Demain dès l’aube7 mn de lecture

Demain dès l’Aube est un célèbre et magnifique poème tiré des Contemplations, un recueil que Victor Hugo a composé autour de la mort de sa fille Léopoldine, noyée lors d’un accident de canotage

Pour moi qui suis le père de deux filles, cette perspective n’est qu’un cauchemar absolu : horreur.

Mais comme je ne respecte rien ni personne, c’est connu, j’en fais malgré tout le titre d’une belle descente de rivière à venir en juillet prochain, celle de l’Aube – encore un affluent de la Seine, comme le Loing.

Sommaire

Descendre des rivières

J’ignore pour partie d’où me viennent les idées-désirs de mes Fantaisies Buissonnières. Je sais bien entendu de quel élan fugueur et curieux elles procèdent, et cela depuis l’enfance, mais c’est un autre sujet.

Souvent, l’envie de se mettre en route apparaît au croisement d’un titre possible d’article, ou d’une image ou bien encore d’une idée. Une sorte d’élan mental traduisible par ces deux formules : « et si j’essayais ça, tiens? » ou bien « j’irais bien voir là-bas… »

Concernant le kayak, et en dehors des sorties bretonnes et hivernales que tu peux trouver sur la rubrique dédiée, je m’aperçois aujourd’hui que se dessine peu à peu un lien très intime entre les différentes microaventures que j’ai vécues en rivière pas loin(g) de chez moi et qui toutes affluent à la Seine, célèbre fleuve auquel j’ai déjà consacré un article, et qui traverse ma ville natale.

Côté père

Ainsi ma redécouverte du Loing était-elle déjà marquée par les récits partiels de l’enfance paternelle, vécue à Souppes sur Loing pendant l’Occupation et jusque dans l’immédiat après-guerre.

Marquée, également, de ces petits bouts de navigation que nous avions faits ensemble quand j’avais une dizaine d’années, en canot pneumatique, d’un déversoir à l’autre entre Gretz et Montigny ou bien du côté de Montcourt Fromonville, et dont j’avais gardé le souvenir de propriétés magnifiques visibles seulement depuis la rivière, ainsi que, étrangement, la mémoire des grands iris jaunes qui bordaient les rives.

Même le titre, finalement, aujourd’hui me semble inconsciemment choisi à double-fond : « si loin(g) si proche » – comme le mystère de la figure du père? Va savoir.

Côté mère

J’ai descendu la « Petite Seine » en juillet 2021, presque deux mois après le décès de ma mère, et je pense aujourd’hui que mon insistance à tenter de braver cette année-là une météo exceptionnellement pourrie participait en fait d’un deuil que je n’avais pas conscience d’avoir entamé. 

A onze ans, en provenance de Corrèze où elle était née et avait elle aussi traversé la Guerre, ma mère avait rejoint mon grand-père en 46 à Bray sur Seine. Il venait d’y être affecté comme facteur, à la rencontre notamment des crues locales d’avant les travaux de rétention amont qui ne débuteront que dans les années 50.

Ma mère était aquaphobe. Elle avait failli se noyer dans un trou d’eau, à Bray, en ce temps où les piscines n’existaient pas et où les gens se baignaient encore dans les eaux naturelles.

Elle me racontait souvent à quel point la Seine était transparente autrefois, au temps de son enfance. Le mystère de cette limpidité enfuie m’intriguait fort, moi qui ne connaissais du fleuve, quand j’y nageais avec mon père, qu’une vision verdâtre, trouble et sans fond. Un peu comme celle que j’avais parfois de ma mère adulte, dans ses phases d’instabilité.

Je sais aujourd’hui que le souvenir des paroles maternelles sur cette clarté d’un autre temps, à retrouver, n’était évidemment pas étranger à l’urgence de cette descente en forme de remontée paradoxale, dont les amateurs de psychanalyse pourront volontiers faire leur miel.

A l'Aube

Pour l’Aube, la rêverie s’est produite au croisement des connotations de l’aurore, à la lumière si belle au sortir des bivouacs, et de la rivière elle-même qui naît du plateau de Langres et devient ensuite un affluent de la Seine.

Après le Loing et une partie de la Petite Seine, j’ai songé que cette descente aux airs sauvages et aux jolies résonances lexicales ferait un complément idéal de navigation autour de mon fleuve natal.

NB : dans le même registre familial, je songe aussi à explorer l’Yonne, qui débaroule du Morvan et porte les origines de la branche familiale paternelle – mais c’est un autre projet, plus complexe, plus ambitieux, et surtout, pour plus tard.

Pour l’heure, revenons à l’Aube.

Répérages

En ce qui concerne les sorties en kayak, la préparation est toujours un peu compliquée : sinueuses, hérissées d’obstacles, les rivières ne sont pas des GR et encore moins des routes.

Lorsque me vient l’idée d’une sortie possible, je butine donc d’abord des renseignements sur la toile que j’enregistre dans les signets de mon navigateur.

Cela enclenche toute une rêverie passive, comme une espèce de petit atelier autonome qui se met à tourner dans mon esprit, en arrière-plan, et me susurre régulièrement à l’oreille : « tiens, tu n’irais pas là-bas, à l’occasion, voir à quoi ça ressemble en vrai? »

Quand cette insistance devient obsessionnelle, le projet s’impose au-dessus de tous les autres et sa programmation est parfois faite avant même de regarder le calendrier.

A ce stade, je retourne visiter la page Wikipédia, qui me donne des informations globales.

Je m’appuie ensuite sur IphiGéNie pour suivre sur les cartes à différentes échelles et repérer certains aspects plus pointus du trajet : où laisser ma voiture en fin de parcours, par exemple, stationnée plusieurs jours en relative sécurité.

Ou bien pour tenter d’apercevoir, en agrandissement maximal, un endroit possible de mise à l’eau. Comme à Dienville, si je pars de là plutôt que de Bar sur Aube.

Je trouve également des informations intéressantes, mais le plus souvent parcellaires, sur le forum kayak.fr.

Comme celles laissées par Thomas ou bien par kayake 694, que j’ai d’ailleurs interrogé par la messagerie du forum sur la connaissance qu’il semble avoir du secteur mais qui ne m’a pas encore répondu. 

A la source

J’ai besoin de remonter à la source de la rivière avant d’y naviguer. C’est comme ça. Voir la naissance de la portion d’univers que je m’apprête à côtoyer de très près durant plusieurs jours.

A l’instar de la Seine, l’Aube sourd elle aussi des contreforts du plateau de Langres, à Auberives. J’ai trouvé quelques images en ligne, sur le site de l’Agence d’Attractivité de la Haute-Marne, où figure également un petit itinéraire pédestre qui fait le tour du site en une heure de marche.

copyright Jean-François Feutrier

J’ai également trouvé un hébergement très confortable et un restaurant digne de ce nom pour convaincre ma femme de visiter avec moi ce presque bout du monde pittoresque, auquel elle m’abandonnera ensuite.

Pour le 26 juillet prochain, la réservation est déjà bouclée. 

Le matos

Je te recommande de visionner cette comédie de Bruno Podalydes, où le réalisateur incarne lui-même incarne un personnage saisi par le démon de l’aventure, qui décide de s’embarquer en kayak au fil de l’eau. Clique sur l’affiche si tu veux voir la Bande Annonce.

Dans la phase préparatoire de son échappée, le personnage avoue à son frère, perplexe, qu’il « accorde un grande importance au matos ». 

Je me retrouve dans sa drôlerie à la fois touchante et ridicule. C’est d’ailleurs en voyant cette photo, prise lors d’une sieste dans mon kayak tout neuf gonflé dans la chambre de mes filles, que la tante de ma femme m’avait conseillé ce film que je ne connaissais pas.

En prévision de cette descente courte, sur les trois ou quatre jours maximum que me laisse mon agenda fin juillet, j’ai revu quelques éléments de mon fourbi, à l’aune notamment des mésaventures sur la Petite Seine.

Pour le canoë lui-même, je te renvoie à cet ancien article du bazar.

Pour le reste, j’emporte le matériel de portage et de bivouac que tu trouveras dans cet article.

Je range toujours le sac à dos qui contient le matériel et les vêtements de bivouac, ainsi que le nécessaire de repas du soir et du matin, dans le sac étanche du kayak lui-même. J’attache ce sac soigneusement à l’arrière, coinçant au passage utilement mon gonfleur sous la jupe arrière, et je n’y touche pas de la journée. Même en cas de retournement, j’ai déjà pu tester la réelle étanchéité de l’ensemble, très stable.

J’ajoute un autre sac étanche, qui prend place à l’avant et qui contient un tee-shirt sec, une grande serviette en microfibre et de nouveaux éléments interchangeables en cas de froid ou de pluie. Ainsi, là où sur la Petite Seine, par 17 degrés, j’ai dû me contenter d’un short de bain et d’un sweat trempé en claquant des dents, j’emporte cette fois un shorty à bretelles en néoprène 3mm ainsi qu’un tee-shirt de plongée doublé polaire. S’il faut beau, je serais toujours en maillot, mais intégral, façon lutteur grand siècle, pour éviter d’être saisi par le froid quand je saute les déversoirs et que le kayak se remplit  – avant de se vider aussitôt puisqu’il est conçu pour ça. Je recouvrirais mon haut de corps avec un sweat à manches longues ou le tee-shirt, selon la météo. Quant au gilet… Il est à bord, au cas où, mais j’avoue que je ne le porte jamais en été sur les rivières de classe 1. Ce n’est pas recommandé, mais ça m’appartient.

Sur cette photo, on voit bien la répartition des bagages. Entre le sac arrière et mon dossier, je glisse une poche Platypus de deux litres avec sa pipette, pour boire. A noter aussi que j’accroche toujours ma cordelle à la poupe, parce que quand je dois descendre le kayak à la main sur certains déversoirs, le poids le plus lourd est à l’arrière, tout simplement.

En plus des vêtements de journée, autre nouveauté sur cette descente à venir, j’ai fait enfin l’achat d’un chariot à roues ballons, qui se replie, que j’attacherai sur l’arrière…

… et qui me permettra de ne plus avoir à tirer le kayak sur le gazon, voire à le porter ou même à le dégonfler et à le replier dans son sac en cas de long contournement d’un barrage par la terre.

Enfin, je me suis aussi procuré un petit bidon étanche pour contenir les quelques objets que j’ai besoin d’avoir à portée de main – lunettes de soleil, filtre à eau, petite serviette, fruits secs, etc. Ma vieille trousse en principe étanche par enroulement s’étant révélée la dernière fois défaillante lors d’un gros dessalage.

J’ai aussi bricolé deux ou trois aménagement à base de mousquetons inox et de garcette et je me suis résolu à acheter une leech pour la pagaie, qui m’avait échappée après un bête retournement de débutant dans un semblant de courant sur le Loing, et que j’avais dû aller péniblement récupérer 50 mètres plus loin, dans des branches de saules.

Aux pieds, j’hésite encore : sandales habituelles, méduses estivales, mes trails de Saint Lu avec des chaussettes Néoprène? Je n’en dors plus la nuit.

Vivement la fin juillet, qu’on en finisse!

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