Quelques ajustements

Encore deux semaines avant le départ, mais je m’impatiente. Du coup, pour m’occuper, je révise – et tant qu’à rester scolaire, c’est de saison, je vous propose aujourd’hui un plan en trois parties :

Ainsi testerons-nous d’abord notre kayak gonflable, ce qui nous amènera dans un second temps à nous interroger au sujet de l’itinéraire prévu avant, enfin, de procéder à quelques corrections de nos prévisions matérielles initiales.

Commençons par l’essai du bien nommé Safari 330 – 330 parce qu’il mesure 3 mètres 30 : on voit que les gars de chez Gumotex se sont livrés à un remue-méninges d’anthologie…

Temps de gonflage et de préparation : dix minutes. Simple, rapide, efficace.

Glisse et navigation : le bonheur. Le bateau file sans effort, tient parfaitement dans les glissières – ces raccourcis pentus et étroits qu’on emprunte entre deux déversoirs – évacue l’eau qu’on y embarque en quelques secondes et son enveloppe donne vraiment l’impression d’être à toute épreuve.

Côté posture du galérien, rien à dire, sinon que le dosseret gonflable est réellement confortable et que les sangles cale-cuisses, prévues pour les eaux vives, ajoutent une ergonomie d’ensemble très appréciable.

La tenue en ligne de l’embarcation est impressionnante, même dans le courant. Cela tient à la dérive amovible que j’ai tenté un moment d’enlever parce que j’avais frotté à un endroit de moindres eaux, mais sans dommage autre qu’une légère abrasion – et le ridicule de me trouver échoué sur le cul.

Sans cet aileron de plastique dur, la compensation de trajectoire à la pagaie est éreintante. Je l’ai donc remise en songeant, sourcils froncés, aux eaux très peu profondes que je trouverai en amont de Rogny. Décidément pas navigables. On y reviendra.

Autre avantage de ce kayak : sa légèreté. J’ai pu faire quelques pauses quand la berge se prêtait à l’accostage.

Ou bien en m’arrimant à un arbre avec un bout.

Voire en m’échouant volontairement sur une plage déserte.

A cet endroit, après le goûter et la baignade, j’ai testé le retournement. L’ensemble est en effet assez stable mais il ne faut pas exagérer non plus. Un petit coup de roulis volontaire plus tard et hop : plongeon rafraîchissant. Les sacs étanches ont bien rempli leur rôle et les filets élastiques les ont parfaitement maintenu. Bilan satisfaisant et rigolade enjouée – pas de petit profit.

Puis j’ai poursuivi ma route liquide jusqu’à Moret.

A l’arrivée, le dégonflage et le rangement dans le sac étanche m’ont pris à peine un quart d’heure, en prenant mon temps et en épongeant soigneusement le revêtement.

Du côté de l’embarcation, aucune inquiétude donc, et même une joie très enfantine de s’être offert ce très bel instrument de liberté.

En revanche, du côté du projet, quelques trucs bénins à revoir.

Songeons à la dérive râpée dans vingt centimètres d’eau. Il en faudra au moins quarante pour naviguer. Autant dire qu’avant Rogny : impossible.

Voici en effet ce que j’ai glané en fouillant la toile en tout sens : vu du ciel, déjà…

Vous ne voyez rien? C’est normal. Je vous aide un peu avec un mince filet bleu :

C’est le Loing en été. A sec ou quasi. Pour y marcher, avec de surcroît vingt kilos de matériel sur le dos, ça risque d’être coton. D’autant qu’il n’existe aucun chemin qui le borde, pas même de sentier noir. Si l’on veut suivre la rivière, il faut couper à travers champs, IphiGéNie est formelle. Pas sûr que l’agriculteur local soit d’accord.

Naïvement, je pensais qu’un peu plus loin, sans jeu de mot, ça s’arrangerait.

Difficile à dire : le satellite ne montre rien puisque la couverture des arbres masque le cours d’eau.

J’ai donc longuement cherché d’autres informations visuelles. Sur les quelques clichés que j’ai trouvés ici, rien n’est véritablement encourageant : passages fermés…

Culs-de-sac de moulins désaffectés, avec contournements dans la jongle…

Profondeur d’eau variant entre la simple flaque, comme ici, un passage à gué – la flaque, c’est le Loing, si, si…

Ou bien des bords charmants, mais avec l’obligation de tirer le fourbi en marchant dans l’eau.

Je sais, au début, je trouvais l’idée marrante. Au début. Mais à présent, je ne suis plus sûr de rien. Sinon qu’en suivant strictement le Loing, je dois m’attendre à environ quarante kilomètres de difficultés pénibles. Déballer le kayak, marcher dans l’eau en le tirant, sinuer parfois entre les berges envahies d’orties, remballer, ou alors arpenter les champs sans même y trouver de chemin, à moins de faire quantité de détours sur des petites routes, de m’éloigner de la rivière et de passer les cinq premiers jours en bête randonnée même pas belle, chargé comme un bourricot. En comptant large : quatre jours de pure galère.

Problématique quand je n’ai tout au plus que dix jours à consacrer à cette escapade.

Mais malgré tout : je veux partir de la source, je n’en démords pas. Têtu.

Comment faire?

Réfléchissons. Je pourrais laisser le kayak quelque part en aval, le jour du départ, me faire ensuite déposer à la ferme du Loing et parcourir quelques kilomètres à pieds. Dix maximum, vu l’aspect de l’itinéraire. Puis, de ce point qui reste à définir, selon ce que j’aurais vu, je pourrais tenter d’arpenter la ripisyvle ou bien prendre un bus ou faire du stop jusqu’au canal de Briare pour commencer enfin à pagayer.

J’aurais ainsi tout loisir de voir si la difficulté vaut le coup d’être affrontée, ou bien s’il est beaucoup plus intéressant de la contourner parce que décidément inextricable.

Voyons sur la carte. Saint-Sauveur en Puisaye. Petite commune située à environ dix kilomètres de la source. Parfait. Pas de camping, encore moins d’aire de bivouac. Un hôtel? Non plus. Ah, une chambre d’hôte. Bien notée. Super. Réservation, courriel pour demander à laisser le kayak le matin, acceptation de l’hôtesse avec un mot sympa. Bon! C’est calé.

Pour finir : petite révision sur les prévisions de matériel après cette après-midi sur l’eau. J’hésite à prendre le filtre : l’eau du Loing me paraît trop chargée. En cas de bivouac, il me faudra la clarifier avant de la filtrer de nouveau… Les deux gourdes ont un gros défaut pour ce genre d’entreprise, je ne peux pas les attacher : si je me retourne, je les perds. Je vais donc opter pour ma poche à eau de deux litres que je remplirai à d’éventuels robinets d’eau potable. Bien suffisant. Je garde une gourde souple pliée et vide au cas où.

Côté nourriture, il faut que j’ajoute un paquet de muesli aux vivres : aucune idée des campements, hôtels ou bivouacs que je vais trouver. Dans l’absolu, je n’exclue pas une nuit sauvage ou deux sur la berge. Là encore, on verra ce que nous réserve le périple.

Les pieds ensuite. Je vais prendre mes vieilles chaussures de course à pieds pour marcher, et les sandales que j’ai prises pour tester le kayak. Les magical shoes resteront au placard.

Le gilet de sauvetage, enfin, restera lui aussi à la maison. Aucune raison de s’encombrer avec un accessoire que je n’utiliserai pas.

Et bien voilà : fin prêt! Il n’y a plus qu’à attendre le départ.

C’est long deux semaines…

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