Portage et bivouac : rester léger.6 mn de lecture

Bivouaquer, et porter le matériel sur son dos, n’implique pas de se transformer en sherpa surchargé – lesquels sherpas sont des gens extraordinaires, mais c’est un autre sujet.

Portage

Autrement dit le sac à dos. Evitons tout de suite une erreur très commune : acheter d’abord le sac avant de réfléchir à ce qu’on va mettre dedans. 

L’idéal, c’est de réunir tout ce qu’on va apporter – après bien sûr, y avoir soigneusement réfléchi – et d’essayer de rentrer ce contenu dans des sacs poubelle de différents litrages. Cela permet d’éviter de se coltiner un sac trop grand et surtout, trop lourd.

Je le sais, je l’ai fait. La preuve : traversée des Cévennes en 94 avec une deuxième tronc, en fonte.

Au moins 30 litres inutiles. N’importe quoi.

Ainsi, j’ai longtemps utilisé ceci :

C’est un sac hors commerce de la marque Deuter, 55 litres extensibles à 65 par un système de soufflet. Plutôt léger pour un sac en gros Cordura datant du début des années quatre-vingt-dix : 1 kilo 2 à peine, belle performance.

Il provenait d’une série d’invendus initialement destinés à la douane Suisse. Je l’avais acheté pour pas cher du tout directement à un fournisseur qui m’alimentait en produits haut de gamme, quand je travaillais comme vendeur dans un magasin de sport, à Nîmes, dans une autre vie. Bref.

C’est un compagnon fidèle et increvable, sommaire mais bien pensé, traîné en montagne où lors de pointillés plus exotiques sur la mappemonde. Un idéal?

Non. Beaucoup trop volumineux. Appelle immanquablement le remplissage, et donc le superflu. Je ne l’ai conservé que pour des cas très particuliers, où j’ai vraiment besoin de volume et surtout, d’un sac indestructible.

Méfie-toi des conseils commerciaux

Les conseillers de boutiques spécialisées, ou les rédacteur de blogs qui ne randonnent pas vraiment et recyclent bêtement les fadaises desdits vendeurs, t’orienteront toujours vers un minimum de 60 litres pour une marche de plus de dix jours en portant une tente et un duvet.

Ne les écoute pas, malheureux!

Tiens, aujourd’hui, je circule avec ça :

22 litres lorsque je dors à l’hôtel, en chambre d’hôte, gîte ou refuge.

Ou bien avec son grand frère, de 40 litres + 4 en poche sommitale quand je campe.

Tout deux sont de la marque Osprey, modèles de la gamme « Talon » : il existe certes encore plus léger – certains randonneurs MUL bricolent eux-mêmes les leurs – mais ces deux modèles me conviennent très bien. Leur confort est réel, leur conception et les accessoires qu’ils possèdent sont bien pensés et leur prix n’est pas rédhibitoire. Seul petit bémol, ils sont fragiles.

Avant d’acheter un sac à dos, donc, au risque de me répéter, demande-toi d’abord ce que tu vas en faire. Une randonnée? Très bien. En dormant où?

En refuge ou à l’hôtel? Exit par conséquent le réchaud, la tente, le matelas, le duvet : 22 litres suffiront amplement. Mon petit rouge est parfait. Il pèse 750 grammes à vide, est très intelligemment conçu, me permet d’emporter ce que j’ai détaillé précédemment.

Tu pars en autonomie? Admettons : mais quelle autonomie? Uniquement le couchage et un peu de vivres au cas où? Ou bien aussi quinze jours d’intendance, des jambons auvergnats, une table en chêne, des chandeliers en argent?

Tu l’as compris : le contenu d’abord, le contenant ensuite.

Un exemple hivernal

En février 2019, j’ai traversé le Jura en raquettes. Mon sac de 40 litres pesait 5 kilos (7 quand je devais accrocher les raquettes dessus) et le plus lourd des vêtements était sur moi. Je ne campais pas, cela dit.

Un exemple estival

Grand tour de l’Oisan et des Ecrins, juillet 2020, avec bivouacs. 5,5 kilos. 7,5 avec un litre d’eau et des rations de journée.

Bivouac

En mode MUL, pour s’abriter, il existe deux écoles. La tente ou le tarp.

De nombreux randonneurs préconisent le tarp : une simple toile enduite, que l’on fait tenir avec ses bâtons et quelques haubans. Avantages, la légèreté extraordinaire, la polyvalence de l’abri, la sensation de dormir en pleine nature.

Mouais : de dix-huit à trente ans, j’ai adoré dormir à la belle étoile. Même pas de tente! Furieusement MUL. Puis, il m’est arrivé un truc étrange : j’ai vieilli. J’en ai eu inexplicablement assez des insectes qui me couraient sur le visage ou dans le duvet –  un petit scorpion noir, une fois, dans les Cévennes. Fourmis, moustiques, aoutas, j’en oublie. Je me suis un peu lassé du monde animal et pour mieux dormir et pleinement récupérer, j’ai fait le choix de renouer avec la tente.

J’ai d’abord investi dans un modèle du fabricant MSR. La Hubba NX. 1 kilo 4 comprenant les arceaux, le double toit, la chambre et un tapis de sol supplémentaire qui rend l’ensemble auto-portant et protège le fond de la chambre, fin et fragile. J’en étais très content, mais je l’ai revendue pour plus léger encore.

Pour être tout à fait honnête, il m’est arrivé de regretter de m’en être séparé, pour les excursions de plusieurs jours en kayak notamment.

Mais cela étant, je suis très content du choix de sa remplaçante, un peu déroutante au début comme je le raconte dans le récit du GR54.

Il s’agit d’un modèle du fabricant américain spécialisé Zpaks : la Plexamid. Pour l’anecdote, j’avais prévu de me la faire livrer à New York où je devais passer deux semaines au printemps 2020, afin d’économiser frais de port et surtout de douane. Et paf : Covid. Au revoir New York. Bonjour les 200 euros de taxes. Bref.

C’est une tente mono paroi qui tient grâce aux deux bâtons de randonnée. 431 grammes! Auxquels il convient de rajouter 100 grammes de sardines. 431 grammes! Dingue.

Je dors plutôt bien en tente – même si mon sommeil n’est pas d’une qualité folle en bivouac. Mais je ne suis pas enquiquiné par les bestioles et je gagne en température. Pour moi : irremplaçable.

Pas de marteau pour les sardines, évidemment : je les plante à la main et le sol s’y prête toujours. Eventuellement en m’aidant de la semelle.

Bien sur, ce n’est pas le tout d’avoir un toit. Il faut aussi organiser la literie.

Sac de couchage

Concernant le sac de couchage, deux possibilités : synthétique ou duvet véritable. Le synthétique résiste bien à l’humidité, pas la plume. Mais le synthétique est plus lourd et plus difficilement compressible, à chaleur égale produite. 

Je préfère donc le duvet, pour les qualités précitées. Et puis les duvets modernes, haut de gamme, sont aujourd’hui traités hydrofuge, ce qui renforce un peu la résistance à l’humidité, même si, souvent, je m’arrête au soleil pour le mettre à sécher. Pour le transport, j’utilise la housse de compression fournie.

J’ai eu plusieurs sacs, au fil du temps. J’en ai revendu certains, conservés d’autres. Mes derniers petits préférés sont les suivants :

Le Spark III, de la marque australienne Sea to summit.

700 grammes en comptant la housse de compression. Température de confort : deux degrés. Avec l’ancien sac, plus lourd de 200 grammes, à zéro sous la tente, c’est à dire à moins deux ou moins trois dehors, même en utilisant mon ensemble en mérinos, j’avais eu froid – mais je n’avais rien mangé ou presque, ceci explique aussi cela. Précision utile : quand on a froid, on ne dort pas. Du tout. C’est comme ça. Cela étant, quand on a vraiment très froid, au bout d’un moment, on s’endort… et on ne se réveille jamais. Autant donc ne pas avoir froid, non? Et pour ça : ne pas se mentir : certains transpireront dans un duvet qui laissent les autres claquer des dents. Moi, je suis frileux, je prévois donc en conséquence. Avec ce duvet, à zéro sous la tente, je n’ai jamais eu froid. En revanche, par nuit douce aux alentours de 10 degrés, j’ai eu beaucoup trop chaud. Dans ces cas-là, j’ai donc utilisé le sac ouvert en couette.

Le Spark 0, tout petit frère du précédent.

225 grammes pour un couchage estival. Température de confort 14 degrés. A 10° humide, lors de mon exploration de la Petite Seine en juillet 21, j’ai eu froid. Ultra léger (difficile même de faire mieux) et compact. C’est le sac que j’emporte désormais pour toutes mes petites exploration d’été en kayak, mais je prends désormais des sous-vêtements thermiques chauds au cas où la température en bord de rivière descendrait un peu trop durant la nuit.

La canette de bière utilisée pour l’échelle est une 25 cl.

Le matelas

Là encore, plusieurs façons de procéder. Certains choisissent un tapis de mousse qu’ils retaillent pour gagner en place et poids. D’autres emportent des auto-gonflants : chers, finalement lourds et qui tiennent mal dans le temps. D’autres ne prennent rien : fakirs!

Il existe depuis quelques temps déjà des matelas gonflables incroyablement performants et confortables. Certains possèdent même une couche d’isolant, pour ceux qui aiment dormir sur la neige. Ne ris pas, il y en a.

Après plusieurs essais, mon choix actuel s’est porté sur le Tensor, de chez Nemo. Un peu cher, 120 euros, mais la qualité du sommeil s’en ressent. 80 grammes. 

copyright Anthony - carnets d'aventure

Ces matelas ultra-léger ont un inconvénient : ils glissent sur le tapis de sol. On ne trouve pas toujours d’emplacement totalement plat, surtout en bivouac, et ce glissement du matelas durant la nuit peut s’avérer franchement problématique. Les pieds du sac de couchage – ou la tête – finissent toujours par toucher la toile et se tremper par capillarité, notamment dans une tente monoparoi comme la mienne.

François, créateur du site randonner-malin, donne une astuce toute simple pour rémédier à ce problème dans cette vidéo

Par ailleurs, pour éclairer ton choix, je te conseille la lecture de cet article très complet rédigé par Anthony, rédacteur du magazine Carnets d’Aventure.

La question de l'oreiller

Longtemps, j’ai utilisé des vêtements roulés dans mon tour de cou et ça faisait amplement l’affaire. Sauf que, pour être franc, ce n’était aussi confortable qu’un véritable oreiller. Du coup, j’en ai testé plusieurs, jusqu’à trouver mon bonheur.

Le Fillo Elite est un oreiller gonflable, de la même marque que mon matelas, Nemo. Doux, confortable, poids et encombrement ridicules. Le bonheur des cervicales!

Je te conseille cette petite vidéo marrante, en anglais, d’un randonneur un chouia léthargique qui a essayé plein de modèles comme je l’ai fait. Son choix, à lui, s’est arrêté sur le grand modèle. Le petit est, selon moi, amplement suffisant. Mais le gars partait avec un cahier des charges bien rempli!

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