Où l’on prend un peu d’altitude3 mn de lecture

Quatrième étape de la Route Buissonnière, depuis Moulins-Engilbert jusqu’à Palinges.

Mercredi 16 juillet.

Je quitte le camping municipal de Moulins-Engilbert, toujours aussi désert, et je rejoins la D985 à la sortie de la ville, en longeant d’anciennes fabriques à l’abandon.

A l’arrière d’un panneau d’entrée de bourg, je retrouve le lapin de la Route Buissonnière.

Ma femme, à qui j’envoie cette photo, lui trouve un air vaguement diabolique, à ce lapin. Et en y regardant de plus près, je songe qu’elle n’a pas complètement tort.

Je traverse une campagne paisible, aux noms évocateurs…

… et je m’amuse à imaginer ce qu’un Stephen King local pourrait bien faire de ces lieux-dits et de cet inquiétant lapin : une belle histoire horrifique à souhait.

Puis j’arrive à Saint-Honoré-les-Bains. 

Dans la rue principale, la terrasse d’un bistrot ouvert m’appelle. Je m’y arrête pour y boire un coca.

Pause bienvenue, car j’ai trouvé que la grosse dizaine de kilomètres qui m’avaient amené ici alternaient petites descentes et montées fort prononcées.

Je n’ai encore rien vu, mais je ne le sais pas, et je repars, ragaillardi par le sucre.

A la sortie de Saint-Honoré, je rencontre de nouveau le panneau familier.

Et le caractère diabolique de la Route se révèle bientôt, sous la forme d’une montée qui me fait gravir 130 mètres de dénivelé en six ou sept kilomètres. 

Je sens bien le poids des bagages qui pèse à l’arrière, et je réfléchis à ce que je pourrais éliminer la prochaine fois pour gagner en confort.

Au col des Montarons…

… je profite du panorama sur le paysage du Morvan.

Puis je file dans une belle descente, ponctuée de temps à autres de petites montées paradoxales, qui m’amène jusqu’à Luzy où je m’arrête au Bistro (sans T) du Moulin.

Je m’attable, seul, et j’attends que la serveuse pleine de tocs finisse de dresser sa terrasse – opération sans fin pour cette pauvre dame victime de ses obsessions, qui n’a de cesse de redresser tout ce qui n’est pas strictement perpendiculaire, en bataillant contre une brise bienvenue mais perfide qui lui met le daoua dans ses sets de papier. 

Derrière moi, un type braille dans son téléphone une conversation surréaliste : il semblerait qu’il gère un zoo, ou un parc animalier, et j’ai droit à tous les détails de la prise en charge des alligators. Drôle.

La terrasse peu à peu se remplit. Ma commande tarde un peu et je regrette de ne pas m’être mis en quête d’une paire de commerces adaptés à ma fringale : une boulangerie et une charcuterie, par exemple, lesquelles sont les mamelles notoires du cyclistes.

Mais au Bistro du Moulin, finalement les choses s’arrangent. La serveuse est à présent secondée par un couple et leur fils de huit ans. Mon plat arrive donc enfin – jambon-braisé-frites-salade – et je songe, amusé, au mot « bistrot » qui vient du russe, быстро, « vite », tout ça parce qu’en 1814, à l’époque de l’occupation de Paris par les cavaliers de l’armée du tsar, ces derniers aimaient gueuler « быстро, быстро! » dans les bars parisiens pour signifier leur impatience assoiffée.

Ici, les derniers arrivés – il y a une demi-heure – n’ont toujours pas passé commande…

Au final, en mangeant mon fromage blanc, je me dis que cette pause d’une longueur inhabituelle – une heure et demie – m’aura tout de même bien permis de souffler.

Tant mieux, parce qu’au sortir de Luzy, ça regrimpe. Et pas qu’un peu. Dans une chaleur d’étuve, je parviens au lieu-dit la Croix de l’Arbre, où je me vide le reste de l’un de mes bidons sur le crâne surchauffé. Ça ne fait pas pschitt! mais presque.

Après cette espèce point culminant, je file à cinquante kilomètres heure dans une belle descente grisante entre bocage et forêt.

Je traverse Toulon sur Arroux, j’emprunte un bout de route fréquentée qui mène au Creusot et que je quitte à l’orée d’une jolie forêt, où je roule tranquillement, à plat, seul dans les odeurs de résine.

Avant Perrecy les Forges, mon attention est attirée par des cris stridents sur ma droite, et j’assiste dans un champ à une scène étrange : deux hérons affrontent une buse, ou l’inverse, et toute cette gent plumeuse glapit et vocifère en tournoyant dans le ciel. Puis la querelle se disperse, le silence revient, je repars, pour arriver quelques temps plus tard dans la commune. 

En face de moi, ma route se dresse, rampe infernale à 10 ou 11 %. Heureusement, une déviation permet un contournement plus doux de cette belle bourgade.

En cherchant mon étape du soir lors de l’attente au Bistro du Moulin, j’ai découvert un chouette camping à Palinges. 

J’y parviens vers 16 heures, parmi d’autres cyclotouristes – le lieu est d’évidence situé près d’itinéraires fléchés et courus.

Je monte le camp en bordure de pré…

… puis, après la lessive rituelle et le décrassage non moins nécessaire, je profite un moment de la piscine.

Le soir, en souvenir de cette charolaise qui m’a regardé de travers et à qui j’ai promis qu’on en reparlerait plus tard…

… je m’offre un pavé de sa cousine, sur pierre chaude.

Sur quoi, vengé et repu, je me promène en bord de lac dans l’éclairage rasant du soir…

… puis je regagne la tente et ne tarde pas à m’y endormir, les portes ouvertes sur le champ voisin.

Voici les données du jour recueillies par Iphigénie

Je ne peux pas téléverser la trace GPX sur ce site, mais elle est disponible sur simple demande via le formulaire de contact.

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