Portage et bivouac : rester léger.8 mn de lecture

Bivouaquer, et porter le matériel sur son dos, n’implique pas de se transformer en sherpa surchargé – lesquels sherpas sont des gens extraordinaires, mais c’est un autre sujet.

Table des matières

Portage

Autrement dit le sac à dos. Evitons tout de suite une erreur très commune : acheter d’abord le sac avant de réfléchir à ce qu’on va mettre dedans. 

L’idéal, c’est de réunir tout ce qu’on va apporter – après bien sûr, y avoir soigneusement réfléchi – et d’essayer de rentrer ce contenu dans des sacs poubelle de différents litrages. Cela permet d’éviter de se coltiner un sac trop grand et surtout, trop lourd.

Je le sais, je l’ai fait. La preuve : traversée des Cévennes en 94 avec une deuxième tronc, en fonte.

Au moins 30 litres inutiles. N’importe quoi.

Ainsi, j’ai longtemps utilisé ceci :

C’est un sac hors commerce de la marque Deuter, 55 litres extensibles à 65 par un système de soufflet. Plutôt léger pour un sac en gros Cordura datant du début des années quatre-vingt-dix : 1 kilo 8 à peine, belle performance.

Il provenait d’une série d’invendus initialement destinés à la douane Suisse. Je l’avais acheté pour pas cher du tout directement à un fournisseur qui m’alimentait en produits haut de gamme, quand je travaillais comme vendeur dans un magasin de sport, à Nîmes, dans une autre vie. Bref.

C’est un compagnon fidèle et increvable, sommaire mais bien pensé, traîné en montagne où lors de pointillés plus exotiques sur la mappemonde. Un idéal?

Non. Beaucoup trop volumineux. Appelle immanquablement le remplissage, et donc le superflu. Je ne l’ai conservé que pour des cas très particuliers, où j’ai besoin d’un peu plus de volume et surtout, d’un sac très costaud. En voyage par exemple. Je l’emballe alors dans une housse qui le transforme en sac à bandoulière : le top pour les soutes d’avion ou d’autobus.

Méfie-toi des conseils commerciaux

Les conseillers de boutiques spécialisées, ou les rédacteur de blogs qui ne randonnent pas vraiment et recyclent bêtement les fadaises desdits vendeurs, t’orienteront toujours vers un minimum de 60 litres pour une marche de plus de dix jours en portant une tente et un duvet.

Ne les écoute pas, malheureux!

Tiens, aujourd’hui, je circule avec ça :

22 litres, notamment lorsque je dors à l’hôtel, en chambre d’hôte, gîte ou refuge. C’est le Talon 22, du fabricant Osprey.

En rando au long cours, j’ai longtemps utilisé son grand frère, de 40 litres + 4 en poche sommitale : le Talon 44.

Il existe encore plus léger – certains randonneurs MUL bricolent eux-mêmes les leurs – mais les Talon Osprey sont très bien. Leur confort est réel, leur conception et les accessoires qu’ils possèdent sont bien pensés et leur prix restent très contenus. Seul petit bémol, je les trouve fragiles.

J’ai toujours le Talon 22, traîné récemment dans le désert marocain, mais en ce printemps 2023, j’ai revendu le Talon 44 sur le bon coin (en 10 minutes chrono à peine l’annonce publiée!) pour lui préférer le modèle G4 20 du fabricant Gossamer Gear, auquel je consacrerai un article complémentaire après mon prochain trek.

Quoiqu’il en soit…

Avant d'acheter un sac à dos

Demande-toi d’abord ce que tu vas en faire. Une randonnée? Très bien. En dormant où?

En refuge ou à l’hôtel? Exit par conséquent le réchaud, la tente, le matelas, le duvet : 22 litres suffiront amplement. Mon petit rouge est parfait. Il pèse 750 grammes à vide, est très intelligemment conçu, me permet d’emporter ce que j’ai détaillé précédemment.

Tu pars en autonomie? Admettons : mais quelle autonomie? Uniquement le couchage et un peu de vivres au cas où? Ou bien aussi quinze jours d’intendance, des jambons auvergnats, une table en chêne, des chandeliers en argent?

Tu l’as compris : le contenu d’abord, le contenant ensuite. Rappelle-toi : tu peux t’aider de sacs poubelle de différents litrages pour calibrer ton besoin.

Un exemple hivernal

En février 2019, j’ai traversé le Jura en raquettes. Mon sac de 40 litres pesait 5 kilos (7 quand je devais accrocher les raquettes dessus) et le plus lourd des vêtements était sur moi. Je ne campais pas, cela dit.

Un exemple estival

Grand tour de l’Oisan et des Ecrins, juillet 2020, avec bivouacs. 5,5 kilos de base. 7,5 avec un litre d’eau et des rations de journée.

NB : le poids de base – c’est à dire hors eau et nourriture – est propre à chacun. En ce qui me concerne, je suis parvenu au fil du temps à descendre sous les 5 kilos, mais guère au-delà de 4 kilos 5 en itinérance avec bivouac jusqu’à 2000 mètres. J’ai enlevé des articles, j’en ai introduit d’autres, modifié certains… jusqu’à atteindre une espèce de seuil d’équilibre, celui qui me convient.

Au bivouac

J’adore bivouaquer. Dormir en pleine nature. Mais pour que la nuit soit réellement reposante, en matière de choix de matériel, plusieurs précautions s’imposent.

L'abri

En mode MUL, pour s’abriter, il existe deux écoles. La tente ou le tarp.

De nombreux randonneurs préconisent le tarp : une simple toile enduite, que l’on fait tenir avec ses bâtons et quelques haubans. Avantages, la légèreté extraordinaire, la polyvalence de l’abri, la sensation de dormir en pleine nature, insectes inclus.

Jeune, j’ai adoré dormir à la belle étoile. Furieusement MUL. Par beau temps uniquement, évidemment. En cas de pluie, j’avais une tente monoplace Helsport, offerte par mes parents pour mon bac, en 1986. Elle pesait 2k5, ce qui était considéré comme ultraléger à l’époque. J’ai revendu cette tente dans les années 90 et je le regrette aujourd’hui, par nostalgie sentimentale.

Lorsque je me suis remis à la rando solo, j’ai d’abord investi dans un modèle du fabricant MSR. La Hubba NX. 

1 kilo 4 comprenant les arceaux, le double toit, la chambre et un tapis de sol supplémentaire qui rend l’ensemble auto-portant et protège le fond de la chambre, fin et fragile.

C’était une super tente et j’en étais très content, mais elle restait finalement lourde et je l’ai revendue pour beaucoup plus léger.

Avec sa remplaçante, la Plexamid de chez Zpacks, légèrement déroutante au début comme je le raconte dans le récit du GR54, j’ai un tout petit peu perdu en confort. Mais le gain de poids a largement compensé ça, et ce d’autant mieux qu’après quelques nuits de bivouac, j’ai fini par trouver mes marques avec elle.

C’est une tente mono paroi qui tient grâce à l’un des deux bâtons de randonnée. 431 grammes! Auxquels il convient de rajouter 85 grammes de sardines. 516 grammes pour l’ensemble! 

Seul inconvénient des tentes mono paroi : la condensation. Qui ne goutte pas sur le dormeur dans cette tente très bien conçue, mais qu’on touche parfois malgré soi avec la tête ou les pieds. Il faut donc prévoir de garder à portée de main sa petite serviette peau de chamois. C’est là la perte de confort que j’évoquais précédemment.

Je dors plutôt bien en tente. Je ne suis pas enquiquiné par les bestioles et je gagne en température. Pour moi : irremplaçable.

Pas de marteau pour les sardines, évidemment : je les plante à la main et le sol s’y prête toujours. Eventuellement en m’aidant de la semelle ou d’un galet.

En parlant des sardines, selon les endroits où on plante, il peut être intéressant de varier les formats. En montagne, j’emporte les basiques 6 pouces de Zpacks. Mais pour les explorations en kayak, les aires de bivouacs étant le plus souvent sablonneuses, j’emporte des sardines ultra-légères en cornières.

Bien sur, ce n’est pas le tout d’avoir un toit. Il faut aussi organiser la literie.

Sac de couchage

Concernant le sac de couchage, deux possibilités : synthétique ou duvet véritable. Le synthétique résiste bien à l’humidité, pas la plume. Mais le synthétique est plus lourd et plus difficilement compressible, à chaleur égale produite. 

Je préfère donc le duvet, pour les qualités précitées. Et puis les duvets modernes, haut de gamme, sont aujourd’hui traités hydrophobe, ce qui renforce un peu la résistance à l’humidité. Pour le transport, j’utilise la housse de compression fournie.

J’ai eu plusieurs sacs, au fil du temps. J’en ai revendu certains, conservés d’autres. Mon dernier est le suivant :

Modèle Spark III, de la marque australienne Sea to summit.

700 grammes en comptant la housse de compression. Température de confort : moins deux degrés! Le ratio poids-chaleur est tout bonnement incroyable. C’est un sac léger et extrêmement chaud. Parfois trop chaud, même, ainsi que j’en ai fait l’expérience lors des premiers bivouacs sur le GR54. A 10 degrés sous la tente, passée la chaleur initiale très plaisante, j’éprouvais en effet rapidement une sensation de condensation humide très désagréable.

J’ai découvert ensuite qu’en l’étalant sur moi, en couette, c’était parfait. Depuis, je ne dors plus que comme ça, en montagne ou ailleurs, avec un sweat et éventuellement, un pantalon et des chaussettes. Si la température descend sous les 5 degrés, ce qui arrive parfois au point de rosée, je me glisse alors dans le sac et je le referme complètement. Et hop : je me rendors illico.

J’ai fait le choix de ce sac très chaud parce qu’il m’est arrivé d’avoir froid en altitude – et donc de ne pas fermer l’oeil de la nuit – dans mes duvets précédents. Au moins, avec celui-ci, je suis tranquille. C’es d’ailleurs un avis personnel que j’érige en conseil : mieux vaut avoir un sac trop chaud, l’utiliser ouvert et être content de s’y glisser quand la température chute, plutôt que de se peler dans un sac trop froid. 

Sac VS quilt?

Une nouvelle tendance se dessine depuis une petite dizaine d’année, celle du quilt : une sorte de demi sac de couchage-couette qu’on peut passer avec des sangles sous le matelas. Avantage évident : le gain de poids notable. Inconvénient : l’impossibilité de s’y engloutir complètement en cas de grand froid.

Quand j’utilise mon sac de couchage ouvert sur moi, je le pense au fond comme un quilt. Mais l’avantage du sac de couchage, de mon point de vue – et c’est particulièrement vrai en montagne l’été à des altitudes de bivouac variées –  c’est précisément la possibilité de s’y glisser et de le refermer sur soi en cas de chute des températures. Ce que le quilt ne permet pas. Cela étant, ce système me tente surtout pour l’usage en couette et la liberté de mouvement que ça offre.

Pour en savoir plus sur la différence entre quilt et sac, je te conseille la lecture de cet article à ce sujet. 

NB : ajout 2023, j’ai acheté un Quilt, cf l’article suivant.

Le matelas

Là encore, plusieurs façons de procéder. Certains choisissent un tapis de mousse qu’ils retaillent pour gagner en place et poids. D’autres emportent encore des autogonflants, à la mode dans les années 90 : chers, finalement lourds et qui tiennent mal dans le temps. D’autres ne prennent rien : fakirs!

Il existe depuis quelques temps déjà des matelas gonflables incroyablement performants et confortables. Certains possèdent même une isolation renforcée, pour ceux qui aiment bivouaquer en hiver dans la neige.

Après plusieurs essais, mon choix s’est porté il y a quatre ans sur le Tensor, de chez Nemo. Forme momie, taille regular. 380 grammes. C’est l’ancien modèle, avec la valve qui fait saillie – ce n’est pas si problématique que ça mais le fabricant a corrigé ce point depuis. Je ne le gonfle jamais complètement, afin qu’il ne soit pas trop dur, et il est ainsi hyper confortable. Mes bras débordent quand je suis sur le dos et reposent sur le tapis de sol – en couchage couette – mais ce n’est pas un problème avec des manches longues.

copyright Anthony - carnets d'aventure

Ce type de matelas ultra-léger a un inconvénient, lié à son matériau synthétique : il glisse sur le tapis de sol. On ne trouve pas toujours d’emplacement totalement plat, surtout en bivouac, et ce glissement du matelas durant la nuit peut s’avérer franchement pénible. Les pieds du sac de couchage – ou la tête – finissent toujours par toucher la toile et se tremper par capillarité, notamment dans une tente monoparoi comme la mienne.

François, créateur du site randonner-malin, donne une astuce toute simple pour remédier partiellement à ce problème dans cette vidéo

Je dis partiellement car si l’astuce du seam grip fonctionne super bien entre le matelas et le tapis de sol, en revanche, côté couchage, la glissade continue. J’ai donc résolu le problème en rajoutant pour 145 grammes un drap housse en coolmax de chez Sea to summit.

Comme je te l’ai dit plus haut, il m’arrive de n’utiliser mon sac de couchage qu’en mode couette : ce drap rend donc le contact du matelas beaucoup plus douillet, moins « plastoc ».

Eternels arbitrages de  la démarche MUL : une partie de  ce que j’ai gagné en poids en changeant de sac à dos, je l’ai reperdu en achetant ce drap housse. Mais avantage énorme : je dors encore mieux. Et plus je multiplie les bivouacs, plus je soigne la qualité de mon sommeil. Pour rester en zone de plaisir, c’est fondamental.

Pour éclairer ton choix parmi toutes les marques et modèles variés de matelas, je te conseille la lecture de cet article très complet rédigé par Anthony, rédacteur du magazine Carnets d’Aventure.

La question de l'oreiller

Longtemps, j’ai utilisé des vêtements roulés dans mon tour de cou et ça faisait amplement l’affaire. Sauf que, pour être franc, ce n’était pas aussi confortable qu’un véritable oreiller. Du coup, j’en ai testé plusieurs, jusqu’à trouver mon bonheur.

Le Fillo Elite est un oreiller gonflable, de la même marque que mon matelas, Nemo. Doux, confortable, poids (80g) et encombrement ridicules. Je ne peux plus m’en passer.

Je te conseille cette petite vidéo marrante, en anglais, d’un randonneur un chouia léthargique qui a essayé plein de modèles comme je l’ai fait. Son choix, à lui, s’est arrêté sur le Fillo grand modèle. Le petit est, selon moi, amplement suffisant. Mais le gars partait avec un cahier des charges bien rempli!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *