Marcher léger

Marcher léger – ou l’art de la MUL

La MUL, comme disent les initiés volontiers sibyllins, désigne tout simplement la Marche Ultra Légère.

Laquelle MUL s’oppose à la randonnée dite MULET, bâtée comme bourricot – une erreur qu’on a tous faite. Exemple en Irlande, 1985. Trois kilotonnes d’inutile fourbi. Navrant.

Pourquoi marcher léger?

Pour le confort, d’abord : dix heures de marche quotidienne à porter ne serait-ce que 15 kilos sont tout simplement harassantes. Certes, le randonneur aime souffrir et c’est même à ça qu’on le reconnaît, mais il y a des limites.

Pour la liberté, ensuite : un sac trop lourd rendra la perspective d’un détournement insurmontable – et vous passerez à côté de tel lac hors du sentier, tel point de vue magnifique, tel village imprévu mais doté d’une épicerie, etc.

Pour le corps, surtout : les articulations, notamment. La nature ne nous ayant pas doté des capacités des fourmis, on s’accorde généralement à considérer qu’au-delà de 20% de poids supplémentaire ajouté à son poids de corps, on fait entrer toute la biomécanique en surchauffe. Je considère personnellement qu’à 15%, on y est déjà largement. Je m’astreins donc à ce que mon sac ne pèse jamais plus de 10% de mon poids (67 kilos). Mon petit barda ne dépasse  jamais les 7 kilos, en comptant l’eau.

Pour la sécurité, enfin : dès qu’il y a du relief, le déséquilibre lié au poids d’un sac trop lourd peut avoir des conséquences fâcheuses, voire dramatiques. Un faux pas sur un pierrier trop pentu et hop : hélicoptère.

Marcher léger : est-ce risqué?

Non, pas plus que de randonner seul. Il faut juste éviter de faire n’importe quoi. S’alléger à tout prix sans tenir compte de la destination et de la manière dont on va l’aborder peut même s’avérer catastrophique. Une randonnée hivernale avec bivouac ne suppose pas la même chose qu’un trek estival ponctué de nuits en refuge ou à l’hôtel. Passer en basket des cols escarpés et enneigés sans un piolet et une bonne connaissance de son utilisation pour arrêter une chute peut se révéler scabreux, mais le GR3 des bords de Loire au printemps en doudoune et crampons est également un non-sens. Vous avez compris le principe.

S’alléger d’accord, mais comment?

Derrière l’acronyme MUL se cache en fait une culture de l’essentiel, laquelle consiste à se débarrasser de toute charge superflue en interrogeant minutieusement le contenu de son bagage, en relation stricte avec l’aventure entreprise ainsi qu’avec le degré de confort qu’on souhaite conserver – ou pas.

C’est aussi une façon de se débarrasser définitivement de la peur. De manquer. Des imprévus. J’en passe.

Exercice mental amusant. Qui commence par l’établissement de la liste de son matériel – papier, stylo ou classeur numérique, tout est bon  – puis se poursuit par la pesée de chaque élément – et c’est en général à cette phase que l’entourage s’inquiète ou se moque, selon le degré obsessionnel que prend ladite pesée. Quand, par exemple, vous annoncez fièrement en repas de famille que votre coupe-ongle pèse 13 grammes et qu’on vous regarde étrangement.

L’opération d’allègement se termine enfin par l’interrogation et l’élimination de tout ce qui n’est pas strictement indispensable.

Ensuite, vient l’expérience. Avec le temps, on remplace des articles, on en élimine d’autres, on s’allège encore. J’ai ainsi revendu le matelas sur la photo ci-dessus : il ne me convenait pas pour plusieurs raisons. Le nouveau est mieux et de surcroît, plus léger encore.

Pour achever de vous convaincre, et contrairement aux diètes vantées ici ou là, les résultats de la démarche MUL sont rapides et visibles.

Quelques exemples

Grand Tour des Ecrins et de l’Oisan en autonomie complète en 2017, charge réduite à 9 kilos incluant 2 litres d’eau et quelques provisions.

Certes, 9 kilos, c’est encore beaucoup. Trop même. J’ai donc gagné encore, en n’emportant plus ni popote ni réchaud. J’ai aussi supprimé ma poche à eau de 2 litres et gardé uniquement deux gourdes souples – en montagne, il y a de l’eau partout et des refuges pour s’alimenter avant d’aller bivouaquer chez les marmottes. J’ai aussi changé de tente et de sac de couchage, et revus certains vêtements. Enfin, j’ai remplacé mon appareil photo par un Smartphone et sa batterie de rechange, sachant de plus qu’avec IphiGénie, l’application IGN, je n’emporte plus de cartes au 1/25 millième. Encore du poids en moins.

La preuve, je refais cette boucle en juillet prochain – je ne l’avais pas achevée en 2017, à cause d’un imprévu familial qui m’avait obligé à rentrer dare-dare. Je dormirai sous une tente et mon sac pèsera 4,8 kilos – trépieds photo inclus.

Autres exemples : en avril 2018, Fontainebleau-Nantes à pieds avec un sac de 4 kilos pour deux semaines – dont un livre. Je dormais à l’hôtel ou en chambres d’hôte.

En février 2019, j’ai traversé le Jura en raquette pendant dix jours avec un sac de 5 kilos – chargé à 7 kilos quand je devais porter les raquettes.

Conclusion

Il existe de nombreux sites de conseils variés. Randonner-léger est incontournable, même si certains échanges sur le forum me laissent parfois bien perplexe.

On trouve également des tas de sites marchands, spécialisés en sports de plein air et qui mettent en avant des produits dits « ultra-légers ». C’est commercialement intelligent, parfois innovant, toujours coloré et attractif – exprès –mais tout n’est pas bon à prendre. Un plein catalogue de matériel ultra-light plus tard, et vous voici redevenu mulet.

Le mieux, comme toujours, est donc de réfléchir à son barda et de l’adapter aux destinations, aux contraintes et aux priorités personnelles. A moins d’une expédition autarcique en milieu sauvage, humide et froid, votre sac ne pèsera plus jamais vingt-cinq kilos.

Pour vous y aider, je vous renvoie ci-dessous aux différents articles publiés à ce sujet.

Les vêtements (moyenne montagne, l’été)

La trousse de toilette et la pharmacie

Les sacs à dos, la tente, le couchage

Manger, boire… 

Quelques accessoires