Refuge du Chambeyron – Larche6 mn de lecture

Troisième étape du trek Génépi Lavande, juillet 2024

Par le col de la Portiolette et la batterie de Viraysse. 18 kilomètres, 1200 mètres de dénivelé positif, 10 heures.

Je me réveille à 5 heures, avec les premières lueurs de l’aube. Il fait froid et humide et la sortie du duvet chaud et douillet est par conséquent un peu difficile.

La lune est bien visible dans le ciel dégagé.

Je remballe rapidement le matériel. La tente est trempée de condensation mais je la ferai sécher plus tard, au soleil, de même que mon quilt. Puis je rejoins les tables de pique-nique du refuge pour me faire un café, grignoter quelques biscuits et aller remplir ma gourde de deux litres.

Sur quoi, je pars. Il est six heures, à peine, mais je croise deux des botanistes d’hier soir qui descendent, comme moi, flâner autour du lac, herboriser déjà.

A mesure que je m’élève, le jour s’éclaircit, photogénique à souhait.

Tandis que je grimpe sur les flancs du lac, sur la pente en face de moi, j’aperçois un chamois!

Un mâle, probablement, qui m’a vu bien évidemment, et m’observe, cependant que je distingue d’autres silhouettes en arrière, qui se faufilent discrètes entre les roches.

J’essaie de le photographier mais même en zoomant avec le téléphone, on ne voit hélas pas grand chose.

Je range donc l’appareil dans la poche de mon pantalon et profite pleinement du spectacle avec mes yeux.

Puis je me remets en marche en direction du Pas de la Coulette.

Arrivé là, et même si je suis encore à l’ombre, j’ai déjà chaud du fait de la montée. Je me change donc, passe mon short et range ma doudoune sans manche. Puis, en avançant sur la crête pour jouir de la vue tout en buvant à la gourde, j’aperçois encore la troupe de chamois qui file vers d’autres pentes rocheuses. Quel spectacle merveilleux que celui de la vie sauvage!

Je circule ensuite dans un univers très pierreux et je songe, sans trop savoir d’où me vient cette pensée foutraque, que si Ségolène Royal était à mes côtés, elle parlerait de « minéralitude » pour définir le caractère du paysage dans lequel j’évolue.

Inévitablement, j’imagine l’ancienne ministre à mes côtés, en tailleur Channel, légèrement décoiffée, déambulant en se tordant les talons dans la caillasse tout en vantant la minéralitude d’une voix suraiguë et snob.

N’importe quoi! Mais ce fantasme décidément m’amuse et j’en ricane tout seul en sinuant entre les roches. Quand on marche en solo, les pensées qui nous viennent, parfois, hein…

Un peu plus bas, le chemin retrouve les pelouses de l’étage alpin.

Tout un pan de prairie y est envahi de myosotis. C’est splendide. Onirique presque, tant ces tapis de fleurs bleu ciel semblent sortir d’un décor de conte de fées.

Comme hier matin, la lumière solaire gagne les crêtes et les pentes à l’adret, exposées au sud, tandis que je suis encore à l’ubac, c’est à dire au nord, à l’ombre.

Les sifflements d’alarme des marmottes résonnent dans le vallon. J’aperçois leurs boules de fourrure de loin, courir vers les terriers. J’ai déjà remarqué que dans les endroits moins fréquentés par les randonneurs, ces animaux sont beaucoup plus farouches. 

Ici, il est encore trop tôt pour avoir une idée de l’affluence des marcheurs, mais en tout cas, les marmottes filent et ne se laissent pas approcher.

Autre jolie surprise : des edelweiss! Plein.

Vers neuf heures, alors que le soleil a enfin gagné les replats dans lesquels je marche, je longe un lac sur les hauteurs duquel je m’arrête pour faire une pause et sécher ma tente et mon duvet.

En fin de pause, j’aperçois trois randonneurs un peu plus haut, à un point de croisement planté de panneaux. Il me semble reconnaître les trois compères avec lesquels j’ai dîné à Maljasset. Je leur fais un signe de la main. C’est bien eux, en effet. Ils poursuivent sans doute vers le col de Mallemort.

Matériel sec et remballé, je leur emboîte le pas, avec, en tête, les paroles du randonneur de Manosque hier soir, à table, qui me conseillait l’itinéraire par ce col, précisément.

Et me voici donc à la croisée des chemins. Avec un choix à faire.

D’un côté le col de Mallemort et son itinéraire balisé, offrant sécurité et confort ; de l’autre, le col de la Portiolette et l’inconnu ensuite, hasardeux et pentu.

J’hésite brièvement. Le confort, c’est toujours tentant. Mais je n’ai pas choisi de faire ce trek pour ça et j’aurais même l’impression, en me déroutant ainsi, d’en trahir l’esprit. Et puis j’ai confiance dans les indications que Gérard Guerrier lui-même m’a données. Je prends donc la direction de l’aventure. On verra bien! 

Le col de la Portiolette dessine une brèche très visible dans le lointain.

Je retrouve la minéralitude – ouaf ouaf – et les éboulis, qui rendent la progression sinon délicate du moins plus difficile que sur un chemin dégagé.

La montée du col est rude. J’y progresse à petits pas, en appui sur les bâtons.

Et bientôt, m’y voici. Col de la Portiolette. 2692 mètres.

Mon regard plonge sur la haute vallée dans laquelle je vais d’abord descendre en suivant le chemin, avant de l’abandonner pour tailler la route hors sentier.

Pour m’écarter du chemin balisé, et aborder la batterie de Viraysse depuis ce secteur, j’ai plusieurs repères, cartographiques et visuels : la trace de ski de rando, en bleu foncé sur la carte, les blocs écroulés au-dessus de la cote 2429, et le passage entre les barres rocheuses enfin.

Je pars donc du col en empruntant momentanément le GRP, que je quitte en bas de la zone d’éboulis pour mettre le cap sur les vallons herbeux, en suivant un temps la trace de ski de rando que j’abandonne ensuite en visant les blocs écroulés et la cote altimétrique.

NB : outre IphiGéNie, j’utilise aussi la boussole intégrée de l’Iphone qui fonctionne hors ligne et me donne de surcroît l’altitude à laquelle je me trouve. 

Du sentier que je m’apprête à délaisser, tous les repères sont en place. En restant sur la courbe de niveau, je vise les blocs écroulés.

Quand j’y arrive, je me rends compte que j’ai faim. Je me pose donc à l’abri du vent, au soleil, et je fais honneur à la salade préparée par le refuge.

Rassasié, je regarde ensuite la pente et le passage herbeux par lequel je dois accéder à mon objectif, là, entre les zones de roche.

Bon. Yapluka.

La montée est raide et inconfortable. Dans une pente à 35 degrés, je slalome entre les terriers de marmotte et les rides du terrain liées à l’érosion et les éboulis.

Il ne fait pas trop chaud. Le temps s’est un peu couvert – rien de menaçant toutefois – et le vent assez fort rafraîchit l’atmosphère. Tant mieux. Parce que la montée est rude.

Mais la vue est splendide.

Je progresse et franchit le passage, concentré, attentif à ne pas commettre de faux-pas.

Au sommet de cette espèce de défilé, je suis perplexe. J’aperçois bien la batterie, en hauteur sur ma droite – hors-champ sur cette photo…

… mais les moyens pour la rejoindre m’interrogent. Compte-tenu de ce que je lis sur ma carte, l’aborder par sa droite – c’est-à-dire ma gauche – me semble assez dangereux. Elle se trouve en effet sur un éperon rocheux relativement inexpugnable, à pied – ce qui est logique quand on connaît sa destination militaire défensive. 

La carte – et le territoire devant moi – me montrent un autre chemin possible, bien plus sûr : le lit d’un torrent à sec qui monte tout droit.

Voilà qui me semble un bon itinéraire. J’y grimpe donc et poursuis ma progression jusqu’à atteindre une ligne de crête – laquelle n’a bien entendu rien à voir avec celle qu’empruntent quotidiennement, à les écouter, les membres du gouvernement…

… et de là, je retrouve le sentier ordinaire. Et la civilisation, qui prend ici la forme de petits groupes bruyants équipés d’articles Quechua de la tête aux pieds et montés là depuis le parking de St Ours.

Et voilà : batterie de Viraysse en traversée, objectif atteint!

Je prends cinq minutes pour profiter du paysage et du moment, assis face à la pente que je viens de grimper.

Je suis assez fier de moi : cette montée faisait partie des passages qui me questionnaient. Je suis donc plutôt content de cette petite victoire.

De l’autre côté, j’aperçois les restes du fort de Viraysse. Je n’y passerai pas car ma route me fera bifurquer avant, vers la gauche et Larche, mon étape de ce soir.

Nous sommes ici – sur la batterie ou bien au fort, plus bas – sur l’un des très nombreux sites de mémoire de l’Armée des Alpes, invaincue en juin 1940.

Je te conseille vivement la visite du site Internet dédié à cette armée ainsi qu’aux endroits qui ont jalonné cette résistance héroïque, tel celui où nous nous trouvons.

J’entame ma descente vers Larche, interminable je dois dire. Je n’en vois pas le bout, et ce d’autant qu’à mesure que je perds de l’altitude, la chaleur est de plus en plus importante.

Puis j’aperçois le village, loin en bas.

Et comme tout finit par arriver à point nommé, j’atteins Larche, où doit en principe se trouver une épicerie ouverte : je n’ai rien à manger pour ce soir et le resto du camping où je m’arrête est complet. La question de l’épicerie ouverte un dimanche est donc loin d’être anecdotique.

Ce panneau, à la fin du chemin, me rassure utilement.

Je trouve cette épicerie-bar au bord de la rue principale. J’y bois une bière fort bienvenue en compagnie d’une très jeune fille croisée plus haut, qui fait le GR5 elle aussi, et de Philippe, l’un des trois randonneurs de Maljasset.

Je vais ensuite voir dans la petite boutique ce qu’il reste à acheter. Je ne veux pas trop m’encombrer : pour ce soir, je prends donc un paquet de nouilles chinoises, une boîte de sardine à l’huile, et pour demain, l’épicier me tranche du speck et me décongèle une baguette. Je prends aussi un paquet de gâteaux pour compléter mon sachet d’abricots secs.

Puis je marche le petit kilomètre qui m’amène au camping des Marmottes, un chouette lieu, bien entretenu, paisible, où, tente montée, je file me doucher et faire une lessive.

Là-dessus, repas frugal et au lit, tandis qu’il fait encore jour.

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