Marcher léger

Marcher léger – ou l’art de la MUL

La MUL, comme disent les initiés volontiers sibyllins, désigne tout simplement la Marche Ultra Légère.

Laquelle MUL s’oppose à la randonnée dite MULET, bâtée comme bourricot. Exemple en Irlande, 1985. Trois kilotonnes d’inutile fourbi.

Contrairement aux diètes vantées ici ou là, les résultats de la MUL sont rapides et visibles. Tenez :

GR 54 en autonomie complète, charge réduite à 9 kilos incluant 2 litres d’eau et quelques provisions.

Certes, 9 kilos, dirons les puristes, c’est encore beaucoup. J’ai d’ailleurs gagné encore en légèreté depuis l’Oisan, en n’emportant plus ni popote ni réchaud. J’ai aussi supprimé ma poche à eau de 2 litres et gardé uniquement deux gourdes souples – en montagne, il y a de l’eau partout et des refuges pour s’alimenter avant d’aller planter sa tente chez les marmottes. Enfin, j’ai remplacé mon appareil photo par un Smartphone et sa batterie de rechange, sachant de plus qu’avec IphiGénie, l’application IGN, je n’emporte plus de cartes au 1/25 millième. Encore du poids en moins.

N’en jetons plus : à ce stade, vous avez déjà compris le principe.

A savoir que derrière l’acronyme MUL se cache une culture de l’essentiel, laquelle consiste à débarrasser le sac de toute charge superflue en interrogeant minutieusement son contenu, en relation stricte avec l’aventure entreprise ainsi qu’avec le degré de confort qu’on souhaite conserver – ou pas.

Exercice intellectuel amusant. Qui commence par l’établissement de la liste de son matériel, se poursuit par la pesée de chaque élément – et c’est en général à cette phase que l’entourage s’inquiète ou se moque, selon le degré obsessionnel que prend ladite pesée – puis qui se termine par l’interrogation et l’élimination de tout ce qui n’est pas strictement indispensable.

Il existe de nombreux sites de conseils variés. Randonner-léger est incontournable, même si certains échanges sur le forum me laissent parfois bien perplexe.

On trouve également des tas de sites marchands, spécialisés en sports de plein air et qui mettent en avant des produits dits « ultra-légers ». C’est commercialement intelligent, parfois innovant, toujours coloré et attractif – exprès –mais tout n’est pas bon à prendre. Un plein catalogue de matériel ultra-light plus tard, et vous voici redevenu mulet.

Avant donc de casser la tirelire, réfléchir.

De la garde-robe

Une fois qu’on s’est amusé à considérer l’improbable fourbi qu’on avait prévu d’embarquer – des slips pour une semaine, deux pantalons, deux shorts, un pull, une polaire, des tee-shirts à ne plus savoir qu’en faire, un bloc opératoire de campagne, j’en passe… – nous voici prêt à reconsidérer le paquetage d’un oeil MUL. Il était temps.

Voyez ici : l’essentiel – le short de bain est resté sur le photographe…

Certes, le lecteur sagace m’objectera que plusieurs semaines de randonnée en montagne n’impliquent pas les mêmes choix qu’une robinsonnade dans l’Océan Indien. Mais le principe demeure le même.

D’abord, traquer tous les doublons ou les triplons, les quadruplons, etc.

Par exemple : pourquoi deux ou trois pantalons quand un seul suffit? Il est sale? Et alors! On le lave et on attend, une serviette autour des reins. Le choix d’un pantalon à séchage ultra rapide facilitera la réapparition sociale – la marque Aigle fait des choses très performantes dans le domaine. Cela étant, je n’emporte pas de pantalon à la montagne, on va y venir.

Les sous-vêtements? Deux jeux suffisent. Ceux du jour, qu’on lessive le soir pendant qu’on enfile les autres après la douche et ainsi de suite. Idem du tee-shirt. Soit il fait très chaud et on va rester torse nu une demie-heure, à tout le moins quand on est un homme – mais une femme le peut aussi, j’aime bien, bref – soit il fait froid et on a de toute façon prévu un sweat propre et chaud pour le soir.

Voici donc ce que je porte et emporte pour deux à trois semaines en moyenne montagne, l’été, en dormant sous la tente et en me nourrissant dans les refuges ou les villages.

NB : tout ce qui concerne l’hygiène, la pharmacie, l’eau, la nourriture, le portage et le bivouac fera l’objet d’articles suivants.

Aujourd’hui, parlons chiffons :

De haut en bas, on trouve :

Une veste imperméable et respirante : 366 grammes. Vitale en cas de mauvais temps, pluie et/ou vent froid.

Une doudoune : aussi chaude qu’une polaire, voire davantage, très compressible, ultra légère et qui me sert également d’oreiller au bivouac. Marque Uniqlo. 238 grammes. Quant à la place occupée dans le sac…

Ensuite, on trouve une casquette : claire, très légère, en polyamide. Indispensable quand le soleil cogne ou que le vent m’ébouriffe dans tous les sens. 60 grammes.

Un chèche en coton léger dit “toile à beurre” : fait tout. Cache-col, cache-nez, mouchoir, serviette… pour 97 grammes qui quittent rarement mon cou. Sauf pour le lavage, évidemment.

Avant de poursuivre la revue de détail, vous aurez compris qu’on découvre ici l’un des principes MUL : toujours privilégier les objets ou les articles qui font double ou triple emploi. Mieux vaut une chose qui en vaut plusieurs que l’inverse. Ainsi de la doudoune-oreiller et du chèche essuie-tout. Continuons.

Un sweat synthétique chaud, mais pas trop, à manches longues. Increvable – j’en ai deux, que je traîne depuis plus de vingt ans. De la marque américaine Duofold, laquelle reste difficile à trouver en France. Un seul inconvénient, dû au synthétique, le textile prend terriblement les odeurs de sueur. Mais se lave avec le reste, sèche la nuit, etc. Poids : 221 grammes. Reste toujours sur moi.

Un tee-shirt, de la marque Or. Très léger, incroyablement fin, sèche lui aussi à une rapidité remarquable. 130 grammes.

Un slip : Décathlon. Pas cher. 52 grammes. Sèche également très vite – on a compris que j’y tiens. Au séchage, pas au slip. Encore que. Ou en étais-je?

Ah. Un short à fond de culotte renforcé, taillé dans une toile légère et résistante. 177 grammes.

Précision : en montagne, je n’emporte pas de pantalon. Je n’aime pas ceux dont les jambières se détachent parce que la fermeture éclair est toujours irritante à la longue, sur les cuisses. En montée, je n’aime pas non plus la sensation du tissu qui tire sur les rotules. Je suis donc toujours en short. S’il fait froid, ou le soir, ce qui va souvent de pair, je porte sous le short un collant chaud dont je vais parler plus loin. S’il pleut, j’ai un surpantalon imperméable et respirant. Et hop.

Suite de la revue : une paire de chaussettes de marque Monnet, que j’adore.

Les chaussures, enfin. Choisies une taille au-dessus de l’habituelle, 42 au lieu de 41, qui tiennent parfaitement le pied, sont imperméables et pas trop chaudes, suffisamment rigide pour la moyenne montagne et d’un poids raisonnable pour des tiges hautes. 1200 grammes la paire.

Une remarque : certains randonneurs MUL privilégient les tiges basses, type Trail. Plus légères. Admettons : je me suis ruiné les pieds, autrefois, avec ce genre de chaussures, en faisant une course à la journée qui d’ordinaire en prend deux. Récemment, sur la Route de Saint Lu, idem. Je reste donc aux tiges hautes dans les Alpes.

Bien, vous savez à présent ce que je porte. Au vrai, quand il fait beau, la doudoune est souvent dans le sac, ainsi que la veste imperméable.

Voici à présent mon linge de rechange :

Enfilé le soir tandis que celui du jour trempe puis sèche. Pas besoin de plus.

Pour le soir :

Le collant chaud évoqué supra, idem du sweat porté à même la peau pendant que la lessive quotidienne s’égoutte. Tous deux en laine Mérinos. Chers mais vraiment chauds.

Entorse à la rigueur MUL : mes magical shoes. 300 grammes. Chaussures de running minimalistes qui me servent de chaussons au réfectoire du refuge, et me reposent les pieds si je fais étape en village, à l’hôtel. Les puristes n’en prendraient pas mais je ne peux pas m’en passer. Je ne suis donc pas un puriste. Snif.

Pour finir : quelques petits accessoires de confort supplémentaire, particulièrement quand la météo vire au mauvais :

De gauche à droite :

Un bandeau cache oreilles en polaire : 30 grammes. Très appréciable par petit vent piquant.

Le surpantalon imperméable et respirant : 100 grammes.

Mes gants de Fantomas en polaire. Pour le look. Et contre l’onglet. 40 grammes.

Et enfin, nouvelle entorse à la rigueur MUL mais incontournable : mes guêtres stop-tout, lesquelles m’évitent, puisque je marche en short, de m’arrêter tous les deux cents mètres pour vider mes godasses des gravillons qui s’y glissent immanquablement. 80 grammes, toujours sur moi.

Et c’est tout.

Soin du corps

Toujours, bien entendu, dans l’optique MUL qui nous préoccupe.

Voici par exemple une salle bain typique de l’état d’esprit :

Pas mal, non?

Le matériel à présent.

Trois catégories : l’hygiène, la pharmacie, les opérations spéciales.

Je regroupe ces trois familles car elles correspondent entre elles : les aiguilles à coudre peuvent servir par exemple à déloger une écharde – mais JAMAIS à percer les ampoules, cf Des coches – et le savon de Marseille sert absolument à tout, comme on le verra plus loin.

De plus, tout ce matériel trouve sa place dans ma trousse de toilette :

Marque Sea to Summit, 83 grammes sans le miroir fourni – ôté car inutile quand on peut se mirer dans des flaques. Très pratique pour organiser le fourbi.

Pour la dimension fermée :

Remercions l’échelle banane, déjà mise à contribution dans le précédent article.

Dans cette trousse, on trouve les produits d’hygiène suivants :

Une serviette en micro-fibre : la plus petite, de chez MSR. J’en ai testé plusieurs, mais la matière de cette marque est de très loin supérieure aux autres. Cela étant, j’ai lu aussi sur certains forums MUL que les serpillières de supermarché faisaient l’affaire. Oui, oui…

Dimensions de ce mini drap de bain : 35X25 centimètres. Poids sans sa pochette : 37 grammes. Bien suffisante. S’essore à mi-essuyage, comme une peau de chamois.

Ensuite : la brosse à dents. J’ai pris l’habitude de conserver celles qu’offrent les compagnies d’aviation. Elles sont sommaires mais très légères et me font en général deux à trois séjours. 6 grammes.

NB : pas de dentifrice. Inutile. Ce qui lave les dents, c’est l’action mécanique de la brosse, pas la mousse baveuse. On se fait assez vite à l’absence de sensation mentholée et non, on ne développe pas pour autant une haleine de chacal.

La brosse à cheveux. 17 grammes. Manche coupé pour le gain de poids et de place. Incontournable quand, comme moi, on ne se résout pas à partir coiffé comme un marines – prononcez meuhwin’s en prenant un regard bleu dur.

Un rasoir. Manche coupé lui aussi, pour les mêmes raisons que la brosse à cheveux. Facultatif, d’un point de vue MUL. J’ai cependant fini par m’y résoudre parce que je n’en n’avais pas pris lors de la dernière randonnée et que cela m’a manqué.

Une pince à tique “maison”, bricolée dans une attache de pain de mie. J’ai trouvé l’idée ici : tire-tique

Un coupe ongle/lime : 13 grammes. Celui-ci n’est pas très performant. Il brise la corne plutôt que de la couper net et s’avère nettement moins bien que celui que j’utilise à la maison, lequel toutefois pèse 45 grammes. Les 32 grammes de moins l’ont emporté sur le confort et la lime rattrape le reste.

Un bâtonnet de manucure. Poids négligeable. Lavable. Sert à quantité de choses, en matière de curage…

Un mini- flacon, récupéré dans un hôtel. Contient 15 jours de shampoings biodégradables à raison d’un tous les deux jours. Plein : 35 grammes.

Deux petits pots de parfumerie dans lesquelles je mets des crèmes. Une hydratante pour le visage et une autre à tout faire, pour la sécheresse de peau – Dexeryl. Je sais : le vrai marcheur MUL n’emporte pas d’onguent : il s’aime en papier de verre. Mais moi, franchement, non. Et puis les deux pots pleins font 44 grammes et compensent donc pour partie ce que j’ai gagné sur le coupe-ongle. Na.

Pas de papier toilette : je le “prélève” au gré des bars, des restaurants et des quelques hôtels où je descends, quand je ressens le besoin de renouer avec le confort moderne.

Dernier élément, LE produit miracle, qui vaut à lui seul sa photo :

Savon de Marseille. Irremplaçable!

Un morceau de cette taille pèse 52 grammes et me fait plus d’un mois : il me sert à me laver et je l’utilise également en mousse à raser, pour la lessive, et même en déodorant – je tartine les aisselles et ça tient à peu près une dizaine d’heures. Après…

Certains randonneurs MUL l’utilisent aussi en dentifrice. J’ai essayé mais la rencontre n’a pas eu lieu. Peut servir en antiseptique aussi. Suivant l’étendue de la plaie, je ne me prononcerais pas non plus.

Astuce : on aura noté le petit cordon de garcette avec son noeud de pêcheur. Cela permet tout simplement de suspendre le bloc de savon dans la douche, ou après pour le faire sécher, et cela évite surtout de le laisser filer dans le torrent. Malin.

On passe à la pharmacie?

Je vais vite, la photo parle d’elle-même :

Une demi-bande auto-adhésive de type Coheban, 1 tube Scholl pour les orteils (ici, un reste de la Route Saint-Lu), une dose de désinfectant, deux dosettes de collyre nettoyant, quelques anti histaminiques, de l’Ibuprofen, quatre aspirines 500, une paire de ciseaux léger (14 grammes), deux compresses stériles, une bande de pansement, une mèche de Coalgan, de la double-peau. Suffisant, au début.

Tout cela est en effet prévu pour parer au plus pressé : en cas de complication, il se trouve toujours sur la route (à tout le moins en Europe) une échoppe abondamment pourvue en produits variés :

Dernières familles : opérations spéciales.

Pas de chirurgie ici. Ou très modeste. Il s’agit davantage de rafistoler ou de patienter en attendant le retour à la civilisation. Le kit :

Opinel n°8. Bien affuté, un rasoir. Sert à couper le saucisson, les peaux mortes des ampoules, le petit bois pour le feu de camp, etc. 47 grammes.

Une cousette. Jamais servie mais poids négligeable. Aiguilles très pratiques pour les échardes : bien mieux qu’une pince à épiler.

Un petit rouleau de Duct Tape – adhésif à tout faire : coller, souder, étancher, sparadraper, etc.

4 mètres de garcette en polypropylène : corde à linge, lacets cassés, hauban de tente supplémentaire…

Une plaquette d’hydroclonazole : comprimés pour purifier l’eau, à condition que celle-ci soit claire. Pratique quand on a des doutes, même sur un ruisseau d’apparente Evian : il y a parfois des troupeaux en amont. Se conformer aux instructions mémorisées avant de jeter la boîte pour gagner en place et poids.

Allumettes. Imperméables ici, pour le côté Castor Junior. Sinon, ordinaires, c’est bien aussi.

Petite boussole thermomètre de Victorinox. Gadget mais pas que : 13 grammes de repères en cas de panne de smartphone. Donne également la température sous la tente  quand ledit smartphone est en économie d’énergie, et permet accessoirement de mieux comprendre pourquoi on y claque parfois des dents. La règle permet de mesurer la taille des boutons de moustiques, pour le fun.

Bouchons d’oreille. Bien pratiques : le retour à la civilisation, parfois…

Portage et bivouac : rester léger

Commençons par le portage, autrement dit le sac à dos, et évitons tout de suite une erreur que l’on a pourtant tous faite : acheter d’abord le sac avant de réfléchir à ce qu’on va mettre dedans.

Parce que même en restant raisonnable sur le calibre, on se retrouve immanquablement à se coltiner un tronc en fonte.

Cévennes, 1994. Guère de progrès en presque dix ans. Toujours au moins 30 litres inutiles. A noter, également, pour les plus observateurs, de magnifiques traces de sel sur les épaules, témoins de la souffrance du corps en mode mulet…

Ainsi, j’ai longtemps utilisé ceci :

55 litres extensibles à 65 par un système de soufflet. Pas très lourd pour un sac en gros Cordura datant du début des années quatre-vingt-dix : 1 kilo 2 à peine. Un compagnon fidèle et increvable, traîné en montagne où lors de pointillés plus exotiques sur la mappemonde. Idéal?

Non. Trop volumineux. Appelle immanquablement le remplissage, et donc le superflu.

Les conseillers de boutiques spécialisées, eux, vous orienteront toujours vers un minimum de 60 litres pour une marche de plus de dix jours en portant une tente et un duvet.

Ne les écoutez pas, malheureux!

Tenez, aujourd’hui, je circule avec ça :

Lorsque je dors en hôtel, chambre d’hôte, gîte ou refuge.

Ou bien avec son grand frère :

Lorsque j’emporte ma tente, un sac de couchage et un matelas. Je pense même que la prochaine randonnée, compte-tenu du fait que je n’emporte plus de réchaud, j’ôterai la poche sommitale – elle est amovible, exprès.

Tout deux sont de la marque Osprey : il existe certes encore plus léger – certains randonneurs MUL bricolent eux-mêmes les leurs – mais ces deux modèles me conviennent très bien. Leur confort est réel, leur conception et les accessoires qu’ils possèdent sont bien pensés et leur prix n’est pas rédhibitoire.

Avant d’acheter un sac à dos, donc, au risque de me répéter, demandez-vous d’abord ce que vous allez en faire. Une randonnée? Très bien. En dormant où?

En refuge ou à l’hôtel? Exit par conséquent le réchaud, la tente, le matelas, le duvet : 22 litres suffiront amplement. Mon petit rouge est parfait. Il pèse 750 grammes à vide, est très intelligemment conçu, me permet d’emporter ce que j’ai détaillé précédemment.

Vous partez en autonomie? Admettons : mais quelle autonomie? Uniquement le couchage et un peu de vivres au cas où? Ou bien aussi quinze jours d’intendance, des jambons auvergnats, une table en chêne, des chandeliers en argent?

Vous l’avez compris : le contenu d’abord, le contenant ensuite. Dans l’optique de l’allégement du barda, lister ce que l’on décide de prendre, le regrouper et en tester le volume avec des sacs poubelles variés, permet ensuite de choisir le sac adapté. Faites l’inverse, et vous revenez inévitablement à la case mulet.

Voilà pour le portage. Au bivouac à présent!

En mode MUL, pour s’abriter, il existe deux écoles. La tente ou le tarp.

De nombreux randonneurs préconisent le tarp : une simple toile enduite, que l’on fait tenir avec ses bâtons et quelques haubans. Avantages, la légèreté extraordinaire, la polyvalence de l’abri, la sensation de dormir en pleine nature.

Mouais : de dix-huit à trente ans, j’ai adoré dormir à la belle étoile. Même pas de tente! Furieusement MUL. Puis, il m’est arrivé un truc étrange : j’ai vieilli. J’en ai eu inexplicablement assez des insectes qui me couraient sur le visage ou dans le duvet –  un petit scorpion noir, une fois, dans les Cévennes. Fourmis, moustiques, aoutas, j’en oublie : je me suis un peu lassé du monde animal et, pour mieux dormir et pleinement récupérer, j’ai fait le choix de renouer avec la tente.

Après quelques semaines de minutieuse enquête, j’ai investi dans un modèle génial du fabricant MSR. La Hubba NX. Telle que je l’emporte, et je vais m’en expliquer très vite, elle pèse 1 kilo 4. Ce poids comprend les arceaux, le double toit, la chambre et un tapis de sol supplémentaire qui rend l’ensemble auto-portant et protège le fond de la chambre, fin et fragile.

La voici côté ouverture.

La tente, comme toujours, est vendue avec un sac. Exit le sac : je fragmente le paquet.

Les arceaux tiennent en hauteur. C’est l’emballage rouge et long en haut. J’empaquète le double-toit dans un petit sac étanche, haubans inclus, ce qui me permet de le ranger mouillé et de ne pas tremper mes autres affaires. La chambre est repliée dans l’autre sac, imperméable. Le tapis de sol et les sardines sont également à part. Aux sardines d’usine, j’ai rajouté deux petites cornières en titane, pour les terrains plus difficile. Je répartis le tout en le calant avec le reste.

Je dors bien – fort bien, même – je ne suis plus enquiquiné par les bestioles et j’ai même gagné en température. Irremplaçable.

Bien sur, ce n’est pas le tout d’avoir un toit. Il faut aussi organiser la literie.

Concernant le sac de couchage, deux possibilités : synthétique ou duvet véritable. Le synthétique résiste bien à l’humidité, pas la plume. Mais le synthétique est plus lourd et plus difficilement compressible, à chaleur égale produite.

Je préfère donc le duvet, pour les qualités précitées. Je le comprime dans un petit sac imperméable. J’en ai eu plusieurs, au fil du temps. Le dernier est ici :

800 grammes de confort douillet. Celui-ci est de la marque Moutain Equipment, modèle Xero 300. Il me convient pour des températures jusqu’à 5 degrés. A zéro, sous la tente, c’est à dire à moins deux ou moins trois dehors, même en utilisant mon ensemble en mérinos, j’ai eu froid – mais je n’avais rien mangé ou presque, ceci explique aussi cela.

Enfin, le matelas : là encore, plusieurs façons de procéder. Certains choisissent un tapis de mousse qu’ils retaillent pour gagner en place et poids. D’autres emportent des auto-gonflants : chers, finalement lourds et qui tiennent mal dans le temps.

Il existe depuis quelques temps des matelas gonflables incroyablement performants et confortables. Certains possèdent même une couche d’isolant, pour ceux qui aiment dormir sur la neige. Ne riez pas, il y en a.

Sur le GR54, j’avais opté pour celui-ci :

Je l’ai revendu pour deux raisons : il glisse – et malgré le choix minutieux de l’aire de bivouac, on campe parfois légèrement en pente ; et il condense. Je me suis retrouvé avec une sensation d’humidité très désagréable sous le duvet. Mon choix s’est par conséquent porté sur un autre, d’une marque concurrente, qui résout ces deux inconvénients et pèse 80 gramme de moins. Pour les curieux, il s’agit du  Tensor, de chez Nemo. Un peu cher, 120 euros, mais la qualité du sommeil s’en ressent.

Pas d’oreiller gonflable : j’utilise ma doudoune qui fait amplement l’affaire.

Pas de marteau pour les sardines, évidemment : je les plante à la main et le sol s’y prête toujours. Eventuellement en m’aidant de la semelle.

J’avais également supprimé la lampe frontale, n’utilisant que la lampe de mon téléphone, mais j’ai remis la frontale dans mon sac, bien plus pratique.

Manger, boire – et marcher léger.

Dans ce domaine, apparemment contradictoire, il n’est pas question de se mettre en danger pour gagner quelques grammes. Ce serait idiot. Mais on va voir qu’il n’est pas opportun non plus de se charger pour rien.

L’encombrement superflu provient toujours de la peur. Ici, de la peur de manquer. S’en libérer, c’est donc déjà se faire plus léger.

Belle vérité, me direz-vous, mais comment faire ?

Et bien, grâce à cet outil merveilleux dont nous a doté l’évolution : notre cerveau. Face à la peur, rationnaliser est toujours le meilleur antidote.

Réfléchissons donc.

Et pour cela, mémorisons d’abord la règle suivante : on survit jusqu’à 3 jours sans eau potable et 3 semaines sans nourriture. C’est connu. Validé. Ayons au passage une pensée pour les cobayes…

A partir de là, on s’interroge : en fonction du contexte dans lequel on s’apprête à évoluer, quels sont les risques objectifs de se retrouver trois jours sans eau et trois semaines sans nourriture ?

Pour l’eau, ça peut être parfois compliqué. On va y venir. En ce qui concerne l’alimentation en revanche, dans la majorité des destinations, c’est simple : aucun risque.

Dès qu’on peut se ravitailler régulièrement, il est totalement inutile d’emporter des kilos de vivres. Quelques en-cas pallieront les échoppes fermées ou les villages morts en attendant de trouver un refuge, un restaurant, une boulangerie-charcuterie…

Ainsi, je n’ai avec moi que deux sachets. L’un contient 300 grammes de fruits secs, un mélange comme celui-ci :

– Baies de goji, cranberries, physalis et mulberries – agrémenté de raisins secs, qui me dure environ dix jours – et l’autre renferme 200 grammes de cacahuètes salées qui font, pour moi, un coupe-faim idéal. Quand il fait très chaud, leur apport en sel m’aide de plus à fixer l’eau et à éviter les crampes. En montagne, je prends aussi un saucisson et je tiens environ une semaine dessus. C’est moins romanesque que le pemmican indien mais ça va mieux avec mon béret basque. C’est tout et c’est suffisant.

Du coup, en matière d’ustensile de cuisine, je n’ai plus besoin, en plus de mon Opinel, que de ça :

La fourchette-métallique (20g) en titane est un gadget qui fleure bon l’aventure mais dont je me suis débarrassé : elle est encombrante et lourde, par rapport à sa consœur en plastique (8g), laquelle me suffit à piocher dans des barquettes de légumes râpés, de salades de riz ou de taboulé achetées en épicerie.

On m’objectera qu’une soupe chaude, le soir, à la montagne, c’est utile pour se réchauffer. Admettons. Mais un bon duvet fait aussi l’affaire. Qui dort dîne, assure l’adage. Et puis on peut également se restaurer copieusement (et se doucher à l’eau chaude) dans un refuge et repartir planter sa tente sur une aire de bivouac – surtout quand, comme moi, on apprécie peu les ronflements collectifs dans les dortoirs surchauffés.

Idem pour le café chaud du matin : ça ne m’apporte rien. Je préfère reprendre la marche après quelques poignées de fruits secs et une grande rasade d’eau fraîche, sachant là aussi que dans un rayon de trois ou quatre heures au plus, j’arriverai sur une terrasse accueillante, exposée plein sud, et qu’il y aura de la tarte aux myrtilles avec l’expresso.

Eliminons par conséquent les provisions gargantuesques. Exit les boîtes de cassoulet ou les diètes lyophilisées pour cosmonautes amateurs. Rechargeons-nous au fur et à mesure et si, par manque de chance, on en vient à planter la tente sans avoir pu se restaurer autrement qu’en piochant dans ses graines, on se dira que toute expérience est bonne à prendre et qu’il existe, à travers le vaste monde, des situations bien plus dramatiques que la nôtre.

Bien entendu, si les étapes ne sont jalonnées que de campings sauvages sans villes pendant trois ou quatre jours, on reconsidèrera le paquetage.

Voici ce que j’utilisais avant et que je trouve encore très pratique même si je ne le prends plus. Je l’ai conservé en prévision d’escapades (canoë par exemple) où l’approvisionnement risque d’être plus hasardeux pendant un jour ou deux.

Il s’agit d’un ensemble de marque Optimus, qui contient une popote, casserole et poêle – mais la poêle me sert en fait surtout de couvercle et je mange à même la casserole – et d’un micro réchaud assorti de sa cartouche. La casserole possède un fond très commode qui enserre la flamme et optimise le temps d’ébullition, ce qui permet de gagner du temps de chauffe et donc d’économiser du gaz.

Le réchaud lui-même est minuscule.

L’ensemble pèse un peu moins de 800 grammes, à quoi s’ajoutent 200  grammes de semoule de blé ordinaire (la semoule complète ne me convient pas au goût) : très rapide à cuire, cet aliment offre un bon apport en sucres lents et remplit bien l’estomac. Je lui ajoute du bouillon de poule réduit en poudre et du cumin pour qu’elle soit moins fade et la transporte en sachet congélation. Pour un kilo de plus, j’ai donc de quoi faire face plusieurs soirs aux aléas.

Certains randonneurs MUL bricolent un réchaud à alcool dans une canette d’aluminium. Poids négligeable, même en comptant l’alcool gélifié. Je n’ai jamais testé mais j’y songe sérieusement. François, auteur du site Randonner-malin.com, vous explique entre autres conseils avisés issus de son expérience comment bricoler ce type d’engin.

Autre cas de figure : la volonté d’être autonome, autarcique voire, et de croiser le moins possible la civilisation. C’est un choix très respectable. Le kit évoqué supra, semoule incluse, fera l’affaire. On améliorera l’ordinaire avec des animaux tués à l’Opinel, dans des corps à corps loyaux où l’ours a toutes ses chances.

A l’eau, à présent.

La problématique est binaire : potable / non potable.

Soit je suis dans un secteur où l’eau potable est régulièrement disponible et je n’ai besoin que d’une gourde – voire de deux, on va voir lesquelles dans un instant – soit je ne suis pas assuré que l’eau soit saine et il me faut alors m’équiper de quelques accessoires.

Partons du principe, pour commencer, que l’eau potable est disponible : marche ponctuées de villes et villages, de fontaines publiques, de commerces. Une gourde d’un litre suffit.

A noter toutefois que même dans des secteurs très civilisés, la quête de l’eau peut s’avérer compliquée, cf cet article de la Route de Saint Lu.

Idem dans certains pays d’Europe où, en raison des ravages de l’agriculture intensive, l’eau du robinet n’est pas même conseillée pour cuire des pâtes.

Après avoir utilisé plusieurs générations de bidons rigides – vieilles Grand Tétras bombées à bouchon de limonade, beaux cylindres Siegg mousquetonnables – j’ai définitivement adopté les gourdes souples.

J’ai abandonné l’usage de la poche à eau avec pipette qui permet de boire sans ôter le sac parce que je me suis aperçu qu’à cause d’elle, je ne faisais quasiment plus de pause. Je buvais en marchant. Or, le fait de s’arrêter, de tirer la gourde de son sac et de profiter du paysage en s’hydratant constitue une parenthèse nécessaire et agréable, pour le corps autant que pour le cerveau. Retour à la gourde, donc.

Celles de la marque Platypus sont parfaites. Peu chères, très légères (24g) et surtout : pliables et résistantes. En avoir deux est pratique pour de multiples raisons : on peut n’en remplir qu’une et rouler l’autre dans une poche si l’accès à l’eau est facile ; on peut remplir les deux quand l’eau se raréfie ou avant de gagner le bivouac ; enfin, on peut aussi, quand la qualité de l’eau n’est pas assurée, attendre que les pastilles de désinfectant agissent dans l’une cependant qu’on a encore de quoi boire de l’eau potable dans l’autre.

Bonne transition pour la suite, à savoir : quand l’eau est douteuse…

Par eau douteuse, je ne parle ici que d’eau claire : les eaux boueuse ou stagnantes sont à fuir absolument ou à filtrer par des procédés complexes que je n’entends pas détailler ici. Faites un tour chez les amateurs de survie qui sauront vous expliquer tout ça bien mieux que moi.

On peut choisir d’emporter un filtre. Ce n’est réellement pertinent qu’en cas de marche en pleine nature plusieurs jours sans croiser d’habitations. Celui-ci est lent, mais performant et léger :

Modèle Trailshot de chez MSR. 140 grammes. Je le prends dans mes échappées kayak de plusieurs jours, pour boire l’eau de la rivière.

Dans les Alpes, en revanche, ou partout ailleurs en France, je n’utilise que du désinfectant. Celui-ci, depuis des années :

Je ne prends qu’une plaquette. Voir une demi, selon les contextes. En trente ans, le fabricant a fait de gros progrès et l’eau désinfectée sent bien moins le chlore qu’autrefois.

Petite parenthèse à propos des torrents de montagne à l’apparente eau d’Evian : autrefois, je considérais fiables ceux qui coulent à plus de deux mille cinq cents mètres d’altitude, sourdent d’évidence d’un glacier ou d’un névé accroché à un pierrier raide et au-dessus desquels aucun troupeau n’a pu aller brouter et crotter. Aujourd’hui, je me méfie même de ces derniers. Une charogne d’oiseau peut y croupir, invisible et sournoise. Je mets donc systématiquement une pastille pour un litre et j’attends une demi-heure avant de boire, après avoir généreusement secoué la gourde.

Pourquoi?

A cause d’une magnifique expérience saharienne, vieille de presque trente ans, au cours de laquelle une grande rasade de pure oasis m’a déclenché trois mois de dysenterie. Depuis, je suis devenu très méfiant. Ou très sage.

Quelques accessoires

Je vous présente ici quelques accessoires dont je ne peux pas me passer et dont le très faible poids n’impacte que modérément ma charge totale.

Avant de vous en parler, toutefois, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer une anecdote, laquelle démontre que même si je suis un peu avancé dans ma démarche MUL, il me reste encore bien des axes de progrès.

Voici.

Diogène, marchant déjà fort léger, parvint un jour en vue d’une fontaine. Un enfant y buvait à même ses mains, réunies en coupe. Révélation! Notre philosophe bazarda illico son gobelet de bois, tout à la joie de se délester de ce qui lui paraissait désormais accessoire.

Furieusement MUL, non? Je vais relire les Cyniques…

Mais avant, je vous présente ceci :

C’est une cuvette qui ne pèse que 49 grammes avec sa pochette.

Sa contenance est de 10 litres et elle est auto portante. Elle me sert surtout à laver mon linge en le laissant tremper, mais je l’utilise aussi pour la toilette, parfois, quand l’accès au torrent n’est pas simple ou que j’ai planté ma tente un peu loin d’un lac.

Je ne l’avais pas prise lors de ma dernière randonnée puisque je dormais à l’hôtel. Je l’ai bien regrettée. La plupart des lavabos ne possédaient pas de bonde ou bien cette dernière n’était pas étanche : impossible d’y maintenir un niveau d’eau correct. J’ai utilisé deux ou trois fois la poubelle de la chambre, mais il s’agissait le plus souvent de corbeilles décoratives et ajourées peu conçues pour la lessive.

Je sais : Diogène, lui, ne se serait pas lavé. Je sais.

Voici ensuite quelques petits accessoires qui me dépannent bien et dont je ne peux pas non plus me passer.

La prise (française, USB) me sert à recharger mon téléphone autant que la batterie portative ; celle-ci s’utilise avec le cordon noir, le blanc étant celui de l’Iphone. Je range ces trois accessoires dans une pochette de serviette au poids négligeable.

J’ai testé plusieurs marques de batteries externes : Anker fabrique de loin les plus performantes, en temps de charge, de recharge et en fiabilité. Celle-ci pèse 120 grammes housse incluse, pour une contenance de 5200 mAh qui me permet de recharger deux fois mon téléphone. Traduit en autonomie, cela me donne presque une semaine, en rationnant l’utilisation du portable grâce au mode avion si je ne peux pas accéder au courant. Un dernier détail : cette batterie ne coûte que 12 euros. Si, si.

Enfin, pour protéger mon téléphone qui me sert aussi d’appareil photo, de terminal d’ordinateur et de GPS, j’ai opté pour une coque étanche de chez Lifeproof. Pas simplement imperméable : réellement étanche, y compris à l’immersion jusqu’à six mètres.

Elle est de plus légère, incassable, et fine.

Oui, là aussi, je sais, Diogène, etc.

Pour finir, vous trouverez ci-dessous tout ce que notre ami grec n’aurait pas emporté avec lui. Il s’agit de ma liste la plus récente pour une randonnée en montagne avec bivouac mais en m’alimentant au gré des refuges ou des restaurants croisés, et qui traduit sous forme de tableau l’ensemble des choix expliqués dans les articles précédents.

A chacun d’adapter la sienne, en fonction des destinations, des contraintes et des priorités. Mais, à moins d’une expédition autarcique en milieu sauvage, humide et froid, les îles Keguelen par exemple, votre sac ne pèsera plus jamais vingt-cinq kilos.