bois coupé.
Je poursuis mon chemin sur le canal, changeant de rive à la faveur d’une énième écluse.
Avant Chitry les Mines, je délaisse le plan d’eau et son offre culinaire alléchante, à droite…
… et je choisis la D977bis, qui va m’emmener à Corbigny.
A la sortie du bourg, un panneau attire mon attention. La maison natale de Jules Renard. Mais je suis déjà lancé, une voiture me talonne et m’empêche de tourner à gauche, bref : je passe.
Je le regrette aussitôt, à mesure que je m’éloigne. J’aurais bien aimé voir les lieux dans lesquels Poil de Carotte, enfant mal aimé, a souffert et vécu. Mais c’est trop tard, déjà mon vélo m’entraîne au loin, ailleurs, devant. Je ne contrôle plus rien.
J’arrive à Corbigny, jolie petite ville très animée où je trouve une pharmacie (Voltarène pour mes genoux) et un Super U (colle Néoprène pour tenter de recoller l’aimant sur ma coque de téléphone, qui me permet de poser l’appareil sur le guidon).
Nanti de ces deux nouveaux accessoires, je m’installe à l’ombre d’une terrasse en centre-ville, pour m’offrir un coca glacé que je bois à la mémoire de François Faussillon, l’inventeur de la Route Buissonnière, jadis garagiste ici-même.
Ma réparation à la Néoprène échoue. Flûte. Je retourne à Super U et j’achète du double face réputé « surpuissant ». Il l’est : cette fois, ça tient bien. Repartons.
Le fait d’avoir quitté les eaux plates du canal se fait vite sentir. La route est vallonnée, toute en montées et descentes.
Après Marigny, dont j’admire à rebours le château…
… j’aperçois un drôle de restaurant en contrebas de la route.
Un distributeur de pizza et ses tables de pique-nique. Incroyable.
Jusqu’à présent, au cours de mes déambulations périphériques, loin des grands axes fréquentés, je n’avais aperçu que les distributeurs de baguettes de pain, sur les places des villages désertés. De la déshumanisation à l’état pur. Là, un échelon me semble franchi : c’est à la fois drôle, et tragique.
Je poursuis ma route, sur laquelle les montées s’intensifient. Elles ne sont pas très prononcées, mais elles sont de plus en plus longues.
Je passe Aunay en Bazois, Tannay en Bazois, je pédale un bout de route fréquentée entre Nevers et Autun et j’entre dans le Parc Naturel Régional du Morvan.
La D985, que je suis depuis Corbigny, m’amène à mon terminus du soir : le camping municipal de Moulins-Engilbert.
En dehors d’un couple de septuagénaires locaux, immatriculés 58, en caravane : personne.
J’ai de la place pour monter mon bivouac.
Les sanitaires sont flambants neufs et impeccables. J’y prends une douche très bienvenue, pendant laquelle le seau de sel que ma sueur a renversé sur mon crâne enfin se dilue, puis je fais ma lessive du jour que j’étends ensuite avec mon duvet, encore humide de la nuit précédente.
L’employée municipale en charge de la permanence du camping – 17h30-18h30 – me prend 7,22 euros électricité incluse et me conseille deux restaurants pour le dîner.
Le premier, le Cadran, s’avère hélas fermé. Un peu à l’image d’un certain nombre d’échoppes abandonnées.
En avançant vers ce qui semble être le centre, je trouve le deuxième restaurant conseillé, « Le bon laboureur ». Sa porte ouverte est de bon augure.
J’y suis fort bien accueilli et je m’installe seul en terrasse – il est encore tôt – et je dîne très bien, concluant sur ce fromage blanc morvandiau allongé de crème qui me rappelle les sorties d’autrefois, entre grimpeurs, aux falaises du Saussois.
Après dîner, je flâne. La ville m’évoque nombre de bourgades dans lesquelles je suis passé : toujours identiques dans leur délabrement et leur abandon au parfum de relégation. Dommage, car, ici comme ailleurs, je perçois que la ville a été prospère. Du fait de son marché, notamment, très réputé autrefois.
Mais aujourd’hui? Ce banc renseigne sur l’activité locale.
J’ai repéré un château, sur la carte d’Iphigénie. J’y monte en passant devant l’église.
A cette heure-ci, les visites sont fermées.
Je redescends.
Je retrouve ici tout ce que j’ai déjà croisé ailleurs, à Châtillon-Coligny, à Chaux-Neuve, à Bar sur Aube : des maisons fermées de longue dates, mangées de lierre et de toiles d’araignées.
Sur un parking, possiblement la place du marché, je photographie cette charolaise grandeur nature.
Puis je regagne le camping. Les habitants de la caravane ont déjà fermé l’auvent.
Après passage aux sanitaires, je récupère ma lessive qui a séché, et je me glisse dans ma tente.
Il fait encore jour, mais je sens que ça ne va pas me poser problème longtemps. Fourbu.
Voici les données du jour recueillies par Iphigénie :
Je ne peux pas téléverser la trace GPX sur ce site, mais elle est disponible sur simple demande via le formulaire de contact.

